LITTLE GIRL BLUE de Mona Achache
« À la mort de sa mère, Mona Achache découvre des milliers de photos, de lettres et d’enregistrements, mais ces secrets enfouis résistent à l’énigme de sa disparition. Alors par la puissance du cinéma et la grâce de l’incarnation, elle décide de la ressusciter pour rejouer sa vie et la comprendre. »
Mona Achache perpétue la tradition de la lignée de femmes de sa famille, rendre hommage à celle qui fût sa mère, Carole Achache, photographe de cinéma et écrivain. Elle-même qui avait évrit « Fille de… », sur sa mère Monique Lange, romancière et scénariste. Elle écrit par la réalisation de son film, sur sa mère, et sur l’énigme qu’elle reste pour elle. Elle opère avec sa caméra une mise en abyme de sa propre vie, ou tout au moins de celle qui la relie à sa mère. Cette dernière s’est suicidée en 2016, à l’âge de 63 ans, la laissant sans réponse face à cette disparition brutale et violente.
L’écriture sur le lien mère-fille se veut cathartique, et apparaît ici en parallèle d’une malédiction transgénérationnelle qui dans cette lignée de femme fait qu’elles vivent toutes des abus sexuels, qui semblent une fatalité et viendraient quasiment s’inscrire dans l’éducation d’une fille.
Je n’ai pu m’empêcher de penser à « My Little Princess » sur la propre histoire d’Eva Ionesco, ou encore au livre de Vanessa Springora « Le Consentement » fraîchement adapté au cinéma, où la mère sensée protéger son enfant, démissionne et laisse faire, ou même à contrario utilise son enfant comme faire valoir. Mais aussi au sublime « Aftersun » de ce début d’année sur cette petite fille devenue femme, Charlotte Wells, qui cherche celui qui a été son père au travers de souvenirs de vacances et tente de trouver une réponse à sa disparition. Ce dernier aura été le film qui m’a le plus surprise et bouleversée en 2023, une véritable claque cinématographique.
Marion Cotillard se travestie pour devenir Carole Achache, et parvient à créer un personnage troublant qui échappe à l’actrice, qu’on finit par ne plus voir. Le fantôme de Carole Achache prend le dessus en surimpression de son interprétation. Mais un grand nom d’actrice et une performance peuvent-ils suffire à porter un film et le rendre pour autant intéressant ? A moins de vouer une passion à l’actrice, la réponse reste mitigée.
Tout comme « Les filles d’Olfa » dont le procédé cinématographique était très original pour recréer une fratrie séparée, « Little Girl Blue» trouve de la même manière ses propres limites dans son idée originale, que le film ne parvient pas à transcender. Il finit par tourner en boucle comme une psychanalyse à laquelle on assisterait en tant que spectateur. Oui mais, il manque un petit supplément d’âme et d’émotion à cette histoire personnelle à laquelle une prestation d’actrice ne peut être suffisante.
Il est temps de revoir 3 films exceptionnels sur des secrets de famille ou énigmes laissées aux proches qui doivent vivre avec leurs terribles interrogations, « Aftersun » de Charlotte Wells, « Carré 35 » d’Eric Caravaca ou encore le très beau « Histoire d’un regard » de Mariana Otero, film documentaire sur Gilles Caron.
Little Girl Blue (FRance– 1h35) de Mona Achache avec Marion Cotillard et Mona Achache.