Bruno Dumont effleure le miracle, sans jamais totalement l’atteindre. Il manque si peu pour que Jeanne devienne une œuvre véritablement bouleversante. On sent chez Dumont un désir sincère d’épurer, de désacraliser sans jamais profaner, de chercher dans l’ascèse une forme nouvelle d’élévation. Et parfois, cette quête frôle le sublime.
Mais ce dépouillement, cette neutralité stylistique, presque monacale, ne peuvent toucher au sacré que si tout ce qui l’entoure est à la hauteur : image, son, rythme, espace. Or, certaines maladresses viennent fragiliser l’ensemble.
La musique, pourtant audacieuse, semble parfois détachée de l’action, comme en décalage affectif. Et les décors (je pense notamment aux bunkers) offrent une proposition scénique très forte mais dont le symbolisme paraît parfois trop opaque ou appuyé pour que la grâce surgisse naturellement.
Ce qui sauve le film de l’abstraction stérile, c’est sans doute la force brute de son interprète principale, qui, par sa présence, son regard, son absence d’artifice, ramène Jeanne au niveau de l’humain, du sensible.
Dumont cherche. Espérons qu’il finisse par trouver cette alchimie fragile entre rigueur esthétique, vision spirituelle et émotion brute.