L'Homme à la caméra
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scorsesejunior54
scorsesejunior54

178 abonnés 694 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 21 janvier 2009
Imaginez un écrivain face à une feuille blanche, mettant sur papier ce qui lui passe par la tête avec pour ambition de créer un nouveau langage, totalement affranchi des autres formes d'expression... C'est un peu ce qu'a tenté de faire dans le domaine du cinéma Dziga Vertov, talentueux Soviétique en marge des autres productions des années 20. Point de réalisme socialiste (une ou deux très brèves allusions à Lénine à la fin), juste une volonté de créer. Dès le début, les conditions sont posées par quelques intertitres définissant la démarche de Vertov : le film n'aura pas de scénario, pas de sens précis, sera "simplement" un essai avec pour seule bien qu'immense ambition de révolutionner l'invention des Frères Lumière. Le metteur en scène dépose sur pellicule tout ce qui lui tombe sous la main en donnant à ces éléments abstraits et indépendants une véritable dimension esthétique, multipliant les angles et points de vues différents et audacieux, électrisant un montage absolument remarquable, incluant sans cesse de nouvelles surimpressions et autres techniques peu utilisées à l'époque. Admirablement accompagné musicalement, "L'Homme à la Caméra" comprend d'innombrables séquences mémorables toujours disséquées par les spécialistes huit décennies plus tard. Néanmoins, comme la plupart des essais du même genre, il est en outre inégal, mettant par exemple vingt bonnes minutes à réellement démarrer (sur une grosse heure, c'est beaucoup !). Long et brillant crescendo concluant en apothéose, cette création originale aura eu le mérite de bousculer les idées reçues sur le cinéma, ayant ouvert des chemins nouveaux pour les générations à venir. On pourra sincèrement lui reprocher une certaine mégalomanie (ou naïveté au choix) dans sa démarche qui feraa en 2008 sourire les plus cyniques. N'empêche, elle était en 1928 totalement justifiée et a donc donné lieu à un long-métrage tout sauf innocent, refusant le consensus et les lois générales dictées par la masse. A découvrir.
anonyme
Un visiteur
2,0
Publiée le 31 janvier 2012
Vertov disait lui même de son film qu'il s'agissait d'un "essai cinématographique". "L'homme à la caméra" est un film montage qui joue sur les rapports des plans entre eux. L'ensemble veut raconter une "histoire" (le déroulement d'une journée en union soviétique). Cependant, le film n'a aucun intérêt, il n'est pas divertissant et tire en longueur. Alors, certes le travail de montage est formidable, les plans également, mais au delà de l'aspect purement technique, rien ne maintiens l'attention du spectateur. Ni la musique, ni l'histoire, ni les images dont on se lasse vite. A quoi bon faire un film qui ne juge que par la technique ?
Matis H.
Matis H.

40 abonnés 162 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 6 février 2017
Comme l'indiquent les panneaux précédent le long-métrage, inutile de chercher ici le moindre signe d'un récit, l'ambition de Vertov avec "L'Homme à la caméra" est celle d'expérimenter le montage dans le but de créer un langage cinématographique universel.

Ainsi le cinéaste accumule les trouvailles formelles : arrêt sur image, accéléré, split screen, parallèle entre deux éléments contraires (vie/mort, travail manuel/automatique etc) le tout avec un rythme extrêmement soutenu. Les idées de cinéma, résolument modernes pour l'époque (1929), s'enchainent donc à une vitesse ahurissante, et notre attention peine à capter toutes les volontés du cinéaste dans ce flot d'images incessant, tout en restant cependant fascinant dans son renouvellement.

Toutefois, limiter "L'Homme à la caméra" à un simple exercice formel serait perdre une partie de l'intérêt de l'oeuvre. Vertov parvient, en s'inscrivant dans la continuité de l'absence de récit, à tenir un propos sur le cinéma en tant qu'objet ludique. Nous assistons donc au film, en même temps que celui-ci est conçu, à l'image de cette scène fantastique durant laquelle la pellicule prend vie sous nos yeux le temps de quelques secondes, avant de revoir ce même passage plus tard au sein du montage. Nous nous retrouvons donc dans la même situation que ces enfants qui regardent un tour de magie vers la fin du film, peinant à comprendre la logique de l'effet mais fasciné par le résultat, ne sachant jamais de quelle point de vue nous observons la scène, celui de l'oeil du cinéaste ou celui d'un spectateur.

"L'Homme à la caméra" est donc une oeuvre vertigineuse de par ses intentions et son propos. Expérimentation débordante et échange ludique avec le spectateur, Vertov met en scène une oeuvre à la densité évidente et à l'importance majeur dans la façon de capter le réel par la seul force de l'image.
anonyme
Un visiteur
3,5
Publiée le 9 septembre 2017
« L’homme à la caméra » est un documentaire ambitieux qui cherche à saisir dans tout son foisonnement le quotidien d’Odessa et de ses habitants. Parallèlement, le film propose une mise en abyme de ses propres moyens de conception, des prises de plans à la projection finale.

Davantage un manifeste essentiel dans l’histoire du cinéma qu’un véritable chef d’œuvre, « L’homme à la caméra » n’en demeure pas moins d’une beauté et d’un intérêt certains.

Dziga Vertov développe dans ce documentaire les théories du Ciné-Œil. Il s’agit, comme le rappellent Brasillach et Bardèche dans leur Histoire du Cinéma, de saisir une succession de scènes non voulues, c’est-à-dire ni guidées par une intrigue, ni ordonnées par une volonté artistique bourgeoise, mais saisies par l’œil de la caméra, comme l’œil humain saisirait sans le vouloir tout spectacle. Il s’agit ainsi de rechercher une voie artistique propre au cinéma, s’éloignant des affres du théâtre filmé (ah ! le vaudeville à la française !) ou de la simple transcription littéraire dont les conséquences néfastes sont tellement sensibles aujourd’hui. Il en résulte un rôle essentiel dévolu au montage, technique d’ailleurs célébrée dans le film, dans sa tentative d’ordonner et d’agencer ce que la caméra a choisi. Il en résulte également pour le spectateur une certaine liberté d’interprétation, voire une sensibilisation assez forte au rôle des images et à leur déconstruction. Si cette démarche et l’esthétique demeurent avant-gardistes et constructivistes, loin de la sclérose qui touchera ensuite un certain cinéma russe, force est de constater que le ver est pourtant déjà dans le fruit de cette théorie : le montage peut tout aussi bien construire une nouvelle réalité pour labourer le cerveau du spectateur qui assiste à la représentation d’une réalité finalement toujours choisie. Cependant, en 1929, dans le champ du cinéma, ces recherches expérimentales enfantent d’une richesse inventive folle dont rougiraient les prétendus artistes qui toisent de leur médiocrité les festivals contemporains.

Les très belles images qui s’enchaînent par coupes, par sauts, sans le moindre montage narratif, donnent ainsi une vision complète de la ville d’Odessa : les travaux bien sûr, ouvriers, mineurs, pompiers, tisseuses en proie à un productivisme et à une frénésie répétitive que moquera Charles Chaplin dans « Les Temps Modernes », et une grande gamme de loisirs, sport, danse, échecs, bar, stand de tirs qui sont autant d’illustrations de l’âme russe éternelle. Mais là où Vertov excelle particulièrement, comme d’ailleurs tout le cinéma soviétique de cette période, c’est dans la capture des visages, à l’exemple de cette vieille femme à la peau parcheminée, de ces enfants riant, souriant ou s’étonnant devants les tours d’un prestidigitateur, de ces sourires charmants et charmeurs de jeunes femmes ébahies devant les exploits sportifs de ces messieurs. Parfois la vérité de ces visages transcende l’écran, lorsque le regard se refuse à la caméra, mais surtout dans ce plan dont s’est sans doute rappelé Chris Marker quand il filme une jolie Cap-Verdienne dans « Sans Soleil » : une femme au visage couvert de suie est surprise au travail et d’abord gênée, esquisse un léger sourire séducteur au cadreur. Toutes ces images sont mises en scène avec une gamme de techniques finement maîtrisées : surimpressions, superpositions, accélérés, ralentis, jeu de rappels entre les plans, effets de communication entre intérieurs et extérieurs, animation étonnante de la caméra sur son trépied, le tout guidé par un rythme et un éloge du mouvement assurément futuristes.

D’abord enchanté devant ce catalogue d’images magnifiques, je n’étais pourtant pas loin d’y voir seulement comme Eisenstein un « coq à l’âne » un peu vain, un pur exercice de style qui n’éblouirait que dans ses prouesses formalistes. Cependant, à l’instar d’un Zola en littérature, mais avec davantage de talent, c’est lorsque Vertov contredit ses théories dans sa réalisation même que le documentaire devient le plus intéressant. Pour égayer le spectateur et ne pas l’ennuyer totalement (il serait en effet malhonnête de ne pas reconnaître quelques longueurs durant l’heure de visionnage), le metteur en scène se voit bien contraint de romancer ou de poétiser un peu ce que le monde lui propose. Les plus belles séquences de « L’Homme à la caméra » résultent ainsi des entorses à la théorie du Ciné-Œil : les divers plans du réveil de la belle matineuse au début du film, ou la collision de plans au bureau des registres entre le couple marié et le couple divorcé, narrent bien malgré eux une histoire sur laquelle s’attarde le réalisateur.

Exploration quasi exhaustive des possibilités offertes à l’homme tenant une caméra, le documentaire de Vertov devrait être montré dans toutes les écoles de cinéma pour s’assurer d’une maîtrise nécessaire du langage cinématographique et inculquer le désir de ne subordonner cet art à aucun autre. Une leçon qui ne semble malheureusement retenue aujourd’hui que par les documentaires et les films d’animation, véritables viviers pour ce type de recherches expérimentales.
Gauthier001
Gauthier001

34 abonnés 16 critiques Suivre son activité

1,0
Publiée le 17 février 2007
L'homme à la caméra ... tout un mythe, n'est-ce pas ? Réalisé sans l'aide d'acteurs, de scénarios, ni même de cartons de sous-titres, oui c'est bien, bravo Dziga Vertov. Cependant, la prochaine fois que quelqu'un se frottera à ce genre d'expérimentation, qu'il ne garde pas en fil directeur que l'idée de "la ville qui se réveille". Parce que oui, c'est original, oui, c'est pas bête, original tout ça tout ça ... mais bon dieu que c'est chiant !!! "Capter la vie", oui ok ... mais alors je m'étais pas rendu compte à quelle point la vie était inintéressante !
Cela dit, je laisse une étoile ... pour le style, et parce qu'il fallait bien que quelqu'un y passe. Et étonnement ... il est russe ! A croire que les muets russes ne me réussissent pas ...
Benjamin A

808 abonnés 1 930 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 17 mars 2015
Quelle expérience ! S'ouvrant sur la représentation d'un metteur en scène sur une caméra géante, "L'homme à la caméra" s'avère d'abord légèrement déroutant avant de nous transporter au cœur d'un ballet d'images et d'idées, orchestré avec brio et j'ai été peu à peu happé par les images qui défilaient et finalement la richesse de cette oeuvre.

Dziga Vertov livre sa vision du cinéma, c'est-à-dire sans recourir aux artifices du théâtre (scénario, dialogue...) et propose un langage cinématographique absolu mais surtout une vraie expérience, sensorielle et puissante où le spectateur devient la caméra. C'est à travers une journée dans la ville d'Odessa, où l'on va découvrir ses habitants, ses loisirs ou encore ses infrastructures qu'il propose cette expérience.

Mais Vertov capte bien plus qu'une simple journée dans cette ville auprès des habitants, il propose une fascinante mise en abîme où son excellent travail sur la sonorisation fait corps avec les images, proposant une véritable symphonie visuelle. S'ouvrant dans un cinéma où l'on découvre d'abord les spectateurs et le rideau cachant l'écran puis la façon de faire, Vertov montre tout (montage, réalisation...) et notamment la façon donc le public, comme nous, est happé par l'écran. Il montre toutes les possibilités que l'on peut avoir avec une caméra et peu à peu, on découvre une ville qui s'éveille et qui va vivre.

Ici les images servent de dialogues et Vertov déborde d'idées servant avant tout son film. Usant de surimpression, ralenti, collages, divers mouvements de caméra, zoom ou autres plans larges, il joue et manipule l'image et, à travers la vision de cette ville, propose un regard sur la politique, le travail et le loisir. Il offre une vision subjective sur la population, la masse, l'illusion et la vie dans l'entre-deux-guerres et dans cette société, mais c'est aussi autour du cinéma, son rôle et la façon de l'utiliser qu'il axe ses propos.

En voilà une oeuvre aussi essentielle qu'elle est difficilement abordable. Dziga Vertov orchestre ses idées et ses images avec brio pour nous faire voyager au cœur d'Odesse pour y découvrir un regard sur le cinéma et la société. Brillant...
Yasujirô Rilke
Yasujirô Rilke

272 abonnés 1 059 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 3 février 2007
«Tchelovek s Kinoapparatom» (URSS, 1928) fut réalisé par Dziga Vertov. Bien plus qu’un film, c’est une véritable expérimentation. Sans scénario, sans acteur, sans trame narrative explicite, le film est le cauchemar des rationalistes et du spectateur moyen actuel à qui il faut une bonne histoire solide. Loin de toutes conventions narratives, le film dans une très noble quête expérimente sur le langage cinématographique. Oui Vertov a eu raison : pourquoi le cinéma serait-il l’aboutissant du théâtre ou de la littérature ? «Tchelovek s Kinoapparatom» se libère de ses chaînes, si bien qu’on est très vite perdu. Sans ligne de conduite, on nage au sein des images qui s’accouplent pour nous livrer des émotions : de l’effroi face au plan cru de l’accouchement au bien-être face aux scènes de sports analysants la physique humaine jusqu’à la tension lors des scènes ultra-rapide. «Tchelovek s Kinopparatom» s’apparente à l’œuvre de Lynch en ça qu’elle prône la sensation de l’œuvre plus que son appréciation. Afin d’obtenir ses effets, Dziga Vertov met bien plus l’enjeu sur le montage que sur la réalisation elle-même. Le film est davantage un film de monteur qu’un film de réalisateur. A propos de ce qu’illustre le film, sans analyser bêtement on note la présence majeure de la ville et les nombreux parallèles fait entre l’homme et la machine. Ceci sert d’ailleurs le propos communiste sous-jacent, propos soutenu lors d’une séquence par l’Internationale. En conclusion, inutile de continuer à critiquer ce chef-d’œuvre, puisque rien ne vaut meilleur avis que de le voir en entier, l’esprit se perdant dans les méandres des images. Pour immerger dans cet univers citadin, il faut se laisser bercer/secouer par les séquences d’une extrême maîtrise ( maîtrise paradoxalement réussie grâce à l’improbabilité de ce qui est filmé ). En bref, le chef d’œuvre de Vertov est à elle seule le cinéma, le vrai.
belo28
belo28

84 abonnés 1 130 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 17 décembre 2010
Un film complétement atypique! Une expérience à part entière! Un brin epileptique mais une recherche esthétique des plus intéressante! Dommage que le fond soit complétement renier!
willyzacc
willyzacc

97 abonnés 1 544 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 20 octobre 2009
L'Homme à la caméra ou la magie du montage...
Attigus R. Rosh
Attigus R. Rosh

253 abonnés 2 690 critiques Suivre son activité

1,5
Publiée le 1 août 2017
Bof, je suis assez déçu par ce film, qui m'a laissé totalement de marbre.
Je ne m'attendais pas à ce qu'il s'agisse d'un défilement d'images … et puis c'est tout. On voit certes le quotidien de la vie des habitants russes, mais je ne pense pas que le défilement extrêmement rapide des images serve le propos informatif. Il n'y a vraiment pas grand chose de marquant à la forme. Et puis surtout je me suis vraiment ennuyé devant ce film (et ce malgré le fait qu'il ne dure que 80 minutes). J'hésite d'ailleurs à appeler ça un film, tellement cela ressemble davantage à un clip du ministère du tourisme soviétique.
Je ne mets pas une trop mauvaise note parce que la musique donne tout de même un soupçon d'intérêt à ce film, mais je suis globalement assez déçu.
Charlotte28
Charlotte28

203 abonnés 2 824 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 10 avril 2025
Difficile d'évaluer ce genre de proposition purement expérimentale. Certes, on est prévenu d'emblée qu'il n'y aura ni narration ni structure ni émotion mais cette accumulation de plans glanés (pendant trois ans!) auprès de Russes ordinaires ennuie très rapidement! Par contre, Dziga Vertov révèle une curiosité remarquable quant aux différentes possibilités offertes par son médium, tant dans les plans, les focalisations, les techniques de montage ou de cadrage. Par ailleurs, il propose une mise en abîme sur la construction de l'image de cinéma, dans une volonté manifeste d'hommage à cet art rendant le trivial artistique. A voir par curiosité historique.
🎬 RENGER 📼 Cinéphile Nostal𝙂𝙚𝙚𝙠

8 850 abonnés 8 173 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 18 septembre 2010
L'Homme à la caméra (1928) est une œuvre révolutionnaire dans l’Histoire du cinéma, car le film possède un montage ultra-moderne (pour l’époque), cinéma d'avant-garde soviétique, le film alterne entre le documentaire et l’expérimental. Sans intertitre, sans scénario, sans décors ni acteur, le réalisateur nous plonge au cœur de la ville, à la rencontre de ses habitants, qu’ils soient au travail ou lors de leur loisirs.
La mise en scène est composée uniquement de plans en "vrac" où alternent les surimpressions et autres superpositions, les images ralenties ou accélérées, etc. Dziga Vertov s’est fait tout simplement plaisir en expérimentant tout ce qui était faisable avec une caméra et les techniques de montage à l’époque.
stebbins

563 abonnés 1 747 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 4 mai 2011
Qu'est-ce qui est vu ? Qu'est-ce qui est filmé ? Qui regarde quoi ? Telles sont les questions que l'on se pose au sortir de la projection de L'Homme à la Caméra. Sans trop savoir à quoi s'attendre le spectateur vierge pourra trouver l'expérimentation vaine et incompréhensible, médusé par cet amas de plans se rapprochant a priori du salmigondis visuel... Mais le film de Dziga Vertov est à revoir une deuxième fois, puis une troisième, prenant un sens de plus en plus singulier et considérable à mesure que le temps passe. Car tout est affaire de regard dans cet Homme à la Caméra, sorte de mise en abîme plus proche de la proposition filmique que de la leçon de cinéma didactique : c'est ainsi que l'on ne comprend pas grand-chose, que certaines associations d'images ont parfois un effet proche de l'anecdote et que, dans l'ensemble, l'objet est inégal. On ne peut en revanche que respecter l'audace cinématographique de Dziga Vertov pour l'époque, ce dernier nous livrant quelques unes des plus belles images du cinéma muet : tour à tour indépendantes et solidaires, les vues de l'Homme à la Caméra sont d'une puissance à retardement. Le montage du film est un monument d'avant-garde qu'il faudrait décortiquer, étudier, analyser... Entre corrélations, ruptures, répétitions et continuité l'agencement des images selon Vertov est bel et bien l'Art du Septième. Rarement vu un film aussi étonnant et courageux, pour ma part.
Yohan Marques
Yohan Marques

26 abonnés 64 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 2 janvier 2012
En face d'un tel OVNI, les avis ne peuvent être que tranchés. Eisenstein, l'éternel rival de Vertov, ne fût pas tendre lorsqu'il qualifia cet essai cinématographique de « coq-à-l'âne formaliste et de pitrerie gratuite dans l'emploi de la caméra ». Pourtant il y a bien une réflexion et une volonté qui président à cet apparent chaos,à ce fourre-tout technique qui va de la photo fixe jusqu'au travelling ultra-dynamique, en passant par les ralentis, les accélérés et autres superpositions et distorsions. Il y a dans cet essai labyrinthique clairement la volonté de détacher le cinéma de l'influence de tous les modes d'expression artistique prééxistants. Le cinéma dans sa pureté la plus absolue, en quelques sortes. Un film fondamental pour tous ceux qui s'intéressent aux techniques et à la grammaire du cinéma et dont la vision et l'imprégnation des 70 mns est à même de remplacer une année entière de cours théorique dans n'importe quelle école de cinéma.
JeffPage
JeffPage

42 abonnés 534 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 16 octobre 2012
Avec ce film, Dziga Vertov signe sans doute l'un des premier films expérimental en usant de nombreuses techniques de mise en scène (effet Koulechov,...) et en jouant sur les capacités d'analyse du spectateur afin de lui raconter une histoire. Concernant les prises de vue, Vertov fait preuve d’énormément d’ingéniosité afin d'offrir des plans jamais vus à l'époque. La version de 2003 est accompagné par une musique moderne et sympathique qui accompagne plutôt bien le film sans le dénaturer (les projections d'époque se faisait sans orchestre ou musicien, totalement muet). Malgré tout, le film affiche quelque longueur, le rythme du film n'étant pas forcément toujours adapté à sa durée. Au final, on a affaire à l'un des grands classiques du cinéma soviétiques et à l'un des chefs d'oeuvres du cinéma mondial.
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