Réalisé par le fils de Ridley Scott, "Morgane" est un projet qui m'a tout de suite intrigué. Déjà, car le casting me semblait plutôt prometteur, avec un assemblage de noms que j'apprécie grandement. Mais surtout, car l'histoire amenait une idée assez intrigante sur le papier, à savoir un scénario basé sur l'échange entre "deux formes de vie". Et après avoir adoré "Ex Machina", qui était sorti l'année d'avant, l'arrivée rapide d'un film explorant le même type de thèmes m'intéressait alors grandement. Malheureusement, malgré ces belles promesses, ce long-métrage ne m'a finalement jamais convaincu. Selon moi, le gros souci de ce projet vient clairement de son incapacité à exploiter correctement sa thématique. Sur le papier, l’idée est pourtant très simple : réfléchir à ce qui fait l’humanité chez quelqu'un, en comparaison à une personne "non-humaine". Et si l'on doit être purement factuel, tout cela est bel et bien introduit au sein du récit. Le personnage de Morgane est présenté, tout comme cette recherche de l’humanité par l’expérience, et le film semblait donc avoir toutes les bases nécessaires pour nous faire réfléchir. Mais déjà, rien qu’au niveau de cette introduction, j’ai remarqué des problèmes. Ici, le souci vient d’un manque de subtilité dans l’approche, l’écriture étant portée par un nombre très important de dialogues trop explicatifs. La mise en scène apparaît ainsi comme très secondaire dans ce désir de nous faire comprendre l’environnement du film, la scène d’ouverture étant la seule à jouer sur une idée esthétique (le plan via la caméra de sécurité). Et vous le savez, un film qui oublie de passer par l’image pour expliquer, et ne se raconte que dans les dialogues, c’est un film qui ennuie (ce qui est un peu le cas ici). Pourtant, le pourquoi du comment autour de Morgane réussit encore à maintenir une dose de suspense, car l’histoire met du temps à arriver sur ce qu’elle est véritablement, nous maintenant dans le doute. Alors, ce sont surtout les personnages qui souffrent de cette approche clichée. Ils sont tous introduits très rapidement, et aucun d’entre eux n’aura de réel développement profond, ce qui fausse un peu l’idée initiale. À cela, peut-être que certains pourront me répondre que les personnages n’ont rien à voir avec le développement du thème, mais il faut comprendre qu’ils y sont intrinsèquement liés. Si on veut vraiment comprendre en quoi Morgane est différente, ou non, la placer face à des personnages humains aussi anecdotiques n’aide pas. Sans point de comparaison, Morgane apparaît simplement comme une enfant dans le corps d’une jeune femme. Et effectivement, c’est un peu l’impression que le film donnera par la suite, car, comme je l’ai précisé, la thématique n’ira jamais plus loin que cette base. Après avoir été présentée, le film semble changer son fusil d’épaule et abandonne ce principe de réfléchir à sa thématique, à la suite d’une séquence centrale franchement grotesque. Cette dernière est une rencontre entre Morgane et un psychologue, qui était censée marquer le début de la réflexion. Cependant, cet échange est déjà très mal écrit, la façon de pousser Morgane à bout se sentant bien trop et ne dégageant aucun naturel. Mais surtout, à partir de cet instant, le récit transforme l’ensemble en un film d’action assez bas de gamme. Et je ne précise pas cela pour être méchant, car nous sommes simplement loin d’avoir affaire à une vision sympathique de l’action. À ce niveau, il est difficile d’y trouver de la satisfaction, cette dernière étant servie par un montage surcuté rendant illisibles les agissements de nos personnages. Donc, pour résumer, le thème n’est jamais porté plus loin que son évocation, à cause de personnages très plats qui empêchent tout point de comparaison, à cause d’un refus de continuer le développement lors de la seconde partie du récit qui simplifie énormément notre perception de Morgane, et aussi à cause d’une séquence finale amenant à un rebondissement qui ne change absolument rien à la perception du récit. En comparant cela avec un "Ex Machina", on ne peut alors qu’être déçu. Ce dernier, bien que jouant énormément sur le dialogue, avait réussi à développer des personnages intéressants, à garder du mystère et à être allé vraiment loin dans l’approche de sa thématique. Pour être honnête, le seul vrai point positif de ce film-ci se trouve du côté de son casting, qui s'avère plutôt cohérent. J’ai notamment apprécié la jeune Anya Taylor-Joy dans le rôle de Morgane, car elle réussit parfaitement à osciller entre des émotions très banales et des choses plus brutales. Au global, je ne vous conseillerai donc pas ce film. Il a certes de bonnes intentions, mais son exécution trop simpliste laisse à désirer. Pour conclure, un beau ratage.