Dans un monde où tout le monde veut “créer”, Kelly Reichardt filme quelqu’un qui pétrit de la glaise. Showing Up se veut une chronique sensible de la vie d’artiste ; c’est surtout un film sur l’art de ne rien faire, longuement, lentement, silencieusement.
Le film s’ouvre sur des gestes minutieux, des silences appuyés, des visages impassibles. Puis il continue comme ça, encore et encore. Michelle Williams sculpte, s’interrompt, se plaint d’un chauffe-eau, regarde un pigeon blessé. Et nous, spectateurs, on contemple tout cela, fascinés ou résignés. Reichardt filme la banalité comme si elle avait découvert le concept.
Showing Up voudrait dire quelque chose sur la création, sur la solitude, sur l’équilibre entre art et vie. En pratique, il dit surtout qu’un film peut être vide sans être profond. Derrière sa sobriété revendiquée, tout paraît figé, suspendu. On finit par se demander si Reichardt filme la vie d’une artiste ou simplement l’immobilité elle-même.
La lenteur, ici, n’est plus une respiration mais un coma esthétique. Les personnages, volontairement ternes, semblent flotter dans une apathie chorégraphiée. Tout est filmé comme un musée sans visiteurs : propre, lent, inanimé. Même la lumière paraît hésiter à s’allumer.
On devine des intentions : montrer la beauté du travail manuel, la dignité du geste, la fragilité du quotidien. Mais le tout reste théorique, désincarné. On ne ressent ni l’angoisse de l’artiste, ni la jubilation de la création.
Les personnages secondaires, à peine esquissés, traversent le film comme des silhouettes d’atelier. Le propos sur le monde de l’art reste trop feutré pour être piquant. On attend la satire, on récolte des politesses. Quant au symbolisme, il flirte avec la métaphore de festival, celle qu’on applaudit par réflexe sans trop savoir pourquoi.
Au fond, Showing Up incarne le pire visage du cinéma d’auteur : celui qui confond lenteur et profondeur, minimalisme et vide, retenue et absence. Un film triste, mais pas dans le bon sens, comme une œuvre qu’on aurait oublié de commencer.