Le dispositif de ce documentaire est très original, et participe à l’intérêt qu’il suscite. Malheureusement, il écrase presque le film, prenant parfois un peu le pas sur son sujet réel. C’est le cas notamment car le texte est une voix-off quasiment permanente qui parle “par-dessus” les protagonistes réels. Cela m’a paru un peu irritant au démarrage, quoique cela produit un effet assez rohmérien au début, quand les dialogues sont « doublés » par une voix au ton étranger.
Moralement, le dispositif pose tout de même question. Il met à nu le principe même du documentaire qui est « mettre en forme le réel », d’une manière qui ici explose dans son artificialité. Le résultat est néanmoins fort intéressant, mais ne le serait-il pas également hors de ce dispositif? Ce qui nous intéresse en temps que spectateur, c’est Bastien, et Eric son supérieur, leurs actions, leurs dialogues, leurs prises de position dans l’espace public et privé. Leur histoire progresse, et leurs conflits intérieurs et extérieurs qui interviennent pendant la campagne, sont exploités par les réalisateurs, mais pas produits par eux. Le dispositif expose un peu différemment les faits, mais ne fait pas émerger grand chose. Au contraire, il expose le film aux critiques, en mettant Bastien dans une position d’infériorité par rapport au geste de la réalisation.
On peut reconnaître un « coup de génie » aux réalisateurs, c’est d’avoir choisi le bon sujet. Ce militant « de base » (c’est comme ça qu’il est décrit, qu’il se décrit) est en réalité tout à fait exceptionnel. Son parcours est limité par son histoire personnelle, et les épisodes qu’il traverse permettent de l’illustrer. Les faits « saillants » dans le récit sont la vidéo youtube que Bastien réalise pour Philippot. C’est un moment clé dans la vie militante du personnage puisque c’est un moment d’ascension fulgurante pour le personnage, et néanmoins très vite arrêtée. Un autre épisode sur lequel le documentaire apporte un éclairage très intéressant est celui de la visite de Marine Le Pen à Whirpool. Paradoxalement Bastien est absent de cet épisode. On a tous vu dans les médias ce moment clé de la campagne de l’entre-deux-tours. Ici, par chance, par “miracle militant”, on voit l’épisode se construire. Le génie militant (non pas celui de Bastien mais celui de son supérieur, Eric, un très fin politique de ‘terrain’, et une figure de cadre montant qui va sans doute beaucoup compter dans les années à venir), met en scène un épisode politique qui a un retentissement national. Les décisions prises, d’abord d’enlever les signes de militantisme pour aller “infuser” les esprits des grévistes, puis de faire venir Marine Le Pen, puis de “détruire” le déplacement de son principal adversaire, et de contrôler les commentaires des deux épisodes médiatiques… sont un triomphe.
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