Tout en nuance
A part le fait qu’elle est la scénariste du savoureux Procès du chien, on ne savait pas grand-chose d’Anne-Sophie Bailly. C’est ici, son 1er film. Ces 94 minutes nous prouvent une nouvelle fois, que le « handicap se porte bien »… au cinéma. Mona vit avec son fils trentenaire, Joël, qui est "en retard". Il travaille dans un établissement spécialisé, un ESAT, et aime passionnément sa collègue Océane, elle aussi en situation de handicap. Alors que Mona ignore tout de cette relation, elle apprend qu’Océane est enceinte. La relation fusionnelle entre mère et fils vacille. Après le p’tit truc en plus, Hors normes et En tongs au pied de l’Himalaya, voici un nouveau film qui met en scène une mère isolée au prise avec son grand garçon « pas comme les autres ». De la belle ouvrage, avec des comédiens bouleversants.
Plutôt que de se concentrer uniquement sur le handicap, ce film traite de la relation mère/fils et, en fin de compte d’une double émancipation. Il fallait à tout prix éviter le misérabilisme et le voyeurisme. Mission accomplie. La question – avortera, avortera pas ? -aurait pu constituer le seul fil directeur du film. Mais elle est vite évacuée et le film prend, avec bonheur, une autre direction. On peut regretter, mais c’est un 1er film, que la mise en scène soit trop neutre, mais le scénario sait éviter les travers d’un mélo facile et s’en tient à une pudeur et une délicatesse de bon aloi. Encore un film sur la « différence » qui vaut d’être vu.
Charles Peccia-Galletto et Julie Froger sont tous deux en situation de handicap. Ce sont des acteurs à part entière. Ils jouent la comédie et sont remarquables tous les deux. Bien sûr, Laure Calamy, c’est devenu une évidence, apporte à son personnage, à la fois, la force et la fragilité qui nous bouleversent dans le rôle de cette mère quadra débordée – dans le quel on la cantonne trop souvent -, avec son talent si particulier. Citons aussi la participation du belge Gert Van Rampelberg. Un duo lumineux dans un drame juste et émouvant.