The Old Oak est un film militant pro-migrants. Ken Loach ne dit pas seulement "soyons généreux et solidaires avec les Syriens réfugiés, car ils sont nos frères". Il dit "soyons (...) car ils sont une chance pour nous." Et dans le film, ils le sont. L'histoire est très bien ficelée et nous tire éventuellement quelques larmes vers la fin.
Les acteurs sont très bons. Les personnages bien ciselés. Le cadre est très intéressant : un village ex-minier du nord de l'Angleterre, en voie avancé de décomposition sociale et économique, se voit imposer des familles de réfugiés de culture, religion et langue différentes. Les craintes et les haines des indigènes anglais sont exposées, principalement par la bouche d'une poignée de piliers de pub très aigris, quelques enfants hâves au ventre creux, des ados stupides, une mère de famille paupérisée. Toute la liste y passe : on favorise les étrangers et c'est injuste, car on leur donne tout, maison, nourriture, école etc. alors que nous, nous sommes encore plus pauvres qu'eux ; nous sommes naïfs car il s'agit d'invasion et bientôt ils construiront une mosquée ; nous sommes en danger car un terroriste djihadiste se cache peut-être parmi ces familles ; les garçons syriens embêtent nos filles et représentent aussi un danger.
Deux anglais sauvent la tradition d'hospitalité, une femme très dynamique et un homme meurtri, qui est aussi celui qui maintient à grand peine le dernier lieu public de convivialité, le pub.
En face, les familles syriennes. De l'une de ces familles jaillit le 2e personnage principal, une jeune et jolie femme, photographe amateur, qui parle correctement anglais, ce qui est une chance. Ce personnage est éminement sympathique, courageux, doux et elle a plein d'idées. Elle est la seule femme syrienne à ne pas porter le voile islamique et cela est étrange car on ne sait pas pourquoi. Or, sa mère et ses soeurs, y compris la petite fille, sont voilées. Par ailleurs, cette jeune femme jouit d'une très grande liberté de parler, d'aller et venir, de se retrouver seule avec un homme anglais chez lui, sur la plage etc. qui m'a paru incongru. Je ne peux m'empêcher de penser que Ken Loach se sert de ce personnage irréaliste, dans son contexte familial, pour porter son propre message, sans trop brutaliser le public. D'autre part, quand les familles anglaises sont en souffrance, destructurées, pauvres, affamées etc. la famille syrienne (celle de la jeune femme) est soudée, aimante, accueillante, souriante, et les enfants y sont très sérieux et font leurs devoirs d'école. Pourquoi pas ? Mais ce n'est pas le hasard, c'est pensé. Les réfugiés incarnent des valeurs qui ont disparu du village anglais et c'est une chance qu'ils soient là pour les réintroduire. Les Anglais sont en quelque sorte des réfugiés de l'intérieur car ils ont non seulement perdu leur boulot, leurs économies, leur dignité mais aussi leur famille et tout sens politique collectif. N'oublions pas qu'ils sont les premières victimes d'un ordre économique injuste.
La fin montre que
le sens politique collectif est restauré, dans l'unité intercommunautaire tolérante, puisque tout ce petit monde se dirige vers la cathédrale en brandissant des fanions dont un évoque la guerre civile espagnole.