Didier (Fabrice Luchini), écrivain en vue du milieu parisien des lettres, vient de se laisser aller à faire la critique d’un film qu’il n’a pas vu. Étonnamment, sa réputation s’en ressent — « étonnamment », je veux dire, pour le milieu en question. Sa compagne (Sandrine Kiberlain), versatile, le quitte. Son rival rôde. Didier fait alors une rencontre inattendue : une jeune fille suicidaire, prête à tout pour lui.
Rien sur Robert, par son manque d’envergure et sa fantaisie légèrement absurde (le titre est une référence incidente à Robert Desnos), s’inspire autant de la comédie française que de la comédie anglo-saxonne de caractère (on pense beaucoup à Woody Allen). Du côté français, l’unité de lieu est l’arrondissement parisien, avec ses extensions naturelles en banlieue ou dans quelque lieu de villégiature fréquenté par les Franciliens ; on croise tout le monde au coin de la rue, dans la librairie ou dans le bar dont on est un habitué, dans le train ; l’essentiel, dépourvu d’intrigue, se joue alors dans les dialogues, au gré de rencontres fortuites.
Il n’y a, en tout et pour tout, qu’une seule scène réellement anticipée et construite, mais elle relève de la tradition française des règlements de comptes verbaux qui ont généralement lieu lors des repas : Didier se croit invité et bienvenu chez le dignitaire Piccoli, se cogne contre un meuble dans la salle de bain, reprend ses esprits au moment du plat de résistance, descend candidement se mettre à table, avant de se faire assaisonner par le maître des lieux.
Côté anglo-saxon, les dialogues sont cependant plaisamment irréalistes, pleins d’audace et d’effronterie. Le film manifeste même, par moments, un goût sûr pour les psychologies étranges : l’odieuse Kiberlain dit tout haut, de manière impulsive, ce qu’elle pense, non sans avoir d’abord pensé là aussi de manière impulsive. On comprend vaguement qu’elle cherche, par ses débordements, à provoquer le neurasthénique Luchini, souvent interloqué et incapable de se décider. Les deux acteurs séduisent souvent avant d’agacer franchement.
Hélas, le film ne va guère au-delà de cette étude de caractères désordonnés. Il finit même par se modeler sur ses personnages : comme eux, il ne se décide pas vraiment, avance au petit bonheur (il ne fait pas grand-chose du personnage de Valentina Cervi par exemple), provoque quelque chose, puis s’interrompt — là encore, de manière impulsive.