Un film agréable mais qui déçoit. Maïwenn dit avoir été sensible aux ressemblances entre sa propre histoire, intruse dans un mode du cinéma hostile, et celle de la dernière maîtresse du roi, demi-mondaine méprisée, le mot est faible, par une partie de la Cour : de fait, les filles du Roi, potiches monstrueuses, la vilipendent dans des gloussements diaboliques, les courtisans, vieux pantins grimaçants, la raillent sans plus se gêner,
la petite Marie-Antoinette d'Autriche, sachant que la favorite ne peut lui adresser la première la parole, se garde pendant plusieurs mois ou plusieurs années de lui adresser le moindre mot
. Tout cela est assez mince, mais l’on ne s’ennuie pas pourtant : faut-il pour ne pas s’ennuyer que le film en son genre costumé soit bien fait, faut-il aussi aimer Versailles et ce siècle aux mille paradoxes !
Mais comme on reste loin du drame qui couve en ces années, qui sont les dernières où la monarchie puisse encore agir, et fortement, pour atténuer le poids des injustices. Du Barry a conquis Louis XV au moment même où il prenait d'une main énergique, après 55 ans de règne, avec Maupeou, les mesures indispensables: on n'en connaîtra rien. Mais on saura que les courtisans devaient faire de dangereux petits pas en arrière pour ne pas se retourner devant le roi, et que le roi n'organisait que son "lever" et son "coucher" dans la chambre de Louis XIV, où il ne dormait pas... Le film, plus dense et ramassé, plus ambitieux aussi, nous aurait davantage émus.
Parmi les belles choses, les apparitions du valet de chambre Laborde, dont tout le monde s’accorde à reconnaître la fine interprétation par Deverhne – tout à fait accordée au personnage réel, esprit cultivé auteur de plusieurs ouvrages d’esprit – et la mort du roi, (en exceptant peut-être les dernières étreintes des deux amants), avec cet admirable cérémonial de la bougie qu’on souffle pour annoncer la mort, rituel qui a de quoi fasciner une époque et un pays, le nôtre, qui en a tant perdu.