Au cœur des Alpes, deux garçons se rencontrent un été. L’un vient de la ville, l’autre n’a jamais quitté la vallée. Les années passent, les routes se séparent, mais quelque chose demeure. Les Huit Montagnes est une chronique à la fois simple et immense : celle d’une amitié, d’un héritage, d’une vie qui s’apprend au rythme des saisons.
J’ai trouvé que le film était une parenthèse poétique, apaisante, presque méditative. Il calme, il respire, il laisse du temps, comme un grand silence après le tumulte.
Adapté du roman culte de Paolo Cognetti, Les Huit Montagnes porte en lui la même quête d’essentiel que son auteur. Cognetti y racontait, à travers l’amitié de deux hommes, son besoin de silence et de retour à la nature après des années passées en ville. Felix Van Groeningen et Charlotte Vandermeersch, couple à la vie comme à la création, ont découvert ce texte comme une évidence. Ils y ont reconnu une recherche d’équilibre et de lenteur qui résonnait avec leur propre désir de se recentrer, loin du vacarme du monde.
Tourné dans le Val d’Aoste avec une équipe réduite et sur plusieurs saisons, le film a été pensé comme une expérience en soi. Le choix du format 4:3, de la pellicule et de la lumière naturelle inscrit l’œuvre dans une démarche artisanale, presque spirituelle, attentive à la matière du réel. Les Huit Montagnes n’est pas seulement une adaptation fidèle : c’est un projet vécu, ancré dans la nature et la simplicité retrouvée.
Derrière son apparente lenteur, tout respire la sincérité. Le récit avance comme une marche en altitude : peu de mots, beaucoup de souffle. Les silences disent ce que les hommes taisent, la tendresse, la fierté, la distance. Peu de films savent capter avec autant de justesse la pudeur masculine sans la travestir en virilité. Ici, l’émotion est brute, contenue, mais toujours vraie.
La montagne n’est pas un décor, c’est une présence. Monter, c’est chercher à se dépasser, mais aussi à s’éloigner. Elle impose le silence, la patience, la rigueur. Les paysages deviennent l’écrin de la solitude des personnages. Chaque plan respire le vent, la pierre, la neige. La lumière épouse les saisons, le temps devient palpable. Le film est d’une beauté saisissante, sans jamais forcer l’admiration : il filme la nature comme un visage, avec respect et humilité.
Sous la splendeur du paysage, Les Huit Montagnes parle de transmission et de paternité. Les absents pèsent autant que les vivants, et chaque geste devient un moyen de renouer avec ce qui a été brisé. Le film contemple, avec une douceur mélancolique, les chemins que prennent ceux qui veulent bien faire sans toujours savoir comment.
On pourrait lui reprocher son rythme contemplatif, presque immobile. Certains y verront une poésie de la lenteur, d’autres une patience mise à l’épreuve. Mais cette lenteur fait partie de son souffle, de son équilibre fragile entre l’homme et la montagne.
Ce n’est pas un film qui bouleverse, c’est un film qui apaise. Il laisse une nostalgie douce, comme après une ascension accomplie.