Dans un Versailles corseté par les codes, une femme venue du peuple ose briser les règles et séduire le roi. Jeanne du Barry n’est pas tant une romance qu’un récit d’ascension fragile, où chaque geste libre a un prix.
Le film met en avant le décalage entre Jeanne et le monde figé de Versailles. Là où tout est rituel, mise en scène et révérence, elle surgit avec une spontanéité qui choque autant qu’elle séduit. Son humour, sa franchise : des gestes en apparence anodins, mais vécus comme des affronts. En elle, il y avait une liberté qui attira Louis XV, mais qui scandalisa une noblesse obsédée par son protocole.
À travers ce portrait, Maïwenn questionne la place des femmes dans une société patriarcale. Jeanne n’avait d’autre pouvoir que celui de plaire, et ce pouvoir, aussi fulgurant soit-il, demeurait fragile. Elle était à la fois actrice de son destin et prisonnière d’un système qui ne lui pardonna jamais d’être née ailleurs. Ce paradoxe nourrit le film : héroïne libre, mais sans cesse ramenée à sa condition de courtisane.
La fresque fonctionne aussi comme une critique sociale. Versailles apparaît comme une scène où tout relevait du spectacle : le lever du roi, les costumes, les révérences. Derrière ce faste, on devine la vacuité d’un monde condamné. Le corps du roi, marqué par la variole, devient l’image d’un système qui se décomposait lentement, et dont Jeanne fut l’une des premières victimes.
Certaines thématiques émergent avec subtilité. La relation entre Jeanne et Zamor, “cadeau” offert par le roi, rappelle que même celle qui se battait contre l’exclusion participait malgré elle à des logiques oppressives. Ce détail ajoute une profondeur inattendue : derrière la romance, il y a le rappel d’un colonialisme banal, intégré au quotidien de la cour.
Johnny Depp livre une prestation convaincante en Louis XV mélancolique, las du pouvoir, trouvant en Jeanne une respiration inattendue. Benjamin Lavernhe, en valet scrupuleux, apporte une présence marquante. Jeanne, incarnée par Maïwenn, est filmée comme une femme solaire mais vulnérable, tour à tour muse et paria. Mais Maïwenn n’est pas toujours pleinement crédible dans ce rôle.
Tout n’est pas maîtrisé. Certains choix paraissent anachroniques — cheveux détachés, intonations modernes. Le rythme connaît des creux, certaines scènes paraissent trop appuyées, et l’ensemble reste parfois plus illustratif que vraiment incarné. On sent une volonté d’offrir une grande fresque, mais elle manque par moments de souffle. Malgré ces limites, le film touche par son mélange de faste et de fragilité, de décors somptueux et d’intime fissuré. Les plans et les costumes, eux, demeurent indéniablement beaux.
Au final, Jeanne du Barry séduit par son portrait d’une femme libre dans un monde qui n’acceptait pas la liberté. Une œuvre imparfaite mais sincère, qui rappelle que derrière les ors de Versailles se cachaient aussi des prisons invisibles.
Un film élégant, intéressant à voir pour son regard historique et pour la figure singulière qu’il met en lumière.