(5 étoiles, mais uniquement parce qu'il faut bien récompenser un film qui a réussi à transformer l'existence d'un PNJ de fond en expérience cinématographique de presque deux heures.)
Vivarium, c'est un peu comme si quelqu'un avait regardé un quartier pavillonnaire pendant cinq minutes et s'était dit : « Et si je transformais ça en cauchemar existentiel, mais sans jamais arrêter d'insister sur le même concept ? »
Le principe est excellent. Vraiment. Un couple se retrouve piégé dans un lotissement infini où toutes les maisons sont identiques. Une métaphore de la vie moderne, de la routine, de la consommation, du travail, de la famille, du cycle social, de la prison mentale, de l'aliénation, du hamster dans sa roue, du PNJ qui se lève à 7h, mange ses céréales, travaille, rentre, dort, recommence.
Le problème, c'est que le film ne se contente pas de faire passer le message.
Il te prend par les épaules.
Puis il te secoue.
Puis il te hurle le message dans l'oreille pendant 90 minutes.
Oui, j'ai compris. La banlieue est un piège. Merci.
À un moment, j'avais l'impression que le film me regardait droit dans les yeux en disant :
« TU AS COMPRIS QUE LA MAISON EST UNE MÉTAPHORE ? »
Oui.
« ET LE QUARTIER AUSSI ? »
Oui.
« ET LE GAMIN ? »
OUI.
« ET LE TROU ? »
OUI BON SANG.
Parlons justement du trou.
Tom passe une bonne partie du film à creuser un énorme trou dans le jardin. Et là, techniquement, c'est presque fascinant.
Le trou devient une sorte de projet d'ingénierie absurde. Le mec n'a pratiquement aucun équipement adapté, aucun renforcement des parois, aucune gestion de l'éboulement, aucun système d'évacuation des déblais digne de ce nom, et pourtant il continue à creuser comme s'il participait à un chantier minier financé par sa haine personnelle.
Chaque jour, il retire des mètres cubes de terre.
Où va toute cette terre ?
Mystère.
Le film traite la conservation de la matière avec le même respect qu'un enfant de huit ans jouant dans un bac à sable.
Et plus il creuse, plus on regarde un homme consacrer toute son existence à une activité dont il ne connaît ni l'objectif ni le résultat.
Ce qui est probablement la partie la plus réaliste du film.
Parce que soudainement, ce trou devient une métaphore involontaire du travail moderne :
Tu te lèves.
Tu creuses.
Tu rentres.
Tu dors.
Tu creuses encore.
Personne ne sait pourquoi.
Personne ne sait quand ça finit.
Et quelqu'un quelque part gagne probablement de l'argent grâce à ça.
Magnifique.
Puis il y a le gamin.
Ah.
Le gamin.
Cette créature infernale a réussi l'exploit de me faire soutenir le silence comme concept philosophique.
Chaque scène avec lui ressemble à une expérience sociale menée par des chercheurs qui auraient voulu déterminer combien de temps un adulte peut supporter un bruit répétitif avant de commencer à envisager de vivre dans une forêt.
Il ne parle pas.
Il imite.
Il crie.
Il reproduit des sons.
Il agit comme un logiciel extraterrestre ayant téléchargé une version corrompue du comportement humain.
Et c'est volontaire.
Je le sais.
C'est même probablement brillant.
Mais comprendre l'intention artistique n'empêche pas l'envie de couper le son.
Le gamin est tellement insupportable qu'il finit par devenir le personnage le plus efficace du film.
Pas parce qu'il est intéressant.
Parce qu'il génère chez le spectateur exactement la même fatigue mentale que chez les personnages.
C'est du terrorisme psychologique narratif.
Respectueusement.
Et puis il y a cette impression permanente d'observer deux personnages devenir progressivement des figurants de leur propre existence.
Ils mangent.
Ils dorment.
Ils répètent.
Ils vieillissent.
Ils s'usent.
Comme des PNJ coincés dans une boucle de programmation.
Finalement, c'est probablement ce que Vivarium réussit le mieux.
Le film ne raconte pas seulement une vie vide.
Il te la fait vivre.
Minute après minute.
Jour après jour.
Jusqu'à ce que toi aussi tu aies l'impression d'habiter la maison 9 dans une rue qui ne finit jamais.
C'est une réussite artistique.
Mais c'est aussi un peu comme admirer un mécanicien qui te démonte les quatre roues de ta voiture pour illustrer le concept d'immobilité.
À la fin, j'étais partagé entre :
« C'est intelligent. »
et
« J'aimerais que ça se termine. »
En résumé :
Excellente idée.
Métaphore intéressante.
Ambiance oppressante réussie.
Gamin conçu dans les laboratoires du désespoir.
Trou techniquement absurde mais symboliquement pertinent.
Sens du message comparable à un marteau-piqueur dans une bibliothèque.
Expérience immersive de vie de PNJ premium.
Parce qu'il faut du talent pour faire un film sur l'enfermement existentiel qui réussit à te faire ressentir l'enfermement existentiel pour de vrai. C'est admirable.
Et légèrement agaçant.