Il devrait y avoir un avis avant la diffusion du film: toute ressemblance avec des personnages ayant réellement existé ne saurait être que fortuite....
Car cet atrabilaire bipolaire et loqueteux qu'Andreï Konchalovski met magnifiquement en scène n'a probablement pas grand chose à voir avec le vrai Michel Ange; c'est en fait la figure même de l'artiste (pas vraiment maudit puisqu'il est le fournisseur préféré des Papes.... mais en tous cas torturé) que décrit le metteur en scène dans une optique totalement russe, retour aux sources pour quelqu'un qui a probablement pas mal gaspillé son talent à Hollywood. Il a 83 ans: il aura au moins réalisé, dans cette superproduction italo-russe, un film digne de ses origines (n'oublions pas que c'est le fils de Sergueï Mikhalkov, et le frère du très soviétique metteur en scène Nikita Mikhalkov).
L'artiste, éternel insatisfait de lui même. Arrogant, certes, vis à vis des autres, revendiquant son statut de "plus grand", mais voulant indéfiniment reprendre son travail, le modifier, le perfectionner, au grand dam de ses sponsors. Insatisfait de sa chapelle Sixtine!!! Dépendant des mécènes, tiraillé entre la famille Della Rovere de l'ancien Pape, son protecteur et celle des Médicis, le nouveau Pape, le nouveau bailleur de fonds.... Tiraillé, déchiré, à la limite de la misère (mais il entretient sa famille, un père et une tripotée de frères dont un moine admirateur de Savonarole), colérique, dépressif, et puis il n'aime pas se laver....c'est un personnage qui appartient bien plus à l'univers d'Andrei Roublev (rappelons que Konchalovski a commencé sa carrière cinématographique auprès d'Andreï Tarkovski) qu'à l'élégante Renaissance des films en costume.
Le film, très hautain, ne fait qu'effleurer l'homosexualité de Michel Ange. Da Vinci? on n'en parle pas. Mais il confronte son héros au mondain et charmant Raphaël, autre génie qui hélas n'aura qu'une vie bien brève. Et cet univers mondain, on ne fait qu'y passer, en particulier au cours des rencontres du peintre avec les Papes et leurs prélats, avec les furieux Della Rovere... (on y voit, ravissante, une jolie dame câlinant un hermine....) On est surtout dans l'univers des petites gens, en particulier des travailleurs de la pierre, car une grande partie du film, passionnante, se passe dans les carrières de Carrare. On suit, comme un thriller, les pérégrinations du "Monstre", le plus gros bloc de marbre jamais extrait, dont Michel Ange veut disposer dans son intégrité, qu'il va donc falloir descendre de ces montagnes abruptes, avec toute une machinerie, des treuils, des cordes, avant de le tracter vers le port de Carrare par un attelage à une trentaine de magnifiques, puissants boeufs aux cornes en forme de lyre.... Ce marbre, ce marbre, quel rapport sensuel il entretient avec lui!
Les images sont d'une beauté! Je ne sais pas qui est le chef opérateur, mais je n'ai jamais vu rendu avec une telle poésie la transparence, la luminosité d'un ciel. Quant aux paysages de Toscane, ils sont à rêver.
On se croit dans ces quartiers populaires de Rome, de Florence, avec son petit peuple loqueteux, les pots de chambre qui tombent du ciel, les tavernes avec ces trognes qui bafrent comme des animaux.
Le magnifique Alberto Testone ressemble étonnamment à Michel Ange tel que restitué par les portraits d'époque.
Historique? probablement pas. Mais chef d'oeuvre, oui, absolument!