Je suis bien surpris de la façon dont le film traite l’histoire : la première moitié raconte la vie de la fameuse Tonya et la deuxième se concentre sur cette affaire. Sauf que le cahier des charges d’un biopic classique est perturbé : tantôt une interview décalée, tantôt des contradictions, le film assume pleinement ses choix scénaristiques en optant pour le point de vue de Tonya, malgré les déclarations des autres intervenants. Cependant, j’ai l’impression que Jeff vole la vedette à Tonya dès la seconde moitié, alors que c’est elle qu’on est sensé suivre.
Margot Robbie est excellente dans le rôle de la fameuse patineuse et parvient à retranscrire tout un tas d’émotions pour éviter d’être unidimensionnelle ; même si j’ai souvent vu Harley Quinn en elle. Petite mention à McKenna Grace, qui aura toujours su jouer les versions enfants de grandes héroïnes (notamment Captain Marvel). Sebastian Stan excelle aussi dans le rôle de Jeff : parfois maladroit, mais se transformant en bouilloire vivante. Sans oublier, la mère de Tonya, détestable à souhait, qui pense agir pour la rendre forte et battante. Et le fait qu’ils brisent le quatrième mur apporte un plus au côté humour.
Craig Gillespie fait preuve d’une certaine originalité : il filme bien les scènes de patinage avec fluidité, les séquences de reportage s’emboîtent bien avec les scènes réelles et offre quelques bonnes idées de mise-en-scène. Même si l’imagine paraît granuleuse à certains moments, c’est pour renforcer le côté vintage du film, comme si quelqu’un d’époque filmait avec sa vieille caméra. Pour ce qui est de la direction artistique, c’est correct et crédible et la musique (dont les originales apparaissent vers la seconde moitié) narre le film d’une belle manière. Quant aux chansons externes, notamment celles du début, collent aux scènes et dont leurs titres racontent aussi le film.
"Moi, Tonya" n’est pas un biopic comme les autres : il a sa propre identité et raconte bien la fameuse affaire avec humour un peu noir, un rythme particulier et une structure intéressante. Le casting est impeccable et pour son premier métrage que je vois, C. Gillespie a fait un très bon boulot. Après le visionnage, on ne peut s’empêcher de se poser des questions sur Tonya (est-ce sa mère responsable de son comportement), jusqu’où peut-on faire mal aux autres, …