Il fut un temps où les Lumières incarnaient l'avenir, où ce mot résonnait dans le silence des palais glacés, et scintillaient dans les yeux plein de douceur de ceux qui y parvenaient - par le plus grand des hasards - et éclairaient de leurs idées les personnages bouffons qu'ils fréquentaient, ou les reines incomprises. On peine à imaginer que ce scénario fut vrai, tant il semble sorti d'un imaginaire d'une petite aristocrate en peine de sentiments galants. Mais ce conte de fée, bien que tourmenté, révèle avec brio et douceur un épisode inconnu et romantique de l'histoire du Danemark. Le scénario est très bien construit. Le jeu des comédiens se prête très bien à l'atmosphère froide et austère de ce monde clos, qui, par moment, comme des étincelles jaillissantes, prennent le grand air et s'offrent des promenades dans des puits de verdure éclairés d'une lumière crépusculaire. L'herbe est encore mouillée. La passion se dévore avec les yeux, celle des corps, et celle des idées. Romantisme, quand tu nous tiens. Tout n'est qu'un. On croirait célébrer le chant d'un troubadour pour une Dame charmante. La reine, en l'occurrence. Incomprise dans ce monde viril et débile. On se plait aussi à suivre l'évolution du personnage du roi, bouffon de lui-même, tantôt odieux, tantôt tourmenté, maupiteux. Mais quand celui-ci relève la tête, et dans sa bêtise, joue au théâtre et impose les idées progressistes de son médecin, la tragédie devient farce et l'on se plait à voir le sifflet coupé à tous les apôtres de la réaction. Malgré la mise en scène très classique, et une audace limitée sur le plan de l'image, je me suis laissé gagner par cette histoire, ce drame, qui m'a attiré dans des gouffres béats de poésie.