Les dessous du bâtiment
Ces 92 minutes constituent le 1er long-métrage du japonais, vivant en France, Akihiro Hata. L'idée d'associer réalisme social avec une touche de fantastique reste la grande originalité de ce film. Hélas, mille fois hélas… Vincent travaille au sein d’une équipe de nuit sur le chantier de Grand Ciel, un nouveau quartier futuriste. Lorsqu’un ouvrier disparaît, Vincent et ses collègues suspectent leur hiérarchie d’avoir dissimulé son accident. Mais bientôt un autre ouvrier disparait. Belle mise en images, lumières soignées, personnages intéressants, mais voilà, pour un film portant sur la vie d’un chantier, on pouvait s’attendre à un scénario… en béton. Je le répète : hélas !
Le projet a trouvé son origine dans un fait divers. En 2015, un intérimaire sans papiers, est mort sur son lieu de travail sans que personne ne remarque son absence. Cet événement tragique est devenu une sorte de matériau allégorique pour le réalisateur illustrant ainsi l'invisibilisation des travailleurs précaires. Le cinéma a ce pouvoir unique de rendre visible l’invisible : montrer ce qu’on ne montre pas ou qu’on préfère ne pas voir. La facette sociale est plutôt satisfaisante même si ça sent le déjà-vu. Le choix de filmer les sous-sols du chantier comme s’il s’agissait d’une maison hantée, un long labyrinthe avec des bruits bizarres, des résonances, des ombres projetées est bien exploité malgré son aspect répétitif. Alors ? Alors la fin est calamiteuse. Je n’ai rien contre ce qu’on appelle les « fins ouvertes ». C’est une des grandes tendances du cinéma actuel. Mais encore faut-il que, comme ici, cette fon ne soit pas béante. Ou le scénariste est mort avant d(avoir écrit sa conclusion, soit il s’est mis en grève, soit il n’a pas su comment finir l’ouvrage… Je vote pour la 3ème explication. On se dit : « tiens, enfin un début de proposition de genre français intéressant ». Et paf ! Tout s’écroule car ce film a le défaut de ceux qui veulent essayer des choses sans les assumer.
En dépit de la très bonne prestation de Damien Bonnard, - qui a tout de même l’air largement aussi paumé que nous dans ses nombreuses déambulations souterraines -, Samir Guesmi, Mouna Soualem, Tudor Aaron Istodor, Ahmed Abdel Laoui, Issaka Sawadogo, Sophie Mousel et quelques autres, il y a comme une « légère » frustration qui s'invite à l'issue de la projection… Dieu que c’est agaçant.