Un film qui a superbement bien vieillit, comme un très grand cru. Tout d’abord une vision exceptionnelle du moyen -âge, un réalisme surprenant , on se croirait devant un tableau de Peter Brueghel l’ancien, des scènes de villages bucoliques , des scènes de noces , de fêtes paillardes , un soin apporté aux costumes , à la fois soigné , mais simple, des toiles de bure, des sandales en cuir brut, probablement très proche de la réalité de l’époque. Tout cela tourné dans des lieux authentiques de la Toscane du Moyen Age , châteaux, ruines , vieux villages, église romane . Probablement le film le plus « réaliste » sur le moyen âge, jamais tourné. Il y a ensuite un côté truculent, anticlérical joyeux, avec ces contes qui s’enchaînent, de manière très intelligente, avec comme fil conducteur, Pasolini jouant le rôle d’ un grand peintre ,type Michel ange, un artiste qui doit peindre une fresque à l’intérieur d’une église , on voit alors le processus de la création , de comment nait l’inspiration, un effet miroir, mise en abime très astucieux. La fresque est belle, le peintre est comme « possédé » par son œuvre. Des contes savoureux, l’artisan menuisier qui s’introduit dans un couvent de jeunes novices et qui leur fait découvrir le sexe, le plaisir, l’une après l’autre, un régal. Ou la vente d’une jarre en terre cuite par l’ épouse d’un commerçant bien paillarde et licencieuse, jouissif. Beaucoup de nudité dans le film, mais très naturelle, très sensuelle, on voit les organes masculins et féminins, la fornication à l’ancienne, se confrontant à l’ordre religieux qui essaye de contrôler cela de manière castratrice. Une liberté de ton avec le sexe typique des années 70, festif, jubilatoire, comme on ne pourrait plus le faire aujourd’hui. Un casting formidable, avec des « gueules cassées» très typées, presque dégénérées, sorties probablement des banlieues pauvres romaines, et qui sont tellement en phase avec l’époque . Un des meilleurs films de Pasolini, car il sait filmer la truculence et l’allégresse paillarde, avec une liberté de ton toute libertaire.