Un film très surprenant, presque déroutant de Jonas Trueba, car on ne sait pas trop comment le qualifier. Il y a bien sûr une analyse d’un certain romantisme, qui découle d’un amour de jeunesse ( 15 ans ) oublié et qui ressurgit, 15 ans après, mais il y aussi une réflexion plus profonde , sur la fatalité, sur la destinée, et la nostalgie, voir une certaine « souffrance» qui en découle. Car les deux tourtereaux découvriront que le passé est derrière eux, que la vie de ne peut se réécrire, que les différences subsistent et restent bien présentes. C’est dur, on souffre avec eux, car ces problèmes nous touchent tous.
Il y a parfois un rythme assez lent, bien peu espagnol, difficile de le rattacher à aucun courant hispanique, et puis surgissent des fulgurances , des moments de grande beauté cinématographique ou scénaristique. Ce style atypique fait penser à l’excellent « SIRAT » , d’un espagnol, aussi Oliver Laxe, par l’originalité du ton , l’alternance de rythme, et le positionnement atypique , presque hors sol. Un nouveau cinéma en quelque sorte.
On devine que pour la jeune femme il s’agissait probablement de l’amour de sa vie, mais arrivé trop tôt, comme elle dira à plusieurs reprises.
C’est la grande force de Trueba, formidable, d’avoir su transformer une amourette, presque une post-teen-movie , en drame, en une réflexion universelle, existentielle, et intemporelle .
Très belle scène du concert du père, interprété par un chanteur assez connu en Espagne, Rafel Berrio, que j’ai découvert par ce film, et de fait décédé en 2020 à 56 ans ( le film est de 2016) . Auteur de chanson à texte, comme il y en avait beaucoup en Espagne. Cette longue séquence de concert est très forte, car les chansons sont très belles, en version intégrale , mais avec des inserts sur des visages, sur des émotions, des spectateurs, des baisers qu’ils échangent, des verres qu’ils boivent . Je n’avais jamais vu une telle utilisation d’un concert-live, si bien intégré au scénario.
Idem pour la longue scène dans le cours de danse rock, partie intégrante du scénario, qui nous offre une formidable scène de face à face amoureux, plan fixe de 5 mn, où l’on sent que tout pourrait basculer, les deux visages à 5 cm l’un de l’autre .On suffoque avec eux.
Au petit matin de cette retrouvaille, « au bout de la nuit » , il y a un plan séquence de 5mn, avec le retour en Vespa de Olmo, à son domicile, encore sur une chanson de Berrio. C’est magnifique, sublime et douloureux.
Le film aurait pu se terminer là, tout était clair. Mais Trueba rajoutera deux épilogues ; un premier nous présentant la compagne de Olmo et un 2eme nous ramenant à l’origine du drame, avec les deux adolescents au lycée, nous expliquant le pourquoi de la séparation.
Les deux acteurs principaux, Itsaso Arana , déjà vu dans des films et séries, compagne de Trueba, est formidable pleine de sensibilité et de douceur, toute en intériorité. .Et Francesco Carril que je découvre ici , au regard noir de corbeau est une sorte de Pierrot lunaire, timide et hésitant , parfait .
A noter l’excellente jeune actrice qui joue Manuela jeune : Candela Recio, une graine de star.