Les points positifs pour commencer : une atmosphère absolument oppressante qui gagne en puissance au fil du film, et dont on a du mal à se défaire une fois la salle quittée.
Un paysage grandiose figé dans une nature sauvage, froide, puissante , impénétrable et immuable dans sa pâleur glaciale, qui renforce cette sensation d’isolement et d’impuissance inéluctable face à une énigme qui reste insoluble au fil de longues années déjà passées ,avec des enquêteurs enlisés dans une impasse, et des coupables toujours invisibles qui tirent les fils dans leur cache à l’abri des regards, dissimulant ainsi la noirceur de leur âme derrière une façade lisse et insondable.
Des acteurs très convaincants dont le jeu nous prend aux tripes et nous bouleverse au gré des émotions violentes qu'ils font naître : on vit littéralement le désespoir teinté de folie désincarnante qui s'empare de la mère , la rage du père contre les autorités , la torture générée par son sentiment de culpabilité, l'espoir farouche qu'il garde dans sa quête, et bien entendu on se cramponne des deux mains au siège pour ne pas se jeter sur l'écran et exploser la tête du " méchant" interprété par Kevin Durand dont la performance glace le sang et nous donne des envies sauvages de meurtre! Il faut dire que pour l'occasion on lui a vraiment fait le physique de l'emploi!
L'histoire ne se résume pas à une affaire d'enlèvement d’enfant, déjà répugnante en soi : c’est une plongée vertigineuse dans les tréfonds de la perversité humaine .Quand on pense avoir touché le fond de l’ignominie, l’intrigue nous entraîne toujours plus profondément dans les ressorts et les mécanismes d’une organisation criminelle qui va bien au-delà de la pulsion ponctuelle et incontrôlable, en construisant pour leurs victimes un « avenir » au sein de leur « petite entreprise » dont ils en font des complices d’abord contre leur gré, puis semble-t-il pour certaines femmes devenues adultes , carrément des alliées. Une organisation qui non seulement se repaît de ses victimes directes, les enfants, mais aussi de la souffrance de leur famille. (Je n’en dirai pas plus pour ne pas trop en dévoiler !
On ressort de ce film la rage au ventre, avec une sensation de malaise écoeurant qui ne nous lâche pas d’un moment, car il n’y a pas de réponse acceptable au questionnement qu’un tel dévoiement de l’âme humaine suscite.
Je terminerai avec le seul point négatif qui m’a dérangée dans ce film, et lui a coûté une demi étoile dans ma « notation » : contrairement à d’autres ici qui l’ont ressenti différemment, je n’ai pas apprécié cette manière de déconstruire le récit avec ces flash back incessants , dont je ne trouve pas qu’ils apportent grand-chose à la force de l’intrigue .
Il y a au contraire des moments pendant lesquels on est un peu paumé, et qui nous amènent à passer plus de temps à remettre mentalement les scènes dans leur bon ordre chronologique qu’à suivre l’histoire. Je trouve que cela casse le rythme et sort le spectateur de l’intrigue, au lieu de le laisser immergé dans son déroulement. Cette manière de faire m’a paru assez artificielle, et donc davantage un effet de style pour l’effet de style, qu’un réel besoin pour le film .
A trick , or a gimmick ? ;-