Un film qui fait d'autant plus froid dans le dos que les faits sont absolument authentiques. L'affaire s'est déroulée en 2006, dans un fast-food aux États Unis. En outre, ces faits se sont reproduits 70 fois et dans une trentaine d'États, commis par le même scélérat. L'exploit de Craig Zobel est d'autant plus extraordinaire qu'il parvient à développer un suspense d'une intensité hors norme, en filmant "simplement" un espace clos, exigüe, ainsi que des conversations dont on ne voit qu'un seul interlocuteur. Pour mener à bien cet exploit, le cinéaste Américain fait appel à un panel d'acteurs brillants. Si Dreama Walker est plus vraie que nature, et Ann Dowd, impériale, tous les seconds rôles donnent également une performance exceptionnelle. Outre son excellence artistique, le film a d'autres intérêts. Le premier se résume dans le titre : "Compliance". Ce respect de la conformité professionnelle débouchant sur des situations scandaleusement attentatoires. Le film permet de révéler également un aspect civilisationnel de l'Amérique. L'esprit de libre entreprise, là-bas, est si ancré dans les esprits, qu'il a donné naissance à une hyper flexibilité dans l'embauche et le licenciement. Une flexibilité, exécrée en France, mais qui paradoxalement permet, là-bas, d'obtenir un taux d'embauche très élevé et un taux de chômage hyper bas. À l'opposé, la France, fière de son droit d'embaucher et de licencier hyper contraignant, se traîne avec un taux de chômage très élevé et une employabilité désespérément faible. Reste que le revers de la médaille de cette hyper flexibilité est qu'elle génère une peur, un zèle presque servile à la "compliance", à la conformité. Ce zèle, formidablement bien montré dans le film, débouche sur des actes aussi aberrants que ceux de l'affaire en question. Le fait que la voix de la raison dans l'histoire soit enfin et brillamment portée par le personnage le plus improbable, a deux fonctions. Augmenter le suspense, et donner une morale inattendue à l'histoire : les fondamentaux du capitalisme n'excluent pas les préceptes des anciens. Le film est, hélas, totalement muet sur les peines infligées aux coupables, et c'est extrêmement frustrant. De toute évidence, ce qui intéressait Zobel, dans cette affaire, est moins ses retombées juridiques, que le fonctionnement de son processus de manipulation. É-di-fiant !