Marion Laine actrice plutôt confidentielle s’est lancée avec bonheur dans la réalisation. Son adaptation du conte de Flaubert paru en 1877 dans le recueil « Trois Contes » est tout simplement bouleversante grâce à une mise en scène et un jeu épuré à l’extrême des deux actrices principales fortement imprégnées de l’esprit bressonnien qui parcourt tout le film et qui sied fort bien à cette œuvre austère de Flaubert. La mise en lumière du fossé qui sépare les classes aisées des classes laborieuses à travers le portrait de deux femmes unies par un lien de subordination , l’une étant la bonne à tout faire de l’autre, est sans appel sur l’organisation de la société française au XIXème siècle. La relation entre Marion Laine et ses deux actrices est si fructueuse que malgré le sort qui s’acharne sur Félicité (Sandrine Bonnaire) sa situation paraît toujours plus enviable que celle de Mme Aubain (Marina Foïs) murée dans ses préjugés et sa rancœur d’être une si jeune, veuve en charge de deux enfants que visiblement elle n'a pas désirés. On découvre depuis quelques temps le talent protéiforme de Marina Foïs ancienne agitatrice de Canal Plus avec les Robin des Bois et on est donc forcément surpris par la sobriété dont elle sait faire preuve pour rendre le mutisme de cette femme dont la blessure profonde restera un mystère. Mais la grande réjouissance du film est la fraîcheur jamais envolée de Sandrine Bonnaire qui conserve la même capacité à nous émouvoir en toute simplicité que 23 ans plus tôt dans "Sans toit ni loi" d'Agnès Varda . Quand on connaît l'origine de son parcours, on se dit qu'il est miraculeux que le rugueux Maurice Pialat ait eu le flair de nous offrir cette lumineuse actrice dont la sobriété et la rigueur des choix artistiques sont exemplaires. La découverte de Sandrine Bonnaire aura sans doute été la grande œuvre du cinéaste incompris et éternel rebelle. On ne pouvait rendre plus bel hommage à Flaubert et on peut se dire à la vue d'Un coeur simple" que Marion Laine a eu raison d'attaquer le sommet que constitue l'auteur réaliste par cette face moins connue que de tenter l'impossible adaptation de l'Everest représentée par "Madame Bovary" contre lequel même le grand Chabrol s'est un peu fracassé, sans doute paralysé par le foisonnement de l'œuvre.
Deux actrices formidables, Marina Fois et Sandrine Bonnaire. Cette dernière étant particulièrement touchante. Néanmoins, le propos sur l’Amour n’est pas suffisamment passionnant pour que le spectateur ne lâche pas. Le spectateur n’est plus attentif durant la dernière demi-heure. Les scènes sont biens filmés mais il n’y a rien d’extraordinaire permettant au film de ne pas faire poindre l’ennui. L’histoire est assez répétitive et le propos n’est pas assez touchant !
Dans la production française actuelle Un coeur simple fait un peu figure, à mon goût, de bouffée d'oxygène ou même d'ovni. Entre les blockbusters qui cartonnent de Astérix aux Ch'tis en passant certainement par Disco, et les comédies romantiques bas de gamme qui sortent régulièrement, ce film se détache nettement du lot. Voilà une jeune réalisatrice qui adapte un conte d'un auteur classique du XIXè, dans un style très personnel, en total contre-courant et qui prend donc énormément de risques. Il y a fort à parier que les entrées n'atteindront jamais le niveau des films cités plus haut, mais que ce film là puisse encore se faire et sorte sur les écrans est un signe que tout n'est peut être pas encore définitivement perdu. Il sera donc certainement peu vu et c'est dommage car c'est une très belle réussite...La cerise sur le gâteau est sans conteste l'interprétation. Les deux actrices sont tout bonnement formidables. Sandrine Bonnaire revient avec une très belle performance, dont elle nous avait un peu privé ces dernières années. La force et la conviction de son travail ici fait plaisir à voir et confirme, s'il en est encore besoin, qu'elle est vraiment une des meilleures actrices françaises. Un statut que commence à rejoindre sa partenaire Marina Foïs. S'éloignant de plus en plus Des robins des bois, après Darling elle prouve encore plus cette fois que son côté "drame" est tout aussi puissant et autrement intéressant que son pouvoir comique. Le duo formé par les deux actrices est d'une force incroyable, grandiose, touchant, émouvant. De magnifiques scènes surtout dans la deuxième moitié et à la fin du film...Pour son premier long métrage Marion Laine réussit un très beau film. Simple, touchant, dur, exacerbé. Mise en scène, scénario, technique et direction d'acteurs se mélangent harmonieusement pour former l'un des plus beau film français de cette année. A voir sans modération.
Ils sont peu nombreux les films qui vous émeuvent au point de trouver dérisoire tout ce qu'on pourrait en dire. Un coeur simple fait partie de ceux-là et pourrait se résumer en trois B : Beau, Bouleversant, Bonnaire. Marion Laine nous conte avec délicatesse une histoire sur l'amour et la manière dont son manque nous affecte et nous détruit. Elle est aidée en cela par la confrontation inspirée de deux grandes actrices. Marina Foïs, en châtelaine froide et revêche bridant ses sentiments, est remarquable. Mais c'est surtout Sandrine Bonnaire, en femme de la campagne aimante et dévouée, qui impressionne. Elle porte le récit sur ses épaules, magnifique et lumineuse jusque dans la douleur. Son jeu en état de grâce transfigure la silencieuse et discrète Félicité pour en faire un personnage de tragédie que vous ne serez pas prêt d'oublier, longtemps après que le film soit terminé.
Marion Laine réalise ici un premier film sacrément ambitieux et effrontément culotté. Elle aurait pu s’atteler à une adaptation linéaire du conte de Flaubert, suffisamment imagé pour donner matière à un bon scénario. Elle va nettement plus loin. Elle s’approprie l’œuvre, n’en garde que son essence et y ajoute des éléments d’inspiration flaubertienne ou personnels. Sa mise en scène, respecte l’austérité voulue par le dramaturge ainsi que le séquençage de petites scènes anodines du quotidien prétexte à l’étroitesse des vies des deux héroïnes.
On entre alors dans le film comme on entre dans une toile. Balayage de l’ensemble, puis inspection des détails et au final, révélation d’une harmonie globale où tout se tient et délivre le sens de l’œuvre. C’est un film extrêmement visuel, d’inspiration impressionniste, à la mécanique très huilée.
Le seul reproche que l’on pourrait en faire, est le manque de repères dans le temps pour le spectateur candide n’ayant pas lu le conte. Mais ce n’est qu’un détail au regard d’une œuvre puissante et profondément mélancolique dont la trame est sublimée par Sandrine Bonnaire (l’un de ses meilleurs rôles) et Marina Foïs qui, après « Darling », confirme qu’elle est déjà une actrice immanquable. Elles sont toutes deux ombres et lumières, joies et peines confondues dans des prestations inoubliables.
Là où l’on pouvait s’attendre à l’académisme, Marion Laine donne dans le cinglant et la frénésie de la désespérance. Un film empreint de réalisme cruel et formidablement attachant.
Un film simple, dans le cadre de la campagne française du 19ème. Beaux rôles pour les deux actrices principales, mais un rythme un peu lent nous laisse sur notre faim, au milieu de tous ces coeurs déchirés. Le bonheur est il si simple?....
Félicitation à la réalisatrice de ce merveilleux film qui a réussi l’exploit de rendre le film au moins aussi chiant que le bouquin. Une chose est sûre, le roman de Flaubert est parfaitement respecté !
Le film est bien joué, bien filmé mais trop c'est trop... Entre le prétendant qui la repousse, le taureau qui l'attaque et la rend boîteuse, les morts des enfants aimés, la surdité, le perroquet qui finit empaillé, et la folie rien n'est épargné au malheureux personnage incarné par Sandrine Bonnaire et par ricochet au spectateur .. Trop de malheurs et aucune sympathie pour ces femmes pathétiques font que je me suis ennuyé ferme...
L'acteur Patrick Pineau assomme puis égorge un cochon pendant que Sandrine Bonnaire en récolte le sang... avec le sourire! C'est sans doute ce genre de scènes que la presse de gauche caviar a osé qualifier de "tableaux exceptionnels"... Un genre de scène dégueulasse qui plaît énormément à ce genre de presse férue de "réalisme. Bien évidemment sans aucun avertissement pour les personnes sensibles... Certes, Sandrine Bonnaire tout comme Marina Foïs jouent bien, mais ça s'arrête là, tant l'ennui, hormis durant cette scène discutable du cochon, s'installe durablement. En résumé, un film à oublier car de bobos avec des comédiens bien bobos pour un public de bobos... ou de gogos?!
Adapter Flaubert au cinéma - pensons à la célèbre Madame Bovary exportée au-delà de l'Atlantique - n'a jamais été simple. Or l'adaptation qu'en propose Marion Laine déçoit rapidement. Même si l'image travaillée, la photographie influencée tantôt par l'impressionnisme, tantôt par un La Tour ou un Rembrandt, le conte initial perd paradoxalement, en rapport à son titre, sa complexité. Où est l'ironie, le cynisme mordant d'un auteur tout sauf poli avec son lectorat ? Si le long-métrage est souvent beau, il demeure cependant assez vide et, n'en déplaise aux deux comédiennes talentueuses, l'histoire est laborieuse, contraire à son modèle littéraire. A lui seul, le conte flaubertien est plus moderne que cette le lecture lisse et policée d'une destinée qui porte plus à rire qu'à pleurer. Un coeur simple, cet oxymore comme fausse peinture de la nature humaine, n'existe pas et, comme Flaubert, on préférera rire que pleurer devant l'ennui suscité par le film. Dommage.
A la recherche du Rohmer des «Amours d’Asrtrée et de Céladon» et du Ferran de «Lady Chatterlay», Marion Laine dans «Un cœur simple» (France, 2008) ne trouve que le mimétisme de l’image, la fraîcheur préfabriquée de la simplicité. Adapté d’une nouvelle de Flaubert, le film semble d’avantage opérer une affaire de transposition que d’adaptation. Comment peut-on différencier si le film adapte ou s’il transpose sans avoir lu le texte originel ? C’est car le cinéma pour Laine, n’est pas pris comme médium nouveau à l’intrigue mais seulement comme un support avec lequel s’exprimer. Faisant des mots de Flaubert des images, Laine transpose le récit plus qu’elle ne le transcende. L’image est fade, le récit linéaire et les interprétations respectables. Le relief du film est aussi peu volumineux que «Bienvenue chez les Ch’tis» de Dany Boon. La musique quant à elle, uniquement de cordes, soutient la nonchalance du film. Pourtant le premier long-métrage de Laine n’est pas dépourvu d’ambition. Aux torses nus que baise Félicité et sur lequel elle trace son amour profond ne reste plus que le corps empaillé d’un perroquet. Les autres pour Félicité sont tant de vases dans lesquelles elle déverse son amour. Agonisant vierge, Félicité n’aura su trouver l’objet de son désir. Cette enquête qui s’engage tout le long du film au nom de Félicité s’englue dans l’ambiance austère de son esthétique. Faire de Flaubert un monde ascétique revient à en occulter la fourmillante vigueur. Pourtant le régime plastique partage de nombreuses caractéristiques avec celui de «Capitaine Achab» (France, 2008) de Philippe Ramos. Le mouvement initiatique et sacrificiel de ce dernier est enroué dans «Un cœur simple» pour ne plus que se décrépir sur place. Il ne reste plus à se satisfaire du film que comme un film de costume. «Un cœur simple» n’est plus qu’un témoin, le médaillon d’une époque difficile où l’amour des femmes de petite condition souffre des affres de la vie.
Adaptation élégante et raffinée d'une nouvelle de Flaubert, "Un coeur simple" est un véritable joyau cinématographique: il décrit les relations complexes entre une bonne à tout faire, naïve et engoncée dans sa modeste condition (Sandrine Bonnaire, immense comédienne) et sa maîtresse, toutes deux frustrées de sentiments et de tendresse. Il faut d'abord reconnaître à la réalisatrice son excellent travail d'adaptation, de mise en scène, ainsi que la qualité de la photographie et le regard sensible qu'elle porte sur la nature. Quant aux comédiens, depuis les seconds rôles (Frédéric et Liébard en particulier) jusqu'aux deux personnages féminins, on est épaté par leurs justes prestations. Ce "Coeur Simple" est à prendre.
Une pure merveille que ce film de Marion Laine! Deux belles et grandes Actrices (M.Foïs me surprend de plus en plus à chaque film...) qui habitent pleinement leurs rôles. Sandrine Bonnaire comme à chaque fois (mais est t'il nécessaire de le répéter?) est SPLENDIDE et réussit tout du long du parcour de cette femme à nous offrir une des ses plus belle prestations à l'écran!!!! Du cinéma français comme ça: moi j'en redemmande!