Rarement une phrase d’accroche apposée sur une affiche de film n’avait été aussi pertinente! Quand on lit sur celle-ci que le film « En attendant la nuit » est un beau croisement entre le film scandinave « Morse » (qui traitait déjà du mythe du vampire de manière étonnante et innovante) et le succès fantastique francophone « Le Règne animal », on ne peut être plus d’accord. Pour un premier film, Céline Rouzet fait preuve d’un sacré talent et appose une nouvelle patte féminine forte au cinéma de genre tricolore après Julia Ducornau (« Grave » et « Titane ») et surtout Coralie Fargeat avec son immense « The Substance ». Certes peut-être moins radical, son film de vampire immergé dans un contexte réaliste et inusité pour le sujet n’en demeure pas moins impactant et mémorable. Et il pose une nouvelle pierre dans un cinéma de genre français qui sait enfin faire entendre sa voix et se faire respecter après une pénurie ou des insuccès depuis des décennies. Et le hasard fait que beaucoup de ces nouvelles tentatives et percées dans le genre soient régulièrement pilotées par des cinéastes féminines à l’inspiration débordante.
Ici, dès les premières images on est cueilli. Le prologue à la maternité est un modèle du genre pour installer le postulat de manière simple, marquante et efficace. Un saut dans le temps nous pose ensuite dix-sept ans plus tard, âge du personnage principal. On découvre une famille qui emménage dans un quartier cossu près des montagnes ardéchoises dans les années 90 et semblant fuir quelque chose. Et on comprend que Philémon, ledit adolescent, se nourrit de sang pour survivre et que sa famille doit user de stratagèmes pour cacher cela. Décor et enjeux posés avec brio dans un microcosme peu commun qui ressemble aux publicités bourgeoises de ces années-là avec pelouse parfaite, belles maisons et classes moyennes aisées qui se regroupent en communauté de voisins aux discussions superficielles autour de barbecues. Et Rouzet filme tout cela comme ces publicités, de manière un peu stylisée mais avec une patte bien à elle, laissant transparaître une certaine poésie et créant un univers visuel qui imprègne la rétine. Et le fait de situer l’intrigue dans le passé et ces années 90 qui reviennent désormais à la mode est intéressant et utile puisque pas d’Internet, de téléphones portables et encore moins de réseaux sociaux, ce qui permet de rendre l’histoire crédible, notamment concernant la fuite de cette famille d’un endroit à l’autre sans laisser de traces. L’incursion de ce seul élément fantastique dans ce cadre ultra réaliste rend donc « En attendant la nuit » vraiment spécial, inédit et presque hypnotique.
Notons également que le film ne verse pas dans le cinéma d’auteur pointu et sait rester accessible malgré sa proposition bis. Un atout qui permet au film d’être vu par tous et de traiter le thème de la différence par un prisme incongru mais probant. Philémon aurait pu être tout aussi bien gay ou handicapé qu’un simili vampire se délectant de sang (loin des canons habituels du mythe), le film aurait tout aussi bien fonctionné. Et la cinéaste a écrit de beaux personnages, chaque membre de la famille disposant d’un personnage bien écrit avec des réactions logiques et compréhensibles. On est touché par leur unité et l’amour qu’ils se portent. Et d’Élodie Bouchez au jeune Mathias Legoût Hammond (une véritable découverte) en passant par l’acteur qui monte Jean-Charles Clichet, ils sont tous exceptionnels et sublimés par leurs rôles. On aime aussi l’atmosphère qui slalome entre bluette adolescente, film de genre, drame familial et suspense jusqu’à un final intense qui se clôt sur un épilogue peut-être un peu trop abrupt. Il n’empêche, l’incursion de Céline Rouzet dans le cinéma fantastique est une belle surprise, qui marque l’esprit, et nous envoute à la fois par sa simplicité d’exécution et une histoire vraiment étonnante et parfaitement maîtrisée; un petit coup de cœur en somme.
Plus de critiques cinéma sur ma page Facebook Ciné Ma Passion.