LA BETE
La Bête est un mélodrame d’anticipation, une histoire d’amour en 2044. L’amie avec qui j’ai pu le découvrir m’a dit avoir pensé à Léos Carax. Sur le moment, je n’étais pas convaincue, mais en pensant à Annette, peut-être davantage. Les plans travaillés et l’image soignée, donnent à l’écran un beau résultat. Et Il y a aussi quelque chose d’épique dans cette histoire d’amour.
La bête n’est pas un film facile. On se perd dans le temps aux côtés de Gabrielle. Aussi le débat en présence de Bertrand Bonello lors de la projection du film en avant-première, était précieux pour apporter d'autres clés de compréhension avec le regard et les intentions du cinéaste.
La Bête est un film avec Léa Seydoux et George McKay. La jeune femme, est omniprésente à l’écran. Bonello a pu dire d’elle qu’elle était faite pour être filmée, elle est quasiment de tous les plans. Elle y dévoile ici l’ampleur de son jeu, dans les nuances de son visage de mannequin si plastique, qu’il se prête justement à toutes les situations. Elle ne voulait pas de la scène finale, elle ne souhaitait pas la tourner, mais pourquoi disait-elle à Bonello ?
Nicolas Thévenin (directeur de la revue de cinéma Répliques) qui animait le débat a pu exprimer à Bonello que si le film pouvait être un film somme de tout ce qu’il avait pu faire précédemment en tant que réalisateur, il l’était aussi de la carrière de Léa Seydoux. Bonello a aimé cette interprétation qu’il n’a pas réfuté, bien au contraire.
Le film est dédié à Gaspard, son magnifique Yves St-Laurent. Le jeune acteur trop tôt disparu devait donner le change à la jeune femme. Bonello avait écrit le personnage de Louis pour lui. Aussi le réalisateur pour finaliser son projet est allé chercher un acteur outre-Manche, pour faire tout autre chose. Le film se déroule en français et en anglais, dans différents lieux du monde, et George McKay au visage singulier lui aussi et inquiétant, était bilingue. Les deux acteurs aux physiques très lisses et parfaits avec leurs peaux diaphanes, ont tous deux des allures de poupées. Les poupées, l’une des obsessions de Bonello, si présente dans ses films, qui nous renvoie encore à Annette.
La Bête est un film sur la peur et l’amour. Ces deux sentiments si intimement liés qui ne vont pas l’un sans l’autre. Pour vivre un grand amour, il faut savoir s’abandonner, pouvoir prendre des risques et accepter la peur. Cette peur viscérale est centrale à l’histoire intime de Gabrielle. En 2044, la technologie a pu permettre d’éviter des catastrophes naturelles si meurtrières. C’est l’IA qui règne et protège les hommes d’eux-mêmes, les émotions sont devenues une menace. Gabrielle doit purifier son ADN et replonger dans ses vies antérieures. Elle y retrouve Louis, l’homme qu’elle aime passionnément. Mais elle est envahie par la peur d’une catastrophe éminente.
La Bête, c’est une histoire d’amour qui se rejoue à différentes époques, au 19ème siècle, en 2014 et en 2044. Le cinéaste y expérimente son rapport au mélodrame à trois reprises.
Le film est dense et complexe, une seconde vision pour en profiter pleinement ne sera pas de trop, il faut le laisser décanter comme du bon vin, il se dévoile petit à petit.
La Bete (Franco-belge– 2h26) de Bertrand Bonello avec Léa Seydoux et George MacKay