Superbe film mené par un Gabin formidable. On a un film qui commence par la fin et qui finit par le début (qui est la fin bien sûr). L'histoire est très belle et le cinéma français de cette époque a une touche incomparable.
Je suis un peu déçu, je voulais voir un super film, un chef d'oeuvre... Et j'ai eu un film qui a certes ses bons moments et qui n'est pas mauvais, mais qui est incroyablement long et assez froid... Si je veux voir ce film c'est avant tout pour être ému, pour être transporté... Mais là, rien à faire... J'ai trouvé ça bien trop prévisible, alors pas que ça soit forcément péjoratif, le côté fatum peut renforcer le tragique d'une tragédie lorsque c'est bien fait... Sauf que là, je m'en fous... Je m'en fous totalement... en fait si le début du film est vraiment pas mal, avec le début de relation entre Gabin et la fille... je pense que faire de cette romance une sorte de carré amoureux... ça tue tout... Parce que du coup on ne développe plus la relation, je n'y crois plus... Je ne peux pas comprendre l'acte final...
C'est dommage.
Du coup j'ai regardé le film sans déplaisir, mais j'en attendais beaucoup plus. Certes, c'est très bien dialogué par Prévert, une mention spéciale pour la première phrase du film "tu vas la taire ta gueule" et on retrouve la justesse habituelle de ses dialogues, pas de soucis à ce niveau là (bien qu'il ait fait mieux). Mais comme dit, je ne peux pas rentrer dans le tragique de l'histoire, même si j'aime bien le personnage de Gabin, car Françoise est un perso peu développé... Du coup même si le film paraît bien long pour la petite heure trente qu'il dure... il aurait mérité d'être plus long, plus développé, afin de réussir à raconter cette histoire et la rendre poignante...
Bref, c'est pas nul, mais ça ne me parle vraiment pas...
"Est-ce que j'ai une gueule à faire l'amour à des souvenirs ?". La réplique d'Arletty détonne dans ce film au sommet du réalisme poétique, ou comme Marcel Carné l'aurait dit lui même du "fantastique social", et y a , à la fois,toute sa place. Personnage fantastique, elle incarne le réalisme qui cache une tendresse. La tendresse c'est Jean Gabin, qui en ours bien léché, ne peut plus supporter la pression psychologique d'un autre homme qui est incompréhensible pour lui, un orphelin qui se tue au travail, amoureux d'une autre fille de "l'assistance", la jeune Françoise, courtisée par cet autre homme, interprétée par la compagne de Prévert, auteur du scénario. Elle est, au passage, un cran en dessous des autres acteurs. Le film fustige en douceur le travail, bourreau des ouvriers, les beaux messieurs qui tuent avec l'ego et le temps, égratigne la police est ses lourdeurs (à tel point qu'une scène avait été coupée par le régime de Vichy) et nous montre la beauté de la loyauté et des amitiés prolétaires. Une histoire au procédé en avance sur son temps car le film se permet des digressions appelées plus tard "flash-backs". Le dernier plan justifie à lui seul de voir le film.
C'est après son visionnage de Drole de Drame (1937) que Jean Gabin veut travailler avec le duo Marcel Carné-Jacques Prévert. Pour leur première collaboration ils signent tous ensemble un beau succès qu'est "Le Quai des Brumes" mais avec "Le Jour Se Lève" un an plus tard (1939 donc) l'accueil est plus réservé. Quelque mois plus tard il est interdit aux moins de 16 ans car il est jugé démoralisant en temps de guerre et en 1940 Vichy sort les ciseaux en supprimant quelques scènes et notamment le fameux plan ou l'on retrouve Arléty nue sous la douche. En 2014 le film ressort en version restaurée, les plans manquants ont été retrouvés, l'image rendue en 4K. "Le Jour Se Lève" se fait donc une réputation de film maudit comme en témoigne son exploitation très limitée après guerre. Pour le voir c'était en VHS avant un DVD dans les années 2000. Mais coup de miracle le film se retrouve en reprise pour ressortir cette année en Blu-Ray dans le meilleur format possible avec en prime une rediffusion au cinéma. Et c'est l'occasion de voir à qu'elle point ce film est marquant pour son époque, il est un des premier à utiliser les flashback, il réutilise deux fois une même scène en commençant par son final (comme le fera Rashomon après lui), ce procédé était tellement expérimental à l'époque que dès le début du film un mot nous précise bien que nous allons faire un voyage temporel. Le film a surtout une superbe dimension sociale, Gabin fait figure de héros, seul contre tous comme le dit le commissaire dans le film. Il est cloitré dans une chambre au dernier étage, regardant quelque chose que l'on ne vois pas, mais ce qui offre au film ce charme bouleversant c'est surtout son plan final, hautement symbolique. Mais plus que l'image négative que le film envoie à la police c'est sans doute l'allusion au communisme qui aura poussé Vichy à le censurer. Mais aujourd'hui "Le Jour Se Lève" est à sa place, comme quoi l'idéologie ne pourra jamais vaincre l'art, il est au rang qu'il mérite, celui de classique.
Il était un temps où le prolétaire pouvait être un héros, où la fumée de la locomotive à vapeur pouvait faire rêver. On ne parlait pas de pic de pollution. La gouaille de Gabin est savoureuse, il tutoie tout un chacun et une chacune. Jules Berry en être trouble est également magnifique. Les femmes, quant à elles sont amoureuses, vulnérables, offertes. D'un côté l'ouvrier, fier de son travail, de l'autre l'artiste de cabaret vieillisant, mais qui exerce son attractivité sur les femmes, parce qu'il est beau parleur et les fait rêver. Le film est en noir et blanc, un peu comme l'histoire et les personnages selon une logique binaire des bons et des méchants. Gabin incarne l'être entier, Berry, celui qui détourne l'ambivalence pour prétendre que les êtres sont troubles et en particulier les femmes. Ce débat se terminera tragiquement. C'est le début du film: on entend ce qui se passe derrière la porte, il nous faudra attendre la fin du film pour voir cette scène...
Une pièce de musée dans l’histoire du cinéma français. L’un des tout premiers nus (Arletty), l’utilisation de nombreux flash-back (peu courants à l’époque), la seconde collaboration Prévert-Carné, et un Gabin qui incarne à lui seul la fin du front populaire et l’avènement de la seconde guerre mondiale. Dans les décors de Trauner, toujours aussi magnifiques pour un Noir et Blanc d’atmosphère, « Le Jour se lève » est inscrit à jamais dans l’histoire du cinéma européen. Autour d’un drame passionnel que les auteurs des années trente ne justifiaient que par l’ardeur des sentiments et la bassesse humaine. Il faut alors découvrir le jeu d’acteur d’un Jules Berry, ignoble et souriant. Si le temps à fait son œuvre (technique et mise en scène, rien à voir), le film résiste à travers des marques indélébiles. Les dialogues par exemple « Est-ce que j’ai une gueule à faire l’amour avec des souvenirs ? ». Si vous n’avez jamais entendu Arletty…
Avis bonus La technique de la restauration et un très long, très bon documentaire sur le film , son environnement, son époque... Pour en savoir plus
Film à l'histoire simple mais tellement maîtrisé sur le plan du scénario, de la réalisation, de l'image, du jeu des acteurs et des dialogues, qu'on en oublie totalement qu'il date de 1939.
Un des sommets de l'histoire du cinéma. Remarquablement filmé (ah, ces scènes de cages d'escaliers !), photographié avec talent, l'utilisation des flash-back est parfaitement réussie. Le film est très noir et aucun des personnages n'est vraiment complètement clair mais c'est ce qui fait la force du film ("Tout le monde ment", dira Jacqueline Laurent, "et si je disais le contraire ce serait un mensonge"), on remarquera aussi que les rapports entre hommes et femmes sont étonnamment libres et beaucoup moins codifiés que dans la plupart des films américains de la même époque. Côté interprétation, Gabin est tout simplement magistral, Arletty est toute de gouaille et de beauté, et Berry est excellent dans le rôle d'un salaud tragique. Les dialogues de Prévert sonnent justes et font souvent mouches. Il faut aussi souligner le rôle des objets, les médaillons, les photos qui jouent un peu le rôle de "madeleines de Proust". Dans le film tel qu'il fut sorti en 1939, il y avait une jolie scène de nu avec Arletty qui sortait de sa douche. La scène fut censurée par le gouvernement de Vichy mais il est scandaleux qu'elle n'ait jamais été rétablie depuis. C'est vrai que Carné a déclaré tardivement que ce plan aurait été tourné à son insu (ben voyons...)
Pivot du réalisme poétique français, "Le jour se lève" sort en 1939, autrement dit durant la grande période de ses auteurs, Marcel Carné et Jacques Prévert. Les deux inséparables signent un film "à l'économie" si l'on peut dire. L'histoire est en effet d'une simplicité déconcertante : un meurtrier reclus, se remémorant les événements ayant abouti à son geste. Au point de vue technique, on a souvent dit que Carné innove en utilisant le procédé du flashback, qui sera néanmoins nettement amélioré par "Citizen Kane" deux ans après. Le film offre cependant une belle vitrine du panorama social de son époque. Jean Gabin incarne à merveille l'ouvrier parisien. On peut toutefois remarquer que "Le jour se lève" n'est peut-être pas le plus grand Carné de cette période faste, accusant un peu le coup. Le film comporte pas mal de longueurs ainsi qu'une fin convenue.
Le moins que l'on puisse dire, c'est que Le Jour se lève souffre du temps qui passe, comme nombre de films de ces mêmes années 30. Puis le traitement est trop classique : mise en scène, image ; et on en rajoute une couche dans l'insipidité avec de la parlotte ennuyante et fleur bleue qui n'intéresse personne à part le cercle amoureux composé de Jean Gabin-Arletty et Jean Gabin-Jacqueline Laurent (sacré tombeur va !). Marcel Carné en oublie le spectateur qui regarde en se concentrant sur des dialogues mièvres tirant en longueur. On s’ennuie, on s’ennuie... Puis c'est un film qui ressemble à beaucoup d'autres films de l'époque (Hôtel du Nord pour ne citer que lui). Pas franchement inoubliable.
Le réalisme poétique français des années 35/40 dans toute sa perfection. Perfection de la mise en scène, du montage (le plan de reprise de François, à travers la fenêtre de la chambre aux carreaux brisés, juste après qu'il ait fracassé son miroir pour être encore plus seul est inoubliable), du jeu des trois principaux acteurs et du respect de la règle du théâtre classique. Par ailleurs,les 3 flash-backs sont des modèles d’autant qu’à l’époque ils étaient précurseurs. Coté décors artificiels il n’y a aussi qu’à admirer notamment la chambre où il parait impossible de filmer. Coté scénario dont le centre est le destin mais dont le manichéisme est totalement absent, aucune digression ne vient nous en détourner le cours; le noir et blanc prenant ici tout son sens. Comment imaginer'' le jour se lève'' en technicolor? La musique insidieuse de Maurice Jaubert augmente encore le désespoir. Beaucoup de choses ont été dites sur ce chef d’oeuvre. Pour ma part, le personnage joué par Jules Berry avec son cynisme légendaire ne me parait pas si noir que cela; , d’ailleurs il le dit ‘’je ne suis pas plus mauvais que beaucoup d’autres’’. C’est un homme qui souffre et qui ne s’occupe que de lui comme souvent dans ces cas là. Il utilise toutes les ruses possibles pour garder Françoise qui dans cette histoire est loin d’être bien nette...C’est peut- être ce léger manque de vraisemblance dans ce personnage vide qui autorise une toute petite critique.
Un superbe mélodrame en forme de quête d'un bonheur impossible. Jean Gabin étale toute sa classe récitant les dialogues de Jacques Prévert, et Arletty est bouleversante. Un grand classique.
La beauté du réalisme poétique dans toute sa splendeur. Nouvelle collaboration entre Carné, Prevert et Gabin, le film nous entraîne dans la vie de François a travers des flashback suite a un meurtre. La réalisation est superbe et mets en valeur de façon admirable les magnifiques dialogues de Jacques Prevert. Gabin de son côté livre une performance poignante (surtout lors de son discours a la fenêtre) avec à ses côtés les immenses Jules Berry et Arletty. Un film merveilleux qui est une autre preuve de la beauté du réalisme poétique.
Décidément Marcel Carné aime bien terminer ses films brutalement. Un coup de feu et rien d'autre. Comme dans "Hotel du Nord" une année auparavant. Autant dans le film précédent on savait pourquoi Louis Jouvet en faisait les frais, autant là le réalisateur nous laisse un peu le c** entre deux chaises et nous laisse nous faire notre propre interprétation. Par ailleurs, ici tout fonctionne : la relation Carné-Prévert, Jean Gabin magistral dans son incarnation d'un homme rongé par la jalousie et par un amour impossible, et Arletty une nouvelle fois remarquable. Je ne parle même pas des dialogues, "Audiardesque" avant l'heure ! Quel bonheur d'entendre toutes ces répliques cinglantes qui fusent dans tous les sens ! Les flashbacks prennent quasiment la totalité du film et rythment celui-ci avec brio. La mise en scène et le montage, via des fondus enchainés admirables, nous entrainent efficacement dans les arcanes de ce quatuor amoureux, dont Jules Berry tire son épingle du jeu avec un charisme d'une grandeur rare. La représentation des années 30, avec notamment la vie du monde ouvrier et toutes les difficultés que ça pouvait impliquer à l'époque apporte une touche de gaieté et de simplicité dès le début du film qui rend le personnage de Jean Gabin attachant, notamment lorsqu'il rencontre pour la 1ère fois sa future muse. Muse qui va lui causer, malgré elle, tant de soucis... Un grand classique du cinema français à regarder et à reregarder sans modération.