Il est paradoxal qu’une œuvre axée sur la représentation du syndrome de Stendhal suscite aussi peu l’envie de se perdre en elle, tant sa construction par superposition de réalités comme des touches de peinture sur une toile échoue à faire oublier son artificialité congénitale. Il y a quelque chose de trop programmatique là-dedans, un automatisme de construction qui se plaît tant à brouiller les repères spatiaux et temporels qu’il oublie comment raconter une histoire. En résulte un film qui intrigue pendant son premier quart d’heure puis qui répète inlassablement un schéma jusqu’à l’épuisement – et non pas la nausée. Les recherches esthétiques menées par Dario Argento investissent un numérique impropre à les modéliser, sinon pour accentuer une impression générale d’étrangeté qui devient vite autotélique, sans dire quoi que ce soit ni sur son personnage principal ni sur le syndrome dont elle souffre. Nous restons face aux tableaux, sans jamais les pénétrer. Seule vaut, en fin de compte, la partition de feu Ennio Morricone qui explore la dissonance instrumentale et la cacophonie des voix pour un résultat envoûtant. Le Syndrome de Stendhal constitue donc un bien petit film pour un si grand maître de l’épouvante.
Ce n'est un secret pour personne, Dario Argento a aujourd'hui beaucoup perdu de sa superbe et enchaîne les échecs depuis quelques années. Pourtant, Le syndrome de Stendhal se distinguait du reste par des critiques beaucoup moins virulentes, qui laissaient présager une œuvre moins ratée que les autres. Il n'en est finalement rien : le bon côtoie constamment le très mauvais et le cinéaste s'évertue à saboter toutes les bonnes idées de son film. Pourtant, la première scène démarrait fort. On voit simplement une jeune femme, Anna Manni, se rendre à la Galerie des Offices, mais le spectateur est immédiatement plongé dans un sentiment de danger imminent. Une bonne partie de l'ambiance passe par la musique chez Argento et cette séquence n'échappe pas à la règle. Bien qu'elle soit en deçà de son travail habituel, la partition d'Ennio Morricone, aidée des nombreuses voix étouffées entendues, retranscrit efficacement cet état d'inquiétude. Par ailleurs, le choix de ce musée comme décors décuple le sentiment d'enfermement de l'héroïne puisqu'elle se retrouve face à des tableaux imposants, dont certains sont même accrochés au plafond. De manière générale, tout ce qui à trait à la peinture dans l'histoire est réussi. Les scénaristes jouent beaucoup avec la dimension psychologique du syndrome de Stendhal, ce qui amène deux idées fort intéressantes. La première, c'est de faire rentrer Anna dans les tableaux, ce qui perd à la fois le personnage et le spectateur dans un monde onirique mais pas entièrement détaché du réel. La deuxième, c'est de développer l'obsession de l'héroïne pour l'art, au point qu'elle se met elle même à peindre. Elle entretient alors un rapport quasi sexuel avec la peinture (la substance) en s'en appliquant sur les mains, le corps... Mais comme je l'ai dit, Argento ruine ce qu'il y a de bien dans son film, et il décide subitement de guérir son héroïne du syndrome, ce qui enlève toute ambiguïté au personnage mais aussi à l'intrigue, qui se mue alors en un thriller poussif et mal rythmé. Déjà aux alentours d'une heure vingt, on sentait déjà qu'il était temps de conclure et cette guérison soudaine ne fait que marquer la chute du film. Tout ce qui se passe après n'est qu'une cascade d'incohérences et de ridicule. Pour commencer, les personnages, même les plus secondaires, abandonnent tout semblant de crédibilité. Le policier devient une grosse chiffe molle qui apparaît et disparaît selon le bon vouloir des scénaristes, tandis que la victime de viol, pas du tout choquée par ce qu'elle vient de vivre, compare son expérience avec la façon de coucher de son ex-mari. Asia Argento n'échappe pas non plus au n'importe quoi puisque, affublée d'une perruque blonde, elle devient une parodie de femme fatale. Parallèlement à cela, le réalisateur multiplie les scènes clownesques, comme le moment où le tueur surgit du bas du cadre comme un diablotin en dehors de sa boîte ou encore le plan avec des effets spéciaux très moches où l'on voit des pilules descendre dans un œsophage. Mais le summum, c'est quand même l'étudiant en art, qui confie sans pression à Anna qu'il s'appelle Marie et que c'est aussi un prénom masculin en France. Cela peut paraître anodin, mais les acteurs ont l'air de croire tellement fort à leur connerie que cela provoque involontairement le rire (sans compter le moment où Anna hurle le nom de son nouvel amant (ah oui parce qu'ils tombent amoureux en trois minutes aussi)). Il y a bien quelques quelques idées de mise en scène qui surnagent (la caméra qui se retourne pendant qu'elle filme un appel téléphonique par exemple), mais elle n'ont jamais le temps d'éclore, le montage (aussi catastrophique que le reste) est trop brusque et ne prend jamais le temps de montrer les chose. La seule chose que je trouve entièrement réussie est la fin, qui remonte d'un cran la tension (et croyez moi c'était pas gagné). La manière dont le twist est amené pourrait presque redorer blason de Dario Argento, mais remis dans le contexte du film il apparaît comme le dernier sursaut de génie avant l’arrêt total du cœur. Triste.
Moite et malsain, le calvaire d'Asia Argento met vraiment mal à l'aise, surtout lorsque son père n'hésite pas à la filmer dans les situations les plus troublantes, glauques et inconfortables. Glaçant.
Là, je DOIS défendre un film que j'aime beaucoup et très sous-estimé à mon avis! Le Syndrome de Stendhal n'est pas vraiment un film d'horreur (j'avoue que je suis assez perplexe face aux gens qui lui reprochent le manque de scène gore...) mais un portrait psychologique insolite et totalement désespéré d'une femme, Anna Manni (l'incroyable Asia Argento, qui m'a surpris comme je ne l'aurais jamais imaginé), torturée au sens physique et moral du terme. Dario Argento se penche vers d'autres choses que l'angoisse (même si un climat malsain et stressant plane sur tout le film), il s'intéresse aux sentiments, et ce qui est étonnant c'est qu'il arrive à livrer des émotions fortes par ce film. La lenteur joue en la faveur de l'histoire à mon avis, installant une ambiance tantôt joyeuse, tantôt malsaine... bref, c'est très destabilisant. Beaucoup de choses sont symboliques dans ce film et il offre une belle matière à réflexion, ce qui fait forcément plaisir. Bref, un film très sous-estimé à mon avis.
"Le syndrome de Stendhal" est le treizième film de Dario Argento toujours fidèle à un genre, le giallo, qu'il a lui-même initié et qui à l'époque est quasiment devenu obsolète. Il s'inspire d'un ouvrage éponyme de Graziella Magherini psychiatre qui s'intéresse à ce syndrome inexpliqué qui voit certains individus tomber en transe devant une œuvre d'art, nommé ainsi en référence à un sentiment semblable éprouvé et décrit par Stendhal lui-même en 1817 lors d'un voyage à Florence. La première demi-heure donne lieu à un face à face entre Asia Argento et le tueur en série sans qu'aucune explication plausible ne soit donnée aux évènements. La jeune femme alors est envoyée à Florence pour une enquête sur un tueur qui a sévi trois fois à Rome et qui semble s’être déplacé pour continuer ses méfaits. Ayant un rendez-vous à la Galerie des Offices, elle se trouve prise de malaise devant un tableau, il s’agit là du syndrome de Stendhal évoqué dans le titre du film. Le contexte posé et le titre expliqué, l’intrigue devient plus classique. spoiler: Sur les conseils de son thérapeute Anna (Asia Argento) rentre chez elle dans son village natal. Le tueur la suit sur place et la kidnappe. Elle finit par se libérer et tuer le pervers qui encore une fois l’a violée. Malheureusement l’esprit du tueur est entré en elle et elle continue l’œuvre de son bourreau . On retrouve les goûts sanglants d’Argento qui n’hésite pas à faire jouer des scènes difficiles voire scabreuses à sa progéniture. Malgré ses défauts liés à une intrigue plutôt lâche, le film se laisse voir sans déplaisir, la fille d’Argento montrant un talent prometteur et une présence envoûtante.
Peut-être le plus grand film de Dario Argento, plus que les sempiternellement acclamés SUSPIRIA et LES FRISSONS DE L'ANGOISSE?
Une oeuvre difficile d'accès, brutale, tordue mais néanmoins approfondie, intimiste, intelligente et au final émouvante. Le charisme d'Asia Argento dans un rôle complexe, la superbe musique d'Ennio Morricone et plusieurs scènes mémorables (l"ouverture à la galerie des Offices, le flash back via la peinture, l'errance finale dans les rues...) en font une oeuvre marquante du cinéma des années 90, tous genres confondus. Un film à voir, revoir, et réévaluer.
LE seul bon film de Dario Argento des années 90'. L'idée de reprendre le theme du syndrome de stendhal est geniale. On va nous faire une mixture pour les fans d'arts baroques en leurs faisant visiter Florence (d'une bien curieuse maniere), en les immergeants dans des ambiances froides, flippantes et pleines de mysteres distillées par un score de morricone (un peu repetitif mais qui colle bien aux scenes) du sang, de la folie, une asia argento impeccable et vachement convaincante (contrairement a d'autres de ses roles) et vous obtenez ce film superbe! Seul point faible: 3 ou 4 effets de syntheses completement ridicules et tres mal foutus, mais on s'en cogne! Le film du reveil du maitre, reveil de courte durée d'ailleurs
Probablement le dernier bon film d'Argento. Le parallèle fait entre la douleur engendrée par les chefs d'oeuvres de la renaissance italienne et le pouvoir du maniaque exercé sur le personnage d'Asia Argento est fascinant. La force baroque délivrée par le film, si elle est déjà loin de celle d'un "Suspiria", nous fait attendre impatiemment le vrai retour d'Argento.
La virtuosité du maître du Giallo se retrouve dans ce film, pesant, dérangeant. c'est parfaitement interprété, il y a peu de temps mort. Le syndrome de stendhal est le prétexte pour réaliser un film remarquable. L'identité du tueur est dévoilée assez rapidement, mais l'intérêt du film est ailleurs, calqué sur la peur, les émotions des victimes. Le rebondissement final est inattendu. Il faudra ensuite attendre le sang de innocents pour revoir un bon Argento, et dans une moindre mesure, the card placer, alors, régalez-vous !
J'aime beaucoup les films réalisés par Dario Argento mais j'avoue qu'il commençait à me lasser tant son style devenait répétitif : éclairages rouges, bleus, verts, longs couloirs, escaliers en colimaçon et puis, le grand choc avec le syndrome de Stendhal dans lequel il fait abandon de ses recettes habituelles pour tourner un film, fantastique à la limite du surréalisme. Les changements de coiffure d'Asia Argento et les jongleries dans l'espace et le temps m'ont fait penser à "lost Higway" de Lynch. Asia Argento est sublime physiquement et en tant que comédienne; comme le scénario veut que son personnage soit amateur d'art, elle choisit des amants qui sont des chefs-d'œuvre de la nature et, ce qui ne gâche rien de très bons comédiens aussi.
en regardant ce film pour la première fois, j'ai quelques associations qui me viennent: j'ai très vite pensé à hitchcock, au film "Vertigo" quand Kim Novak se rend au musée et semble fascinée par un tableau. Comme elle, Anna est une héroïne hitchcokienne, une introvertie tournée vers un monde intérieur obsédant et tourmenté, un personnage clivé. La musique lanscinante de Moricone me rappelle celle de Rosemary's baby de Polanski, la schizophrénie d'Anna celle du Locataire du même Polanski. Bref, de grandes références pour un Argento bien inspiré et qui signe là cependant un film très personnel et réussi.