Cela ne s’explique pas. Il y a des films comme ça qui n’ont en apparence rien de particulier, qui n’inventent rien et ne semblent pas révolutionner quoi que ce soit mais qui vous enchantent du début à la fin sans que l’on sache vraiment trop pourquoi. Des œuvres que l’on pourrait dire touchées par la grâce et qui tapent dans le mille dans tout ce qu’elles entreprennent. Et ce film essaie beaucoup de choses toujours avec brio. Son jeune metteur en scène, Louis Garrel, décidément partout en ce moment que ce soit devant ou derrière la caméra, réalise là une œuvre de cet acabit. De prime abord, on croirait à un petit film mineur, au sujet quelconque et à l’aspect visuel un peu vieillot mais qui s’avère en fait un petit miracle de cinéma, simple, efficace et réussi. Rien à voir avec ses précédents films plus ou moins sympathiques, mais certainement pas mémorables et assurément anecdotiques qu’étaient « Deux amis », « L’homme fidèle » et « La Croisade ». Non, « L’Innocent » révèle définitivement l’acteur comme un cinéaste doué sur lequel il faudra compter.
Son film est simple, humble et il ne cherche jamais à être plus. Un long-métrage passionnant sur la famille qu’on se crée, enrobé dans un mélange des genres acrobatique mais hautement savoureux. En effet, Garrel investit pléthore de genres ici et les fond dans un cocktail qui confine à la perfection. Une dose de comédie, un soupçon de drame, une louchée de polar et tout cela saupoudré de romantisme. Et sans qu’aucun de ces genres ne prenne vraiment le pas sur l’autre mais s’entremêlant sans cesse dans un maelstrom d’émotions nous faisant passer du rire aux larmes avec une fluidité déconcertante. Alors bien sûr, « L’Innocent » n’a peut-être rien d’extraordinaire, un côté presque banal qui constitue son petit point faible. Il ne laissera peut-être pas une marque indélébile pour le septième art mais c’est une séance de cinéma agréable, emballante et qui fait le plus grand bien. La magie du grand écran (ou du petit) à son paroxysme dans un long-métrage comme on en fait plus.
Mais que serait « L’Innocent » sans son quatuor de comédiens si attachants dont on a l’impression qu’ils sont vraiment mère et fils ou meilleurs amis selon les personnages. Chaque interaction entre ces quatre-là sonne vrai, sonne juste et nous touche en plein cœur! Bravo à la séquence du restaurant routier et sa déclaration déguisée entre Garrel lui-même et Noémie Merlant. Cette dernière est assurément l’une des actrices les plus prometteuses de sa génération. Quant à Roschdy Zem, pas besoin de préciser qu’il est impeccable et il est agréable de revoir une nouvelle fois Anouk Grinberg après un second rôle marquant dans le non moins marquant « La Nuit du 12 ». Et que dire de cette ambiance années 90, voulue ou non, qui donne un joli cachet visuel au film aidé par une bande originale aux petits oignons. Alors malgré quelques petits coups de mou, on ne peut qu’aimer « L’Innocent », sa sincérité et sa simplicité si belles à regarder.
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