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Un baiser qui dure un peu trop, un regard qui reste suspendu au bord d’un silence, et puis ce fichu soleil californien qui semble vouloir cramer les secrets sous les pelouses bien vertes : Les Indomptés, c’est ça. Une Amérique des années 50, vernie, figée, lisse comme une vitrine d’agence immobilière. Muriel, Lee et Julius y évoluent comme des poissons rouges dans une carafe de gin : beaux, tournoyants, mais condamnés à tourner en rond.
Daniel Minahan pose sa caméra comme un taxidermiste son scalpel : avec précision, sans débordement. Il ne filme pas, il arrange. Et tout est si propre qu’on cherche en vain la fissure par où l’émotion brute pourrait s’échapper. Il y a bien des instants suspendus, des frôlements, des non-dits… mais rarement un vertige. C’est élégant, oui. Mais parfois trop poli pour déranger.
Daisy Edgar-Jones, dans le rôle de Muriel, est une flamme sous verre. On la sent prête à exploser, mais toujours contenue, comme si son personnage n’osait jamais respirer à fond. Jacob Elordi campe Julius avec une fausse désinvolture, mi-fugueur, mi-ange noir – on dirait un James Dean qui aurait lu trop de romans de gare. Et Will Poulter, en Lee, semble aussi absent que le pays pour lequel il est censé s’être battu. Quant à Diego Calva, dans le rôle d’Henry, il tente d’apporter un peu de tangage, mais c’est comme verser du vin dans une baignoire vide : l’intention est belle, l’effet est mince.
Visuellement, c’est du sucre glace : les plans sont soignés, les éclairages veloutés, chaque décor semble avoir été ciré à la main. Mais voilà : à trop vouloir faire joli, le film oublie parfois d’être vivant. Il frôle la beauté muséale. On admire, mais on touche peu.
Et pourtant, on ne peut pas le rejeter d’un revers de manche. Parce qu’il dit quelque chose du désir tapi, des vies en apnée, des passions enterrées sous des conventions. Il le dit doucement, trop peut-être. On aurait aimé qu’il crie. Ou qu’il pleure. Ou qu’il salisse enfin son bel habit du dimanche.