Étant amateur des films de cette époque,ce dernier ne m’a pas déçu. Les personnages incarnent parfaitement les rôles attendus, et l’authenticité de leurs costumes et coiffures nous plonge dans cette époque fascinante. C’est un véritable voyage dans le temps. C'est une époque très prude, où les petites choses anodines de la vie quotidienne deviennent sources d’embarras et de pudeur, comme lorsque la jeune femme tombe de l'échelle et se cache précipitamment les mollets, un geste qui, aujourd’hui, semble presque comique, mais qui apporte une touche de sincérité à la mise en scène.
Le film dégage une ambiance proche du théâtre, notamment dans sa réalisation et le ton de ses personnages, qui jouent avec une sorte de solennité, presque figée, que l’on retrouve dans les pièces classiques. Les dialogues sont souvent un peu lourds, mais ils apportent un charme désuet et rendent les moments dramatiques ou comiques encore plus marquants.
Un des éléments que j’ai particulièrement apprécié est l'Islandais qui,
ne parlant pas anglais et suivant aveuglément le professeur, se retrouve à poser des questions sur le but de l’expédition 21 jours après son commencement. Il est aussi un peu le comique de la situation, notamment avec son canard, Gertrude, qu'il traîne partout.
C'est un personnage attachant dans sa naïveté, et cette relation avec son animal ajoute une touche d'humour et de tendresse au film. Honnêtement, j'aimerais bien avoir un canard comme compagnon de voyage, c'est trop mimi !
Cependant, certains aspects du film m’ont paru un peu étranges. Par exemple,
la femme du professeur décédé ne semble pas affectée par la mort de son mari. Elle embrasse le "héro" à la fin du film alors que la douleur du deuil, bien que palpable dans l’air, n’est pas vraiment explorée. C'est un message un peu bizarre, d'autant plus que l'Islandais, prêt à tuer pour venger son canard, ne semble pas plus affecté après la tragédie du "meurtre" de son compagnon. Cela donne l’impression que la mort des personnages humains ou animaux n'a pas vraiment d'importance dans ce film, un peu dommage à mes yeux.
Un autre petit défaut est l'intrusion des lézards géants. Bien que ces créatures puissent plaire aux amateurs de fantastique, elles n’ont pas vraiment leur place dans un film qui cherche à conserver une certaine vraisemblance. Les effets spéciaux liés à ces monstres sont aussi les plus datés et n'ont pas très bien vieilli. Je peux comprendre l’intention d’ajouter un peu de spectaculaire, mais cela rompt un peu avec l’atmosphère réaliste que l'on pourrait attendre d’un film d’aventure comme celui-ci.
D’un point de vue esthétique, les décors sont magnifiques.
L'Atlantide, notamment, paraît gigantesque et sublime dans sa conception, et les différentes strates de roche sont soigneusement rendues.
Les décors réels, construits spécialement pour le film, dégagent une certaine prestance, et c'est un véritable plaisir de voir des décors physiques et non entièrement numériques comme c'est le cas dans tant de films modernes.
Le rocher roulant derrière le groupe, des dizaines d’années avant Indiana Jones, est un clin d'œil impressionnant à ce qui deviendra un trope du cinéma d’aventure.
Il est toujours difficile d'évaluer un film qui a plus de 60 ans, surtout avec les différences d’approche et d’esthétique qui marquent les films d'époque par rapport aux productions modernes. "Voyage au centre de la Terre" est un film plaisant, mais il faut être un amateur du genre pour vraiment en apprécier tous les aspects. Les films de cette époque ont tendance à être plus longs, avec des personnages assez lisses, et très peu de rebondissements. Tout se déroule selon un schéma très prévisible. Néanmoins, les effets spéciaux, bien que datés, restent impressionnants pour l’époque, notamment le séisme et l’éruption volcanique qui clôturent l’aventure.
En résumé, Voyage au centre de la Terre est un film à la fois fascinant pour les fans de cinéma classique et un peu long et trop sage pour ceux qui recherchent plus de dynamisme dans leurs films d'aventure.