Plan 75
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Fodscraft
Fodscraft

29 abonnés 62 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 4 mai 2026
Dans un futur proche, le gouvernement japonais a mis en place le Plan 75, qui permet aux personnes âgées qui le souhaitent de bénéficier d’aides, financières ou autres, avant d’être euthanasiées. Dans cette dystopie, la société japonaise a adopté cette solution pour répondre au problème de vieillissement de la population. Le récit nous fait suivre plusieurs personnes volontaires pour ce programme.
De nombreux points sont soulevés dans ce film d’anticipation : la solitude des personnes âgées, leur poids économique sur la société japonaise, les rapports intergénérationnels, la surpopulation, … La réalisatrice a traité ce sujet suite au constat que la nouvelle génération respecte de moins en moins les personnes âgées, les considérant comme des « poids morts ». La fiction n’est pas loin de la réalité quand on parle de vieillissement démographique, on estime que la population japonaise, coréenne et d’autres géographiquement plus proche, peuvent disparaître.
A rapprocher de Soleil vert de Harry Harrisson, de Time out de Andrew Niccol.
Raphaël B12
Raphaël B12

12 abonnés 6 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 3 mai 2026
Il n'est pas nécessaire d'être devin pour comprendre que Plan 75 ne décrit pas un futur lointain. Ce premier long métrage de la réalisatrice japonaise Chie Hayakawa — révélé à Cannes en 2022 dans la section Un Certain Regard et récompensé par la Caméra d'or spéciale — frappe par l'évidence tranquille de son postulat : une société vieillissante qui, au terme d'un glissement technocratique, finit par institutionnaliser la mort volontaire des seniors comme réponse aux tensions budgétaires.

Le film suit trois destins entrelacés dans un Japon légèrement futuriste mais parfaitement reconnaissable. Michi, 78 ans, femme de chambre dans un hôtel, voit ses conditions d'existence se dégrader jusqu'à envisager le programme ; Hiromu, jeune fonctionnaire du Plan 75, voit sa foi dans le système se lézarder lorsqu'il retrouve son oncle parmi les candidats ; Maria, aide-soignante philippine, voit sa conscience s'éveiller face à l'ampleur de ce qu'elle facilite. Hayakawa refuse le roman à thèse. Elle n'accuse pas, elle observe. Et c'est précisément cette neutralité apparente qui glace le sang.

Ce qui frappe peut-être le plus dans Plan 75, c'est la manière dont le programme s'engouffre dans les failles de l'isolement pour exister. Certains candidats ne s'inscrivent pas par épuisement ou par maladie, mais simplement parce que le Plan leur offre ce qu'ils ne trouvent plus nulle part : quelqu'un à qui parler. Une hôtesse dédiée, disponible, attentive, dont la voix au téléphone devient le seul lien humain régulier. Cette solitude-là — documentée, massive, scandaleuse dans nos sociétés pourtant hyperconnectées — est le vrai moteur du système. Ce n'est pas la mort que ces personnes cherchent : c'est une présence. Le Plan 75 l'a compris et en fait un outil de recrutement. C'est sans doute la séquence la plus glaçante du film, précisément parce qu'elle ne montre aucune violence : juste une vieille dame qui sourit parce qu'on l'écoute enfin. La trajectoire d'Hiromu dit la même chose en creux : tant que son oncle reste un dossier, il peut continuer à fonctionner. Le jour où il met un visage familier sur un numéro de candidat, tout s'effondre. La machine ne résiste pas à la rencontre. C'est peut-être là l'enseignement le plus subversif du film : l'humanité n'a pas disparu — elle a été soigneusement tenue à distance.

La fiction de Plan 75 est confondante de banalité parce qu'elle s'inscrit dans un continuum réel. Le Japon est, dans le monde actuel, la société la plus vieillissante qui soit — plus de 30 % de sa population a déjà 65 ans ou plus. La pression sur les systèmes de retraite et d'assurance maladie y est documentée, chiffrée, politiquement explosive. Le film ne fait qu'extrapoler une logique déjà à l'œuvre — le coût de la vieillesse — jusqu'à son terme le plus radical.
Dans d'autres pays dits avancés, la trajectoire est moins frontale mais tout aussi instructive. Le Canada, avec son programme MAID (Medical Assistance in Dying), a vu en quelques années les critères d'éligibilité s'élargir bien au-delà du pronostic vital immédiat. La Belgique et les Pays-Bas, pionniers de l'euthanasie légale, enregistrent une augmentation continue du nombre de cas déclarés, désormais pour des affections non terminales. L'Espagne a légalisé l'euthanasie en 2021. L'Allemagne a ouvert la voie au suicide assisté après une décision de sa Cour constitutionnelle en 2020.

En France, le débat avance à pas feutrés, mais il avance — et certains de ses promoteurs ne s'en cachent plus. Lors d'une réunion publique organisée par l'association Le Choix le 30 novembre 2024, Jean-Louis Touraine, député et déjà auteur d'une proposition de loi sur l'euthanasie en 2017, expose avec une franchise inhabituellement crue sa stratégie : obtenir le maximum dans une première loi, puis « revenir tous les ans » pour en élargir le champ. Il reconnaît lui-même que cette première loi exclura les mineurs, les maladies psychiatriques et même Alzheimer — mais une fois la porte ouverte sur la maladie de Charcot ou certaines tumeurs généralisées, l'argument de l'inégalité entre malades permettra d'étendre progressivement les conditions d'éligibilité. C'est exactement le scénario que Plan 75 met en images : non pas une décision brutale et frontale, mais une pente douce, balisée de bonnes intentions et d'ajustements successifs, au bout de laquelle on finit par ne plus reconnaître le chemin parcouru. La clause de conscience des soignants, aujourd'hui protégée, sera débattue. Le consentement — dont on sait combien il peut être subrepticement orienté par la culpabilité sociale ou la pression de l'entourage — deviendra l'enjeu central.

Ce que Plan 75 dit sans le dire ouvertement — et que les débats politiques peinent à formuler franchement — c'est que derrière l'argument de la dignité se profile un calcul budgétaire. La dépendance d'une seule tranche d'âge représente plusieurs dizaines de milliards d'euros annuels pour les systèmes de protection sociale. Permettre à 1 % seulement d'une génération de recourir à un programme d'euthanasie « consenti » permettrait des économies substantielles, difficilement avouables dans un discours républicain centré sur les droits. Le film le suggère discrètement mais implacablement : les recruteurs du Plan 75 ont des objectifs. Ils ont des scripts téléphoniques. Ils ont des primes.

Plan 75 le montre sans ambiguïté : le programme ne touche pas tout le monde de la même façon. Ceux qui ont une retraite suffisante, une famille présente, un patrimoine à transmettre — ceux-là résistent, diffèrent, refusent. Les candidats volontaires sont presque tous des déclassés : des travailleurs précaires qui n'ont pas eu les moyens de cotiser suffisamment, des isolés sans filet familial, des personnes trop pauvres pour envisager la dépendance autrement que comme un fardeau insupportable pour autrui. Michi entre dans le dispositif parce qu'elle perd son emploi, son logement, et que personne ne l'attend nulle part. Ce n'est pas un choix libre — c'est une capitulation socialement déterminée. Le paradoxe politique est vertigineux : dans nos démocraties occidentales, ce sont souvent les formations de gauche qui portent ces lois au nom du Progrès, de l'autonomie individuelle et de la dignité. Mais de quelle dignité parle-t-on, quand l'option de mourir est offerte en priorité à ceux que la société a déjà abandonnés de leur vivant ? Plan 75 pose la question sans y répondre — et c'est précisément pour cela qu'elle résonne si longtemps après la séance.

On pense inévitablement, en regardant Plan 75, à Soleil vert (Richard Fleischer, 1973) — cette dystopie américaine où une société surpeuplée et épuisée finit par recycler ses morts en denrée alimentaire. La filiation n'est pas seulement thématique : elle est structurelle. Dans les deux films, la société ne se contente pas d'éliminer ses membres les plus fragiles — elle en tire profit. Dans Plan 75, les effets personnels des défunts sont collectés, triés, revendus. Un personnage secondaire, employé dans ce service de collecte, y vole discrètement un peu d'argent liquide : geste dérisoire et vertigineux, qui dit tout sur la manière dont le système déshumanise jusqu'à ceux qui l'exécutent. Cinquante ans séparent les deux œuvres, et pourtant la logique est identique : quand la vie humaine cesse d'être une fin, elle devient une ressource. Soleil vert nous avait prévenus. Nous avons choisi de l'oublier.

La comparaison s'impose, et le film semble la convoquer délibérément. Le tri minutieux des vêtements, bijoux et effets personnels après le décès — filmé avec la neutralité d'une chaîne logistique ordinaire — évoque irrésistiblement les images d'archives des camps : les montagnes de lunettes, de montres, de dents en or soigneusement récupérées sur les corps. Le masque qui délivre le gaz létal, posé avec douceur sur le visage du défunt consentant, convoque inévitablement la chambre à gaz. Hayakawa n'insiste pas — elle n'en a pas besoin. La différence avec la Shoah est réelle : ici, tout est consenti, propre, attentionné, accompagné de musique douce. Les murs de l'hôpital sont blancs, pas gris. Le personnel porte des tenues soignées, pas des uniformes. Et pourtant la finalité est identique : l'élimination organisée d'une catégorie de population jugée encombrante. L'environnement clinique — froid, métallique, silencieux — crée une atmosphère concentrationnaire d'autant plus perturbante qu'elle est enveloppée de bienveillance. C'est le génie noir du film : montrer que la barbarie n'a pas besoin de la brutalité pour s'accomplir. Elle se suffit d'un formulaire bien rempli et d'un sourire professionnel.

C'est ici que Plan 75 atteint sa pleine puissance cinématographique, et c'est sans doute pour cela qu'il mérite d'être vu absolument.
Chie Hayakawa ne crie pas : elle montre, avec une esthétique de la retenue qui confine au sublime glacial. La mise en scène adopte une composition rigoureusement géométrique. Les plans fixes et larges placent les personnages au cœur de décors urbains et administratifs démesurés, rendant leur solitude presque physique. Les bureaux du Plan 75 sont filmés avec une symétrie qui évoque l'ordre d'une machine d'État bien huilée — propre, efficace, mortifère.

La direction artistique renforce ce sentiment par une palette chromatique aseptisée : gris institutionnel, bleus pâles et blancs cliniques pour tout ce qui touche au programme ; tonalités chaudes et lumière naturelle pour les rares scènes de vie ordinaire — un repas entre amies, un instant de grâce volée. Ce contraste chromatique dit, sans un mot, ce que la société est en train de perdre.

Hayakawa adopte un rythme contemplatif qui n'est pas sans rappeler Hirokazu Kore-eda, mais avec une noirceur plus marquée. Le silence y tient un rôle dramaturgique essentiel : ces citoyens deviennent invisibles avant même de disparaître. La mort n'est jamais montrée frontalement — elle est traitée comme une formalité administrative, un dossier classé. C'est précisément cette absence de pathos visuel qui rend le film insupportable au meilleur sens du terme. L'horreur naît du hors-champ et du formulaire en trois exemplaires.

Le montage, enfin, tresse les trois trajectoires sans jamais forcer le trait, montrant comment chaque échelon de la société — le recruteur, le soignant, le candidat — est à la fois victime et rouage d'un système qui les dépasse tous.

En filmant l'horreur avec la douceur d'un dépliant publicitaire, Chie Hayakawa réussit ce que peu de films d'anticipation parviennent à faire : rendre la dystopie d'autant plus terrifiante qu'elle paraît déjà banale, déjà acceptée, déjà en marche. Pas besoin d'être devin. C'est bien l'avenir qui se dessine.
Sophie Barbier
Sophie Barbier

1 abonné 17 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 2 mai 2026
Une image d'une beauté urbaine, grise et froide, et qui porte une histoire de fin. La fin d'une vie, celle de cette femme qui n'a plus personne pour qui vivre. La fin d'un système, qui ne peut plus s'occuper de ses anciens.
Et surtout la fin d'un rêve d'humanité : La mort est rationnelle et clinique. Sans fleurs ni hommages, elle n'est plus que marchandage.
Un relent de Soleil Vert dans ce film, si réaliste et si conscient qu'il en est malaisant.
Jean-Philippe C
Jean-Philippe C

16 abonnés 43 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 18 décembre 2025
Un film qui parle de la vie, de la mort, des vieux souvent abandonnés et des jeunes qui le seront bientot
C'est aussi un film sur le courage et la résistance que possèdent certains êtres, dont l 'héroine de ce film japonais extremement touchant, fait de subtilités et dans lequel chaque plan livre un message sur l'existence humaine
Marc Taton (Belgique)
Marc Taton (Belgique)

42 abonnés 1 030 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 25 août 2025
Au Japon, une nouvelle loi appelée Plan 75 vient d'être adoptée, elle accorde le droit le droit à l'euthanasie à toute personne ayant atteint l'âge de 75 ans. En échange, ces personnes reçoivent une certaine somme d'argent, qu'elles peuvent utiliser comme bon leur semble avant la date fatidique. Ces derniers jours sont accompagnés avec le plus grand respect. Ce film nous pousse à réfléchir sur la vieillesse, la place des personnes âgées dans nos sociétés, souvent marquées par la solitude. Accordons nous suffisamment de compassion et de dignité à ceux qui ont contribué à la société toute leur vie ? Ce film offre une critique poignante d'une société qui privilégie l'utilité économique au détriment de l'humanité. 8/10
Hotinhere

790 abonnés 5 464 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 13 août 2025
Une fable dystopique japonaise glaçante mais trop mollassonne autour de l’institutionnalisation du suicide assisté des séniors afin de rétablir les comptes sociaux des sociétés vieillissantes.
ferdinand75

723 abonnés 4 462 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 22 juin 2025
Une thématique très intéressante , sur le vieillissement de la population et un tentation vers l'eugénisme. On a vite compris ce nouveau plan pour offrir un " exit" au plus de 75 ans , mais tout cela est très long .Les personnages s'enchevêtrent et l'on perd le centre d'intérêt. Beaucoup de confusion, trop de lenteur et un manque d'émotion.
SB88
SB88

35 abonnés 1 574 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 22 juin 2025
Plan 75 - le thème ne réjouit pas et est exploité tout en lenteur et pâleur. Si on arrive à le dépasser c’est un bon film qui relève beaucoup de questions de nos sociétés occidentales où le renouvellement des générations par les enfants n’existe plus.
On se prend comme une gifle cette réalité et l’idée de ce film de pousser les personnes âgées qui ne sont plus utiles à sociétés à se supprimer est glaçante.
3,5/5
Kritik
Kritik

11 abonnés 28 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 21 juin 2025
Un film japonais pudique, sobre et beau, voilà ce qu'est "Plan 75" qui imagine, dans un futur proche, une loi qui permettrait aux personnes de plus 75 ans de se faire euthanasier afin de ne pas être un poids dans une société vieillissante.
spoiler: Pour inciter les "volontaires" à passer à l'acter, on leur remet une somme d'argent qui semble importante et leurs derniers jours se passeront dans un endroit "chic" et apaisant. Si ça ne suffit pas, on rappelle que les Japonais savent se sacrifier quand il le faut.

"Plan 75" croise les destins de "vieux" qui doivent encore travailler pour vivre (visiblement dans des emplois que plus personne ne veut faire) et de "jeunes" dont le travail est directement relié à la nouvelle loi.
Quand on sait que le Japon est, effectivement, un pays vieillissant et que les autorités cherchent à résoudre le problème (pour l'instant par un encouragement de la natalité !), ce film n'en a que plus d'acuité.
Le jeu des acteurs, à commencer par Chieko Baishô, nous touche sans jamais verser dans le larmoyant et contribue à faire de "Plan 75" un beau film pour qui sait prendre le temps de le regarder.
Cadreum
Cadreum

60 abonnés 778 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 21 avril 2025
Plan 75 est un film d’apparence modeste, mais de portée vertigineuse. Sans jamais hausser le ton, il murmure des vérités qui glacent. Chie Hayakawa signe une œuvre éthiquement sidérante, dont la puissance politique tient à sa retenue même. À l’image de notre société, le film opère à bas bruit, substitue au spectaculaire une mise en scène du retrait, et transforme une hypothèse dystopique en radiographie du réel.

Le dispositif narratif est simple : dans un Japon en voie d’effondrement démographique, l’État met en place un programme baptisé Plan 75, invitant les citoyens les plus âgés à opter, librement et sans douleur, pour une fin de vie assistée. On leur promet dignité, confort, apaisement. Mais derrière la façade policée se cache une violence d’un nouveau genre.

Hayakawa ne construit pas une dystopie spectaculaire : elle se contente d’extrapoler les logiques déjà à l’œuvre dans nos sociétés contemporaines. C’est ce qui rend le film si effrayant. La mort devient un service public, une solution administrative à un problème budgétaire.

Ce qui pousse les personnages à adhérer au programme n’est pas tant le désir de mourir que l’absence de raisons de rester. Hayakawa filme un monde où la vieillesse est désocialisée, où les liens s’effacent. Le choix du suicide n’est alors plus tragique, mais logique.

À travers la figure de Michi, femme âgée, le film dit l’essentiel : ce n’est pas la vieillesse qui tue, mais la relégation. La société les oublie. Elle les rend transparents, inentendables, superflus.

Hayakawa touche ici au cœur d’une violence contemporaine : celle qui n’a plus besoin de brutalité pour s’exercer, car elle agit par soustraction, par déliaison. C’est une euthanasie des liens autant que des corps.

Le style de Plan 75 est à l’image de son monde : froid, fonctionnel, désaturé. Plans fixes, cadres amples, lumière pâle, dialogues rares. Ce dépouillement est un choix éthique autant qu’esthétique. En refusant tout effet mélodramatique, Hayakawa empêche le spectateur de se réfugier dans l’émotion facile.

Ce que Hayakawa démonte, c’est la mutation contemporaine de la violence. Le Plan 75 n’impose rien, il propose. Il ne contraint pas, il invite. Il ne tue pas, il accompagne. Mais cette douceur est une stratégie. En transformant la mort en option citoyenne, l’État s’absout de toute responsabilité.

Ce cynisme compassionnel, ce néolibéralisme en blouse blanche, est le vrai cœur noir du film. Loin des totalitarismes bruyants, Plan 75 dépeint une dictature molle, tiède, où la mise à l’écart se fait par consentement, dans le respect des procédures.

Et pourtant, tout n’est pas écrasé. Ce qui rend le film profondément humain, c’est qu’il ménage des interstices de doute, des moments de suspension, des gestes de trouble. Le recruteur commence à douter. L'administrateur enquête. L'infirmière détourne le regard. Michi, à la veille de son départ, vacille. Ce ne sont pas des révolutions, ce sont des hésitations.

Hayakawa croit en ces frémissements et elle offre un éveil, une inquiétude qui persiste bien après la fin du générique.
Mélany T
Mélany T

43 abonnés 797 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 19 janvier 2025
La mise en scène est belle et soignée et le récit doux et intelligent mais l'ensemble est un peu trop lent et froid.
Isabelle K.
Isabelle K.

4 abonnés 91 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 14 octobre 2024
Au Cinéma La Salamandre du SEW - Morlaix, le film « Plan 75 » de Chie Hayakawa était programmé dans le cadre d’un café philo animé par le philosophe Olivier Verdun, autour du thème de l’euthanasie. J’avais raté ce film à sa sortie et j’étais heureuse de pouvoir le découvrir dans ce contexte d’échange.

« Plan 75 » est un programme mis en place dans un Japon dystopique qui ne semble pas, hélas, si utopique, visant à accompagner les citoyens de 75 ans et plus à mourir. C’est un service public géré par une société privée.

Autrefois (quand j’ai commencé ma carrière à La Poste par exemple, à la fin des années 90), le service public visait à informer, relier, soigner, protéger, rendre accessible les services à tous les usagers devenus désormais des clients, selon un système égalitaire et même péréquateur, sans discontinuité. Dans « Plan 75 », ce service public distancie les uns des autres et déshumanise avec zèle, enfermant les gens dans un endroit de haute sécurité, à perpet’. On n’est pas loin du couloir de la mort des maisons centrales. Le vocabulaire est toujours hyper-marketé pour faire passer la pilule (c’est le cas de le dire en l’occurrence, puisqu’une pilule suffit à la population ciblée pour disparaître à bas bruit et dans l’anonymat) : « maison » comme si les lieux d’enfermement ressemblaient à des cocons chaleureux ; « centrale » comme ces bunkers en béton construits en périphérie des villes pour mieux détenir, surveiller et faire oublier. Ainsi, à l’instar des prisonniers astreints aux longues peines, les adhérents au plan 75 sont isolés, reclus et scrutés jusqu’à leur dernier souffle. Sauf qu’eux n’ont commis aucun crime et reçoivent 100.000 yens pour ce paradis.

Comme tous les lieux d’enfermement, celui du plan 75, présenté dans une brochure en papier glacé comme un endroit de villégiature aux mille et un délices (quasi un Club med’ 3 tridents), réduit à néant les seniors (au début, il est question des +75 ans mais le programme fonctionne tellement bien que très vite, il est envisagé de ramener l’âge à 65 ans). Des bureaucrates se chargent de récupérer leurs biens et d’en usurper au passage (on n’est pas loin des dents en or à arracher ou des annulaires coupés pour des alliances en platine devenues trop serrées). Une fois les crémations effectuées (lesquelles, si elles sont collectives sont carrément prises en charge par le généreux état), les cendres sont recyclées en tee-shirt.

Ce sont de jeunes diplômés qui, moyennant de confortables salaires, à l’aide d’arguments positifs et d’éléments de langage traduits en termes de bénéfices, convainquent et encouragent les +75 ans non seulement à adhérer au programme et à ne pas y renoncer en cours de route. La compassion d’accord, dans les limites contractuelles. Jeunes et vieux ne doivent pas se rencontrer pour ne pas s’attacher : un centre d’appel regroupe ces fraîches recrues qui disposent de 15 minutes par semaine pour veiller à mobiliser chaque septuagénaire jusqu’à sa fin programmée (qu’importe son état de santé ou sa vivacité intellectuelle ; qu’importe la transmission).

« Plan 75 » créé de l’emploi et s’inscrit dans une dynamique d’économie circulaire. Exemplaire.

Cela se passe au Japon, qui ne dispose pas du même système de retraite que le nôtre, en France (pour quelques mois encore, en tout cas) et où les seniors travaillent jusqu’à 80 ans ou davantage. En fait, les vieux ne sont plus productifs et coûtent trop chers, ils gênent : « Plan 75 » est La Solution, comme les asiles d’aliénés l’ont été sous la IIIe République, ou les camps de concentration (d’internement) pour isoler Juifs, Arméniens, handicapés, antifascistes, homosexuels.
C’est glauque. Le problème de toute cette glauquitude, c’est qu’elle est vraisemblable. Crédible comme souvent le sont les histoires futuristes d’artistes visionnaires.

L’euthanasie est l’un des thèmes abordés dans « Plan 75 », qui a donné lieu, une fois le film terminé, à un débat irréconciliable et passionné. Et nécessaire. Comme tout sujet sociétal, celui-ci, comme l’IVG, dans la société des années 70, trouvera un début d’apaisement lorsqu’une loi l’encadrera et qu’il sera devenu un droit, protégé. Tant d’emphase, que l’on soit pour ou contre, est la preuve que la société progresse toujours davantage, au service de la liberté, du libre-arbitre et de la dignité.

#drame #sciencefiction #chiehayakawa #PLAN75
Arthus27
Arthus27

126 abonnés 642 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 14 février 2024
Partant d'une idée intéressante, Plan 75 se perd dans une écriture inutilement confuse. Le récit manque de rythme, notamment à cause de sa durée de près de 2h. Cependant on pourra en garder quelques belles séquences et des réflexions intéressantes sur la société japonaise.
Stéphane D
Stéphane D

174 abonnés 2 354 critiques Suivre son activité

1,5
Publiée le 9 septembre 2023
On aurait pu espérer que le film dépasse son postulat de base, soit en construisant une histoire palpitante autour, soit en développant la réflexion sur le sujet.
Il n'en est rien. Le seul but est de nous faire mourir d'ennui (alors que j'ai rien signé pour et que je suis pas payé!).
FaRem

10 571 abonnés 11 451 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 11 mai 2023
Connu pour le sens du sacrifice de ses habitants à des moments importants de son histoire, le Japon espère que ses citoyens les plus âgés procèderont au sacrifice ultime en acceptant de mourir pour le bien de la population. Situé dans un futur proche, "Plan 75" est un film dystopique centré sur le programme gouvernemental qui encourage l'euthanasie. Pour cela, le gouvernement a mis en place tout un programme avec un accompagnement et même une petite indemnisation. Si la scène d'introduction suggère un carnage, le processus est en réalité plus calme avec une campagne pour inciter plutôt que pour obliger. Les petits vieux sont encouragés à rendre service à la population et tout est fait pour les y pousser même si c'est en douceur. Le concept est évidemment très intéressant, mais entre la mise en scène léthargique et le traitement superficiel, c'est difficile d'y trouver un intérêt ou d'éprouver une quelconque émotion. Trop froid, trop plat, trop ennuyeux. Bref, ce n'est pas terrible.
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