Copycat appartient à ces thrillers qui, revus des années plus tard, gardent une netteté de ligne et une efficacité presque intemporelle. Si l’on sourit devant les terminaux d’époque et les procédures d’enquête aujourd’hui datées, le film trouve sa force ailleurs : dans l’affrontement discret et électrique de deux femmes que tout oppose et que tout finit par relier. D’un côté, Sigourney Weaver campe une criminologue de génie, figure publique devenue recluse, pétrie de savoir mais minée par l’agoraphobie, l’alcool et la mémoire traumatique. De l’autre, Holly Hunter incarne une enquêtrice au sang froid, regard chirurgical, corps en tension permanente, qui refuse d’abandonner la maîtrise même quand le terrain se dérobe. Leur alliance forcée naît d’un défi glaçant : un tueur en série qui reproduit des crimes célèbres, comme s’il composait une partition de meurtres en hommage pervers aux monstres d’hier.
Ce qui frappe, c’est la précision de la mise en scène du suspense : un montage sans gras, une progression méthodique qui serre l’étau, des respirations calibrées qui laissent affleurer la peur avant de la reconduire au récit. Le film ne se complaît pas dans le voyeurisme ; il s’intéresse à la contamination de la violence, à la fascination du mal et à la manière dont l’intelligence peut se retourner contre soi. La dynamique entre Weaver et Hunter fonctionne comme un miroir à double face : vulnérabilité contre contrôle, théorie contre terrain, vertige intérieur contre mouvement. À mesure que l’enquête avance, leurs certitudes s’ébrèchent, un respect naît, et le duo devient le véritable cœur dramatique, dépassant l’exercice de style pour toucher au portrait.
La technologie a vieilli, oui, mais la mécanique de tension demeure redoutable, et l’écriture des personnages conserve une élégance rare dans le genre. Copycat parle de la peur comme d’un système : intime, social, médiatique. Il parle aussi de compétence, de sororité imparfaite, de ces alliances qui sauvent parce qu’elles obligent à se décentrer. On y revient pour le frisson, on y reste pour l’humain. Au final, un polar intelligent et tendu, dont la tenue, la rigueur et la beauté du duo Weaver/Hunter justifient largement une redécouverte aujourd’hui.