La démarche était pourtant intrigante, et même compréhensible. Prendre les vrais protagonistes de l'histoire pour rejouer leurs rôles devant la caméra, aussi bien les héros que certaines victimes ou témoins, était un parti-pris intéressant. Il est vrai que de voir une star hollywoodienne aurait eu un effet incongru. Quant à caster des inconnus, comme Paul Greengrass avec son tétanisant «Vol 93», s'était aussi une possibilité qui ne l'a visiblement pas séduit. Autre point intéressant, c'est de voir tout le parcours qui les a mené à se retrouver là. Soyons franc, si le film était une fiction, on trouverait que ça repose sur de grosses ficelles tant les hasards et les décisions anodins qui prennent de l'importance sont nombreuses. Leur amitié qui naît au collège, le fait que Spencer soit un garçon auquel pas grand monde ne croit, qui échoue régulièrement, tout cela est presque trop cliché pour que ce soit vrai. Mais le problème du scénario n'est pas là. En fait, le gros souci, c'est qu'il ne fait que du remplissage pendant une bonne demie-heure. Durant le road trip européen des lascars, l'ennui pointe son nez. On ne voit pas pourquoi Eastwood s'attarde autant à nous montrer ses héros en goguette. Ils font des rencontres, des selfies mais tout cela n'a aucune incidence sur la suite. Pire, c'est parfois tellement moche qu'on se demande bien qui était derrière la caméra à ce moment-là ! Là, Eastwood glorifie les armes (le petit Spencer a un autocollant NRA sur son lit, les mêmes jouent à la guerre et sortent des phrases tellement mal écrites et peu naturelles que c'en est gênant), il y a tout un discours sur la religion qui peut être pesant mais là encore, il manque l'ambiguïté, qui fait place nette pour une morale bien-pensante. Quant aux intentions du réalisateur, elles apparaissent limpides dans la dernière partie du film. Ce qu'Eastwood voulait montrer est illustré par le discours de François Hollande à la fin. Mais c'est trop peu et trop tard surtout. Reste parmi les rares points positifs la scène de l'attaque, juste tétanisante et intense. Bref, c'est là où Eastwood reste un maître, quand il fait du pur cinoche de genre. Mais le reste du film, bien que parcouru de quelques plans bien composés et de quelques idées de mise en scène, est trop léger. Et ne parlons pas du jeu des acteurs, parfois catastrophique, avec des dialogues ridicules. D'autres critiques sur thisismymovies.over-blog.com