Depuis pas très longtemps, et dans l'attente de la sortie de ce film, je commençais à me persuader que Desplechin était un grand réalisateur français. Avec Comment je me suis disputé... ma vie sexuelle, rien que ça, il est difficile de ne pas le croire. Alors 2013, retour du cinéaste, sélection à Cannes, encore une fois présence d'Amalric, et Del Toro en plus, pour une histoire assez originale (de ce qu'a pu montrer jusque-là Desplechin) et dans un espace-temps différent de ce qu'il a pu nous proposer. Soit, sur le papier du moins c'est alléchant, au pire ça rend un peu perplexe. Et finalement, c'est moche. Moche pas formellement parlant - au contraire même sur la photo c'est peut-être le meilleur Desplechin que j'ai pu voir, en tout cas le plus travaillé de ce côté-là - mais moche dans son ensemble, dans son incapacité à proposer une mise en scène digne de ce nom (partiellement excusable car pour ce genre de film ça se prête plutôt bien) et surtout, une impossibilité de faire décoller niveau dialogue. Les dialogues, Desplechin en a utilisé à foison, prenant donc la même formule que ses précédents films. Mais là où avant c'était fou, délirant, complexe, pertinent, bref décrivant un peu tout ce à quoi des paroles peuvent amener, ici les dialogues n'évoluent jamais. Alors pour l'histoire en elle-même ça reste bon, enfin bon disons dans le cadre de l'histoire, on apprend par des longues confidences l'enfance de Del Toro, et les dialogues ne sont pas en soi mauvais, mais il n'y a pas cette étincelle, cette luminosité qui changent la donne, pour moi LA marque de fabrique de Depleschin. Au moment où le thème de la religion est abordé, je me suis dis qu'enfin on partait dans un truc intéressant, intelligent, et que ça allait être comme ça jusqu'à la fin (et au pire qu'une moitié du film vaudrait réellement la peine)... Que dalle, que dalle. Le passage de la religion est un pic unique, et ça retombe juste après. Finalement je ne retiens rien, alors il y a des choix certes intéressants (le personnage de Madeleine, présente mais pas trop, dans une relation floue, ça nous fait évader de l'histoire principale c'est pas plus mal), même niveau mise en scène quelques petits trucs sympas mais cela est clairement insuffisant, quand on s'appelle Depleschin on ne rend pas une copie aussi plate, dans le fond en tout cas ça l'est. L'histoire suit son cours, le duo fonctionne remarquablement bien, mais allier une mise en scène aussi sombre et des dialogues de ce niveau-là, je ne dirais pas que c'est consternant, car quelque part le réalisateur a réussi son coup - il n'y a pas de gros défauts et on est pris par le truc - mais il n'ose pas, il ne tente rien, et justement chez lui c'est dans sa folie qu'il prouve qu'il est un grand. Pas ici.