Dans une ville où la nuit devient le théâtre de la peur, une journaliste traque la vérité derrière une série de meurtres sordides. Les Nuits de Mashhad est à la fois un thriller haletant et une radiographie sociale glaçante.
Le film frappe par sa sobriété. Ali Abbasi filme les rues, les hôtels et les visages avec une précision presque documentaire. Pas d’esbroufe ni d’effets faciles : la tension naît de ce réalisme cru, de la manière dont la violence s’infiltre dans le quotidien. L’atmosphère poisseuse des nuits iraniennes imprègne chaque scène, trouvant un équilibre subtil entre polar et drame social.
Au-delà de l’enquête, Abbasi explore des thèmes universels : domination patriarcale, emprise religieuse, hypocrisie sociale. Il interroge le fanatisme et montre comment une idéologie peut légitimer la barbarie. La peur devient alors un instrument de contrôle collectif, réduisant au silence ceux qui voudraient protester. La journaliste, fragile mais tenace, incarne la difficulté d’exister et de se faire entendre dans un monde hostile. Plus largement, le film suggère que le crime n’est pas seulement celui d’un individu, mais celui d’un système qui rend ces actes possibles, voire les tolère. À ce titre, Les Nuits de Mashhad n’est pas qu’une enquête criminelle : c’est aussi un plaidoyer politique et féministe, rappelant que dénoncer les féminicides revient à affronter les structures qui les perpétuent.
Ce mélange de thriller et de parabole sociale glace par sa justesse. Abbasi refuse le sensationnel et laisse les faits parler. Le spectateur, happé par ce climat de peur, devient témoin impuissant, presque complice par son regard. Le film se garde de tout triomphalisme : au-delà du sort du meurtrier, il met en lumière la persistance d’une idéologie qui survit à l’individu et s’enracine, révélant une violence patriarcale transmise de génération en génération.
L’œuvre n’est toutefois pas exempte de limites. Sa mise en scène dépouillée pourra sembler austère, parfois répétitive. Le rythme, volontairement lent, finit par peser, et la tension fléchit par instants. Hormis la journaliste et le criminel, les personnages secondaires restent esquissés, réduits à des fonctions. Mais cette rigueur contribue aussi à l’effet de sidération : montrer la violence sans l’édulcorer.
En définitive, Les Nuits de Mashhad est une œuvre puissante, captivante et dérangeante. Abbasi transforme une histoire vraie en une critique radicale du patriarcat iranien, de la collusion entre religion et misogynie, et du silence complice d’une société entière.