Il était inévitable que le roman de Rosella Posterino, La goûteuse d'Hitler, soit adapté au cinéma, eu égard à son histoire fascinante. L'autrice s'est inspirée des déclarations d'une Allemande de 96 ans, Margot Woelk, laquelle, en 2014, a accordé un entretien à la presse et révélé avoir été, durant deux ans, l'une des goûteuses personnelles du Führer, près de son bunker en Prusse orientale. Le livre, sur une base authentique, à laquelle s'ajoutent de très nombreux ingrédients de fiction, a connu un immense succès. Le film de Silvio Soldini reste fidèle à sa trame et réussit, malgré une mise en scène assez plate, à nous faire vivre de l'intérieur l'expérience d'une jeune allemande de l'époque, subissant son destin dans un pays qui se défait peu à peu, à mesure que les troupes soviétiques approchent. Au-delà de la description du travail de goûteuse, le long métrage s'attache à tracer un portrait intime d'une Margot fantasmée, mais en grande partie crédible, dans la peur de l'empoisonnement, dans la solidarité avec ses compagnes de "dégustation" et dans la culpabilité d'une romance insensée. L'intérêt vient moins du suspense, en prévision d'une éventuelle ultime bouchée, que d'une illustration, un peu atone, de la condition du peuple, dans une Allemagne de plus en plus aux abois, et plus précisément d'une poignée de femmes à la fois privilégiées et victimes d'un régime barbare.