J'ai découvert ce film presque par hasard, et je ne m'attendais pas à être autant happé par cette histoire vraie. En 1858 à Bologne, dans une famille juive, les soldats du Pape débarquent en pleine nuit pour arracher le petit Edgardo, six ans, sous prétexte qu'il aurait été baptisé en secret par sa nourrice quand il était bébé. Ce qui suit est à la fois un drame intime déchirant et une fresque historique qui montre la puissance (et l'absurdité) de l'Église à cette époque. Marco Bellocchio, à plus de 80 ans, signe un film d'une force rare, avec une rage contenue qui traverse chaque plan.
Ce qui m'a le plus touché, c'est la façon dont le réalisateur filme la famille Mortara. Les parents, interprétés magnifiquement par Fausto Russo Alesi et Barbara Ronchi, sont dévastés mais refusent de baisser les bras. Leur combat devient vite politique, avec le soutien de l'opinion publique libérale et de la communauté juive internationale. On sent la colère monter face à l'intransigeance du Pape Pie IX. Bellocchio ne tombe jamais dans le manichéisme facile : il montre aussi comment l'enfant, une fois arraché à sa famille, est peu à peu modelé par son nouvel environnement. Ces scènes sont d'une tristesse infinie, sans jamais verser dans le pathos gratuit.
Visuellement, le film est splendide. Les intérieurs sombres, les lumières nocturnes, les costumes et les décors recréent parfaitement cette Italie du XIXe siècle en pleine ébullition. La mise en scène est à la fois classique et très moderne dans sa manière d'alterner entre l'intime et le grand spectacle historique. J'ai particulièrement aimé comment Bellocchio utilise la musique et les silences pour accentuer la tension. Ça respire le cinéma d'auteur maîtrisé, sans jamais être ennuyeux une seconde sur ses 2h15.
Bien sûr, on peut toujours chipoter : le film est parfois un peu emphatique dans sa dénonciation de l'Église, mais vu le sujet, c'est compréhensible. Pour moi, ça reste une œuvre puissante qui pose des questions toujours d'actualité sur la tolérance, le pouvoir religieux et l'identité. Si vous aimez les drames historiques qui ont du sens et de l'émotion, foncez. L'Enlèvement est de ces films qui restent en tête longtemps après le générique. Un très beau 4/5 bien mérité !