Avec « Happy End », Michael Haneke signe un film totalement désincarné, privé de larmes, de chair, de sang et pour finir d’émotion !
En voulant certainement à travers le traitement de sa pellicule être à l’image de cette famille, il faut évidemment reconnaître que ce parti-pris atteint vite ses limites.
Le film patine et ronronne, sans jamais qu’une vraie violence, de vraies confrontations ne soient insufflées, pour rendre finalement cette réalisation sans force et sans véritable enjeu...
Sans doute, le cinéaste a-t-il voulu tendre un parallèle entre les manières très contrôlées de cette bourgeoisie calaisienne, et ce nouveau film où rien ne dépasse ou ne heurte vraiment.
Tout reste ainsi très mesuré et lointain, sauf peut-être en insistant sur la conversation particulière de Thomas avec sa maîtresse, de manière artificielle par écrans interposés...
Il s’en dégage une impression glacée et distante que l’on ressent à la vue de ces magazines de mode ou de déco, où tout est posé, tout est chic et élégant sans que la vie n’y soit vraiment présente !
Ici, il semblerait que chaque personnage soit déjà éteint ou presque mort, même si pour certains c’est celle-ci qui est désirée, car le thème de la morbidité est toujours récurrent et planant, comme d’ailleurs on l’attendait !
Sauf que cette fois, rien ne fonctionne vraiment, rien ne provoque d’éclats au propre comme au figuré, au point que l’histoire ne décolle et ne s’installe pas, en restant sur un mode descriptif très envahissant, voire très lassant qui ne se suffit pas sur le fond.
De nombreuses séquences anodines sont filmées dans toute la durée de leur déroulement pour de simples gestes du quotidien, à tel point que l’on se demande le réel intérêt, si ce n’est de vouloir renforcer la déshumanisation et la sécheresse de ce monde de faux-semblants.
On espère toujours qu’un facteur déclenchant se produise, pour enfin nous mettre de quoi sous la dent, car plusieurs moments en nous donnant des indices sur le mal-être de cette famille, nous laissaient croire au vrai démarrage ultime et enfin espéré !
On pense alors à « Festen » ou à « Un beau conte de Noël » qui développaient une réelle tension dramatique, des échanges d’une intensité extrême, qui sont totalement absents ici ou si peu !
Isabelle Huppert ne se renouvelle plus trop dans sa façon de jouer qui finit par ne plus étonner, JeanLouis Trintignant est bien sûr détestable mais ne nous déstabilise pas plus que ça...
Ce que confirment les autres membres de cette famille, tous assez formatés eux aussi.
C’est donc une histoire sans réelle histoire, où le réalisateur semble avoir tout misé sur une mise en scène sèche et dépouillée, en pensant ainsi faire transpirer l’aspect anxiogène, le malaise de la famille Laurent qui en tout état de cause ne nous touche pas vraiment, et dont le vernis qui la recouvre ne craquelle pas autant que ce qui était promis...
Si on ajoute à cela, le prétexte évident de nous situer à Calais pour intégrer quelques migrants lors de la cérémonie finale, il faut bien avouer que ce procédé sent le fabriqué de bon aloi en devenant bien embarrassant certes pour tous ces êtres bourgeois préservés et bien pensants, mais de fait également pour Michael Haneke qui ne sait trop comment gérer cette irruption finale.
Ici c’est encore le style et la forme qui prédominent comme souvent, oubliant par là même un réel impact qui avait pourtant avec le potentiel de ces acteurs toute sa raison d’exploser...