Strass et paillettes, collagène et smartphone, cigarettes électroniques, vol à l’étalage, dance floor, tyrannie plastique de Tik Tok, dictature du pop sur Snapchat, si difficile d’avoir un corps et les remous lascifs d’Angèle en réseau.
Impossible de payer l’indispensable, c’est à dire tout le superficiel attendu, voilà le flop, obligé de se vendre en casting à n’importe quoi, n’importe qui.
Chirurgie esthétique tous azimuts, corps façonnés selon le buzz, de l’instant, instant d’avant où l’IA éliminera tout le monde dans un réality show siliconé et fera enfin place nette à la falsification totale; une bonne fois pour toute, temple du faux.
D’ailleurs entre filles l’apostrophe c’est « frère », paradoxe assumé; les scooters de Fréjus bourdonnent comme des moustiques autour de la nouvelle star de pacotille.
Le casting est enfin tombé comme une sentence, elle est pré-sélectionnée, reine si imparfaite selon les critères invincibles et paramétrés du show bizz.
Elle est touchante de maladresse, modifiée de chirurgies multiples et tellement enfantine dans ses accès, déjà transformée parmi des milliers de concurrentes anonymes dans l’espoir d’atteindre le zénith numérique.
Elle croit à son destin et va de ses hélitres sensibles et fragiles voler vers la lumière et ses matières trompeuses de fausses soies moirées, de fausses perles, de poudre au nez, de leurres vérouillés.
Elle aime les grosses cylindrées et les reflets factices de la richesse, elle aime l’ambition qu’il l’attire irrésistiblement.
Influenceuse sous influence de ses myriades de likes, de commentaires bienveillants, de commentaires salaces, de commentaires malveillants, comment arbitrer et penser librement?
Elle aime ce qu’elle n’a pas, elle combat et bute pour d’inaccessibles surfaces de pixels et d’ illusoires affections et combat coûte que coûte pour fuir sa pauvreté si plate, ses origines dites modestes, comme une malédiction sans relief jalonnée de mises en demeure et d’impayés contre lesquelles lutte sa mère pour l’élever et contre lesquels elle ne peut rien, contrainte à voler pour espérer briller.
Une mère qui ne comprend rien ou comprend tout, au choix.
Il règne un indicible malaise dans cet environnement cerné par un internet tout puissant apparemment simple et pourtant impitoyable dans cette fuite en avant, elle est poussée vers le néant dans ce monde de girouettes, abandonnée au vent mauvais.
Un monde exclusivement de surface qui engloutit ses victimes séduites et digérées si vite.
Et comme souvent dans ces chimères règne un profond appel spirituel, un manque, une absence hurlante que ce fatras matériel met en exergue sans pour autant libérer le souffle ni l’imposer.