Ennio retrace la trajectoire d’Ennio Morricone, de sa formation musicale à son immense place dans l’histoire du cinéma. Un documentaire riche et généreux, que j’ai trouvé passionnant pour ce qu’il raconte de l’artiste, de sa manière de créer et de la puissance de la musique à l’écran.
Avant de le voir, il faut avoir en tête qu’il ne s’agit pas d’un biopic reconstitué, mais d’un documentaire construit autour de la parole de Morricone, d’archives et de nombreux témoignages. Giuseppe Tornatore, qui a longtemps collaboré avec lui, signe une œuvre pensée comme une traversée artistique et humaine. Le film revient sur son parcours, ses méthodes, son goût pour l’expérimentation et sa place dans le cinéma, dans une forme longue qui demande d’accepter son rythme.
Le documentaire envisage la musique de film comme un art majeur. Il montre comment Morricone ne se contentait pas d’accompagner les images, mais participait pleinement à leur identité, à leur rythme et à leur mémoire émotionnelle. À travers ses collaborations, notamment avec Sergio Leone, le film rappelle qu’une composition peut transformer une scène, prolonger un silence et parfois devenir aussi célèbre que le film lui-même, si ce n’est davantage.
Le récit s’intéresse aussi à la tension entre discipline et invention. Morricone apparaît comme un compositeur d’une rigueur impressionnante, formé à la musique savante, mais capable d’introduire dans le cinéma des sons, des voix, des bruits et des idées inattendues. Le documentaire montre ainsi un artiste partagé entre reconnaissance populaire immense et désir d’être considéré comme compositeur à part entière, au-delà de l’étiquette parfois réductrice de la musique de film.
J’ai vraiment apprécié l’ampleur du documentaire. Je connaissais Morricone le compositeur, mais le film m’a appris énormément sur l’étendue de son travail et son rapport à la création. L’entendre parler lui-même donne à l’ensemble une vraie valeur intime, tout en éclairant son processus créatif. Dense mais accessible, porté par des témoignages prestigieux et variés, Ennio donne envie de réécouter Morricone et de revoir les films qu’il a accompagnés.
Ses limites tiennent surtout à sa forme très classique et à son approche très admirative, avec peu de recul critique ou de zones d’ombre. Sa durée importante peut aussi se ressentir par moments, mais dans une œuvre pensée comme un hommage, cela se comprend largement.
Au final, Ennio donne pleinement la mesure d’un artiste immense et de son empreinte sur l’imaginaire du cinéma. Un portrait dense, sensible et passionnant, qui rappelle à quel point la musique peut devenir une part essentielle de la mémoire d’un film.