À l’aube d'un cinéma doté d'une intelligence bientôt quasi entièrement artificielle, (oui, nous n'en sommes qu'à l'aube... Demandez à Jude Law, Joaquim Phenix ou Skynet, enfin ChatGPT pardon, restons naïfs, ça fait toujours des dégâts ... mais de bons scenari... "I'll be back !")
À peine donc à l'aune d'une aire de plus en plus étouffante, gavée d’algorithmes intrusifs, d’artifices aveuglants, de 0 et de 1 propageant inexorablement la matrice. Au croisement de cette décennie numérique charnière, ou de cette seule année 2025 mondialement inquiétante.
Tant sur le plan créatif et culturel où le vrai du faux sèment de plus en plus la confusion dans ce que l'on nous propose. Ou plutôt nous impose de croire, contempler (si possible liker), influencés, anesthésiés et camouflés derrière nos "Black Mirrors". Nous "selfisant" et nous suffisant à nous-même à 120 images/seconde, les pouces bientôt délavés de notre propre empreinte.
Alors que l'imagination et l'art dans leur ensemble souffrent déjà et souffriront désormais à jamais de la remise en question de l'intervention humaine dans le processus, voire bientôt de la pensée originelle même.
L'Institut Lumière est là.
Le 11 mars 2025 a eu lieu donc l'avant-première du film "Lumière, l'aventure continue !". À L'Institut Lumière. Accompagné de la bienveillance et l'accueil chaleureux de son équipe, de son humanité, de ses sourires, L'Institut Lumière, Thierry Frémaux, et Maelle Arnaud (productrice)
Tous ces êtres, humains, nous ont rappelé, dans LE berceau originel du septième art (Lyonnais s'il vous plait ! Non mais ! ) : que le cinéma, le simple, le vrai, l'émouvant, l'élégant, le curieux, le drôle, le gauche, le parfaitement imparfait, l'imprévisible, l'inattendu, bref, le cinéma quoi !...
Que ce cinéma avait une histoire, de la matière, une trace indéfectible, indélébile, gravée à jamais sur pellicule. 35mm. 16 images/sec. Les frères Lumière.
Le lieu est chargé, il a une âme, et une puissance. Il est l'histoire de son propre sujet. Le film de Thierry Frémaux tout autant.
Car ce film est important. Rien de moins.
Au travers de plus d'une centaine de petits films de 50 secondes maxi, magnifiquement renuancés, animés et en mouvement, authentiques et presque palpables, commentés par la voix de Thierry Frémaux, habillés de la musique de Gabriel Fauré (contemporain de l'époque), on effleure alors le charme à l'écran de l'intime première fois.
On voudrait hésiter en même temps que ces premiers "acteurs" improvisés, surpris, innocents, à peine au fait de ce qui se trame ou juste désignés d'office. On en vient à jalouser de ne pas être le premier "regard caméra" de l'histoire du cinéma. Oui je l'avoue, le 11 mars 2025, assis du côté obscur de cette salle de projection, j'ai voulu être celui qui sort du champ de la caméra. Et je me rends compte que, lors de cette avant-première, je l'ai fait.
Je suis sorti de mon champ habituel, facile, numérique, artificiel, préprogrammé, Blockbustero-Netflixé, lisse, même parfois faux. Je suis sorti du champ de ma propre caméra.
Lyon, Paris, Marseille, le port d'Alger, New York, l'exposition universelle, le Japon, les Alpes, la maison de campagne, les premiers sketchs, les premiers trucages, ...
Tout y passe par tranches de 50 secondes. (Le maximum possible il y a 130 ans.)
Le film "Lumière, l'aventure continue !" devrait être une obligation.
Il devrait être projeté dans toutes les écoles, montré au monde entier pour lui rappeler d'où il vient quand il ne sait plus trop où il va...
Le cinéma, avant-hier, dans cette salle, dans cette institution d'Institut, n'était pas qu'un art. Il pesait plus lourd que cela. Il était en mission et il l'a pleinement rempli.
Un précieux moment, tout simple mais vrai, émouvant, drôle, léger, frais, beau, presque voyeur, instructif et passionnant. Car créé par des passionnés. Des humains, réels. Eux.
Ce film est un moment de "vies" d'une rareté peu commune et forcément jamais vue.
On se sent fier d'y avoir été invité et encore plus de l'avoir savouré.
Un énorme bravo pour ce film aussi authentique, primordial, beau, solide et aussi robuste que la charpente de l'Institut qui l'a vu naître et qui l'abritera encore longtemps.
Allez les gones, tous en salles ! "L'aventure doit continuer !"
Je saute dans ma Dolorean et j'y retourne ! Audrey et Stephen à L'Institut en ce moment.. Elégance et frissons garantis !