Il ne fallait rien attendre d’autre d’une transposition sur grand écran d’une série de séances de psychanalyse qu’un film très bavard. Une fois averti de cet aspect très discursif de l’écriture, la véritable surprise vient de la mise très posée avec laquelle Arnaud Desplechin, qui nous a habitués à un maniement plus énergique de la caméra, filme le lien qui se tisse entre le Georges Devreux (célèbre ethnopsychanalyste auteur du livre dont le film s’inspire directement) et son patient. Cette approche très intimiste de leur relation est transcendée par les prestations remarquables de Benicio Del Toro en indien traumatisé par la guerre et de Mathieu Amalric qui ne semble nullement gêné de devoir jouer en anglais. Ces deux personnages diamétralement opposés, tant dans leur approche de la maladie mentale que dans leur façon de se comporter, se rapproche tout le long du film sur un schéma émouvant mais trop convenu pour être surprenant et qui n’entre assez en profondeur dans les sujets sensibles qu’il effleure tels que la guerre et le racisme envers les amérindiens.
Depuis pas très longtemps, et dans l'attente de la sortie de ce film, je commençais à me persuader que Desplechin était un grand réalisateur français. Avec Comment je me suis disputé... ma vie sexuelle, rien que ça, il est difficile de ne pas le croire. Alors 2013, retour du cinéaste, sélection à Cannes, encore une fois présence d'Amalric, et Del Toro en plus, pour une histoire assez originale (de ce qu'a pu montrer jusque-là Desplechin) et dans un espace-temps différent de ce qu'il a pu nous proposer. Soit, sur le papier du moins c'est alléchant, au pire ça rend un peu perplexe. Et finalement, c'est moche. Moche pas formellement parlant - au contraire même sur la photo c'est peut-être le meilleur Desplechin que j'ai pu voir, en tout cas le plus travaillé de ce côté-là - mais moche dans son ensemble, dans son incapacité à proposer une mise en scène digne de ce nom (partiellement excusable car pour ce genre de film ça se prête plutôt bien) et surtout, une impossibilité de faire décoller niveau dialogue. Les dialogues, Desplechin en a utilisé à foison, prenant donc la même formule que ses précédents films. Mais là où avant c'était fou, délirant, complexe, pertinent, bref décrivant un peu tout ce à quoi des paroles peuvent amener, ici les dialogues n'évoluent jamais. Alors pour l'histoire en elle-même ça reste bon, enfin bon disons dans le cadre de l'histoire, on apprend par des longues confidences l'enfance de Del Toro, et les dialogues ne sont pas en soi mauvais, mais il n'y a pas cette étincelle, cette luminosité qui changent la donne, pour moi LA marque de fabrique de Depleschin. Au moment où le thème de la religion est abordé, je me suis dis qu'enfin on partait dans un truc intéressant, intelligent, et que ça allait être comme ça jusqu'à la fin (et au pire qu'une moitié du film vaudrait réellement la peine)... Que dalle, que dalle. Le passage de la religion est un pic unique, et ça retombe juste après. Finalement je ne retiens rien, alors il y a des choix certes intéressants (le personnage de Madeleine, présente mais pas trop, dans une relation floue, ça nous fait évader de l'histoire principale c'est pas plus mal), même niveau mise en scène quelques petits trucs sympas mais cela est clairement insuffisant, quand on s'appelle Depleschin on ne rend pas une copie aussi plate, dans le fond en tout cas ça l'est. L'histoire suit son cours, le duo fonctionne remarquablement bien, mais allier une mise en scène aussi sombre et des dialogues de ce niveau-là, je ne dirais pas que c'est consternant, car quelque part le réalisateur a réussi son coup - il n'y a pas de gros défauts et on est pris par le truc - mais il n'ose pas, il ne tente rien, et justement chez lui c'est dans sa folie qu'il prouve qu'il est un grand. Pas ici.
Desplechin part en Amérique et nous pond un film psychothérapeutique ( à la freudienne vu le contexte ), soit. Del Toro et Amalric sont très bons, mais une étude psy était-elle utile de la part d' un immense réalisateur qui le met en scène aux USA en 1945, bizarre... que sont devenus nos "rois et reines", notre "conte de Noel" ou notre fabuleuse "Esther Kahn"? Mise en scène ennuyeuse, académique pour aboutir à un petit film.
Ce qui va advenir entre les deux hommes se situe au-delà de la simple relation entre patient et thérapeute. Derrière la confiance indispensable, les longues conversations qui permettent à Georges Devereux de révéler les blessures de l’âme tourmentée de son unique patient font naitre une estime mutuelle qui débouche sur une complicité et une amitié grandissantes. Échangeant en anglais, une tierce langue pour l’Indien et surtout le médecin européen, ils apparaissent comme des étrangers au sein de la communauté de l’établissement où Jimmy Picard doit séjourner. À force d’entretiens et de tests, le praticien parvient à percer la carapace de son patient et à lui inculquer la prise en main de son destin, en résolvant les traumas de son rapport aux femmes (mère, sœur, épouses) auxquelles il craint compulsivement d’infliger déceptions ou douleurs. L’universaliste Devereux qui accepte de soigner Picard, non par une culpabilité d’une nation face au génocide qu’il n’a pas à éprouver, mais simplement parce qu’il se sent en mesure de lui apporter son aide, doit lui-même composer avec ses origines juives hongroises. Entièrement préoccupé du sort de Jimmy Picard, dont il consigne avec application les déclarations sans jamais porter de jugement moral, l’analyste ravi et hilare d’exercer son métier de façon aussi bénéfique voit son séjour au Kansas agrémenté par la visite de sa maitresse.
Il n’est qu’à se rappeler Rois et Reine (2004) pour savoir le lien étroit qu’entretient le cinéaste avec la psychanalyse. À l’époque, le comédien Mathieu Amalric, véritable alter ego de Desplechin, interprétait le rôle du fantasque et déprimé Ismaël Vuillard, alors qu’à présent il passe en quelque sorte de l’autre côté en jouant le médecin écoutant face à Benicio Del Toro, très convaincant dans la composition d’un homme qui souffre et cherche les causes et les remèdes à sa maladie. Celui qui a abordé les thématiques des névroses familiales, du deuil, des questions de couple et de filiation dans des œuvres profuses et kaléidoscopiques, entremêlant plusieurs destinées, atteint avec Jimmy P. (Psychothérapie d’un Indien des Plaines) à une maturité qui insuffle limpidité, clarté de la ligne et apaisement à son cinéma. En dépit de la violence du témoignage de Jimmy Picard qui caractérise une existence marquée par la mort et les séparations, le ton n’est jamais à l’excès ou à l’irrationnel, tout juste le patient noie-t-il ses souffrances insupportables dans l’alcool.
Colosse doux et taiseux, Jimmy Picard vit avec sa douleur. Sourds vertiges et affreuses migraines ne lui laissent plus « qu’une demi-vie ». Le mal est-il lié à sa trépanation lors de la dernière guerre, en France ? Comme les examens cliniques n’en disent pas plus que lui sur son passé, les médecins militaires penchent pour la schizophrénie, avant de s’en remettre à un psychanalyste français passionné de cultures amérindiennes… Jimmy P., c’est l’histoire de cette rencontre entre un indien « blackfoot » du Montana avec un anthropologue, en 1948. . Georges Devereux va fouiller ailleurs et autrement. Pour plonger dans la mémoire de Jimmy, faire resurgir ses souvenirs et interpréter ses rêves, tout passe par la parole et la confiance. Alors, mêlé à un drame de jeunesse ? Perte identitaire liée à la disparition de la tribu ? Peut-être. Et puis apparaît sa gêne avec les filles. Et cette femme qu’il a quittée alors qu’elle était enceinte, par ce qu’il se croyait trompé. Et cette petite Mary Lou qu’il aimerait tant voir… « C’est bien que vous compreniez pourquoi vous êtes dépendant, c’est ce qui vous guérit », dit Devereux à Jimmy. Classique travail d’analyse. Sauf qu’ici, la cure a un double effet : en libérant le premier, elle réhabilite le second. Lui aussi a jadis aimé et perdu une femme. Lui aussi, en manque de reconnaissance, était comme un indien à Paris. En brisant le carcan des idées reçues ; en se libérant des maîtres à penser et des dieux, tous deux avancent sur le chemin de la paix intérieure. La psychothérapie d’un Indien des Plaines vaut donc aussi pour le Juif Hongrois qui la dispense. Le film de Desplechin est magnifique. Et magnifiques les scènes de retrouvailles avec les femmes. Le tandem d’acteurs est formidablement complémentaire : imposant Del Toro, malicieux Amalric. Et magistrale la séance de psychanalyse. Si brillante parfois que l’admiration étouffe l’émotion. On sort rincé et un peu sec !
Le film met en scène le duo Mathieu Amalric / Benicio Del Toro, deux personnages qui se découvrent essentiellement par la parole, dans un rythme lent, sans envolée dramatique. La chose peut effrayer au premier abord, et pourtant cela fonctionne plutôt bien. Rappelant un peu le principe de la série "In Treatment", les séances de psychanalyse forme la colonne vertébrale du film, qui est indubitablement une réussite.
Alors que j'avais peur de me retrouver devant un film bavard sur la psychanalyse alignant des champs/contre-champs pendant 2h -, je me suis retrouvé devant l'histoire de deux personnages captivants et attachants. Beaucoup d'efforts ont été faits pour nous rendre le propos intéressant (des actions, du visuel...) et pour créer de l'empathie avec les personnages. Des conversations certes, mais une expérience avant tout.
au bout de 25 minutes , je me suis endormie , quand 30 minutes plus tard je me suis réveiller , j ai cru que le film s'était mis sur pause ... c'est long , très long , les scènes qui se suivent n expliquent rien a l intrique , d ailleurs y a t il un scénario ? bref pire qu une séance chez le spy .
Et bien, et bien, et bien, personne ne pourra dire que le dialoguiste s'est pas cassé le cul, un film qui pour certains doit être affreux, je vois déjà les "lent", "ça fait que parler", "c'est chiannttt" et bien moi je ne me suis absolument pas ennuyé devant ce magnifique film, la relation entre ces deux grands acteurs que sont Benicio Del Toro et Mathieu Amalric est passionnante, un dialogue sublime, un travail formidable. A voir.
Une histoire comme on n'oserait pas l'inventer avec des personnages pratiquants avant l'heure la pédagogie institutionnelle qui plaide que l'exercice de la fonction donnée crée la compé ma part je crois plus que l'empathie joue un rôle considérable pour cicatriser les blessures d’âme. Devereux en était autant doté que de faconde, à défaut de parcours labellisé ,Il a su éviter le charlatanisme par l’intérêt qu'il portait a autrui. Desplechin signe une oeuvre moins noire que ses mises en scènes cruelles sur les rapports amoureux et ou familiaux , dans ce biopic ou il s'agit de suivre un rééquilibrage des désastres de l'enfance Mathieu Almaric trouve l'occasion de mettre son coté allumé au service d'une personnalité positive.
Bon moment de ciné avec 2 acteurs qui jouent magnifiquement leur partie. On ne s'ennuie pas malgré le sujet, une cure analytique. C'est filmé comme une enquête policière pour remonter aux sources du traumatisme psychique, cela m'a plu.
Ennuyeux, "Jimmy p." n'est pas un film inintéressant, à condition d'être passionné de psychanalyse. Pour les autres, les deux heures de film vont paraître long, très long. Attendez vous à voir beaucoup de dialogues plus ou moins interminables, à la manière de "A dangerous method" de Cronenberg. Les flash back rendent le tout un peu plus dynamique, donnant plus de profondeur à l'histoire. La deuxième partie du film est à ce titre plus enlevée que la première, au fur et à mesure que l'indien, bien interprété par Benicio del Toro, se révèle.