J’ai longtemps repoussé le moment de voir Douleur et Gloire, un peu par peur qu’Almodóvar me fatigue avec ses obsessions habituelles. Et puis un après-midi, chez moi, je me suis lancé. Dès les premières images, ce bleu profond, cette lumière si particulière, j’ai su que j’étais pris. Le film m’a cueilli là où je ne l’attendais pas : dans la mélancolie d’un artiste qui fait le bilan, entre souvenirs d’enfance, corps qui trahit et création qui reste le seul refuge.
Antonio Banderas y est absolument magistral. C’est probablement son rôle le plus intime et le plus douloureux. Il porte sur ses épaules toute la fatigue, les regrets et la sensualité fatiguée d’un cinéaste qui ressemble étrangement à Almodóvar lui-même. On sent que l’acteur et le réalisateur se sont livrés sans filet. Les scènes avec sa mère (Penélope Cruz, toujours aussi lumineuse) ou avec son ancien amant sont d’une justesse rare. On rit, on est ému, parfois les deux en même temps, ce qui est la marque des grands films d’Almodóvar.
Ce que j’aime particulièrement dans ce long-métrage, c’est sa façon de parler de la douleur physique et morale sans jamais tomber dans le misérabilisme. La maladie, le passé qui remonte, les amours perdues, tout est traité avec une élégance et une sincérité qui touchent en plein cœur. Le film est à la fois très personnel et universel. Le film m’a fait réfléchir à ma propre vie, à qui je suis en train de devenir et à l’importance de créer quelque chose qui nous ressemble vraiment, même quand on est encore jeune.
Visuellement, c’est une splendeur, comme souvent chez lui. Les couleurs, les cadres, tout est pensé avec un soin presque obsessionnel. Pourtant, je lui enlève ce demi-point parce que, par moments, j’ai trouvé le rythme un peu trop contemplatif, presque paresseux. Comme si Almodóvar se faisait un peu plaisir à flâner dans ses souvenirs. C’est beau, mais parfois un soupçon trop narcissique.
Malgré ça, Douleur et Gloire reste pour moi l’un des plus beaux films de sa filmographie récente. Un film crépusculaire, sincère et profondément humain. Si vous aimez le cinéma qui prend le temps de regarder les gens vieillir, aimer et créer, foncez. Moi, il m’a vraiment marqué.