Ce film est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2025.
À l'origine de The Phoenician Scheme se trouve l'envie de construire une histoire autour "de l’une de ces grandes figures de l’industrie européenne des années 1950, proche d’un Onassis ou d’un Niarchos", raconte Wes Anderson. "Je m’étais documenté sur Árpád Plesch, Calouste Gulbenkian, ou encore Gianni Agnelli." Ainsi, le personnage de Anatole « Zsa-zsa » Korda, campé par Benicio Del Toro, est un industriel richissime, rusé, impitoyable et sans scrupules, mais aussi un esthète érudit et collectionneur. Au cinéma, l’archétype ultime de ces figures industrielles hors normes a été incarné par Orson Welles dans Citizen Kane.
Si The Phoenician Scheme s'est construit autour de la figure solitaire de Zsa-zsa, l'écriture du scénario a finalement abouti à l'histoire d'un père et de sa fille. Pour Benicio Del Toro, "la relation père-fille est l’enjeu principal du film." Wes Anderson confie : "Ce thème a peut-être un rapport avec le fait que j’ai une fille. Et j’imagine que la thématique père/fille fait aussi écho aux rapports de ma femme Juman – et aux miens – avec son père Fouad Malouf, homme d’affaires libanais."
La première source d’inspiration de Zsa-zsa a été le père de la femme de Wes Anderson, Fouad Malouf, hommes d'affaires libanais à qui le film est dédié. Le réalisateur a aussi puisé dans les figures issues du cercle de Malouf : "Cela vient de l’entourage de Fouad, de ses collègues, et nous avons eu l’idée que certains d’entre eux se spécialisaient dans des tâches spécifiques pour ce grand projet d’infrastructure : un magnat du transport maritime, un prince, des bâtisseurs de chemins de fer. Fouad avait son entreprise, son équipe et toute une série de collaborateurs. Quand je lui demandais de me les décrire, il me répondait : ‘C’étaient tous des lions.’"
Wes Anderson retrouve Benicio Del Toro après l'avoir dirigé dans The French Dispatch. Le réalisateur n’a jamais envisagé d’autre acteur que lui pour incarner Zsa-zsa et tenait à lui écrire un rôle sur mesure. C'est lors de la présentation au Festival de Cannes de The French Dispatch en 2021 qu'Anderson a présenté son projet au comédien, qui a été impliqué dans toutes les étapes du film. Aux yeux du cinéaste, le personnage de Zsa-zsa est conçu pour un acteur de la carrure d'Anthony Quinn, Lino Ventura, ou encore Jean Gabin.
Del Toro considère que le Zsa-zsa qu’on découvre à l’écran est le fruit d’un "scénario élégant", à des semaines de répétitions et d’échanges, à la direction précise de Wes Anderson, et à "énormément de boulot". "C’est un rôle de dingue", ajoute-t-il.
Michael Cera rejoint la troupe de Wes Anderson dans la peau d'un précepteur norvégien passionné d’entomologie. À l'instar de Benicio Del Toro, le réalisateur avait écrit le rôle pour Cera. C'est le comédien qui a suggéré l'accent de Bjorn : "Quand on a commencé à le travailler, je pense que Wes a été un peu surpris que je suggère de lui donner un accent. Bien sûr, il l’a écrit comme étant norvégien, et c’était donc présent dès l’écriture, mais je ne pense pas que Wes avait vraiment réfléchi à la manière dont cela allait se concrétiser avant que je débarque".
Des centaines de candidates, venues des États-Unis, du Royaume-Uni, d’Australie et du Canada. ont été vues pour le rôle de Liesl. Wes Anderson a été séduit par le "mélange de stoïcisme et de légèreté" de Mia Threapleton. Vue dans la série The Buccaneers, la jeune comédienne n'est autre que la fille de Kate Winslet.
Pour décrocher le rôle, dont elle n'a eu qu'un succinct descriptif ("Il était écrit : 'Tu n'as pas vu ton père depuis six ans et tu es une novice.'"), l'actrice a joué une scène de L'Île aux chiens, puis a fait un essai sur deux jours avec Benicio Del Toro et le réalisateur.
Pour son premier grand rôle au cinéma, elle se souvient avoir été très nerveuse : "C’était mon premier jour, et j’avais la nausée. Benicio est venu vers moi, il a posé sa main sur mon épaule et m’a dit : ‘Ça va aller. On va jouer les scènes ensemble, et on va s’amuser.’ Il avait raison, on s’est vraiment éclatés. C’était fantastique."
Comme toujours chez Wes Anderson, le générique de The Phoenician Scheme accumule les noms prestigieux. On retrouve ainsi Riz Ahmed (pour la première fois chez Anderson) dans le rôle du prince Farouk, inspiré de la figure de Calouste Gulbenkian, homme d’affaires, mécène et grand collectionneur arménien. Quant à Tom Hanks et Bryan Cranston, ils interprètent des magnats du rail, évoquant l’âge d’or des industriels véreux, façon J.P. Morgan. Wes Anderson voulait simplement retrouver Jeffrey Wright et Scarlett Johansson, et leur a donc écrit à chacun un rôle. Enfin, Mathieu Amalric campe un gangster inspiré des films de Jean-Pierre Melville ou de Jacques Becker, et Benedict Cumberbatch est l’oncle Nubar, dont le nom et l'allure sont des hommages à l'homme d'affaires Nubar Gulbenkian, fils de M. Calouste Gulbenkian.
L’essentiel du film a été tourné à Babelsberg, plus ancien studio de cinéma du monde, fondé en 1912, à Potsdam, en Allemagne. Wes Anderson y avait déjà filmé les maquettes miniatures de The Grand Budapest Hotel, mais The Phoenician Scheme est le projet du cinéaste, parmi ses films en prises de vue réelles, qui a été le plus tourné en studio. Les prises de vues en décors réels ont été très limitées, y compris le barrage et la scène de désert, tournés dans des collines artificielles de sable.
Après avoir longtemps collaboré avec Robert D. Yeoman, Wes Anderson a travaillé sur The Phoenician Scheme avec un nouveau directeur de la photographie, Bruno Delbonnel. Les deux hommes avaient déjà collaboré sur des publicités, mais c’était la première fois qu’ils travaillaient ensemble sur un long métrage. "L’idée de travailler avec un directeur de la photographie européen m’intéressait : c’est un élément nouveau, qui apporte quelque chose de singulier", souligne Wes Anderson. "Bruno a introduit dans la lumière du film une certaine noirceur qui convenait parfaitement à l’histoire. Pas une obscurité au sens de la luminosité, mais une forme de noirceur intérieure, qui influe sur l’atmosphère du film."
La séquence d’ouverture, filmée en plongée et au ralenti, est clairement influencée par Brian De Palma. Le tournage de cette séquence chorégraphiée a été "étrange" pour Benicio Del Toro : "Wes avait installé la caméra au plafond, et on devait tout faire super vite. Vite, parce qu’il allait filmer au ralenti. On se disait : 'passe-moi la bouteille, ouvre-la, repose-la' – et tout s’enchaînait, sans aucune coupure. J’avais envie de dire : 'Attendez, j’ai oublié de tourner la page !' Mais la machine était en marche. Et quand la machine Wes Anderson est en marche, rien ne l’arrête."
Pour la maison de Zsa-zsa, le chef décorateur Adam Stockhausen avait plusieurs références en tête, mais les plus importantes venaient de l’hôtel particulier parisien de Calouste Gulbenkian et d’un palais vénitien. L'essentiel des décors du film ont été construits, en reprenant les mêmes techniques artisanales qu’à l’époque et en peignant les éléments de décors à la main.
Quant à la maquette du projet d’infrastructure, elle a été conçue par Simon Weisse, qui avait également créé la maquette miniature du Grand Budapest Hotel. Sauf que cette fois-ci, la maquette était suffisamment solide pour être escaladée par Benedict Cumberbatch. La destruction de la maquette, le dernier jour du tournage, s'est elle aussi faite de façon artisanale par le superviseur effets spéciaux Gerd Nefzer : "On s'est entraînés dans le parking pour calculer le nombre exact de bennes géantes qui, une fois remplies de milliers de litres d’eau, feraient exploser la maquette. Ensuite, nous avons reproduit ce dispositif en plateau."
Les œuvres d'art exposées chez Zsa-zsa sont de véritables toiles de maître ! L'équipe a réussi à obtenir un Renoir (qui a appartenu à Greta Garbo) issu de la collection Nahmad, un Magritte provenant de la collection Pietzsch, et plusieurs tableaux prêtés par la Hamburger Kunsthalle. Il y a également un florilège d’œuvres du surréalisme, de l’expressionnisme abstrait, de photographies et même une sculpture sur bois du XIVème siècle.
"On a dû batailler un peu pour se faire prêter les œuvres", reconnaît le conservateur Jasper Sharp, qui a collaboré avec Wes Anderson pour sélectionner les pièces et obtenir l’accord des collectionneurs. Il ajoute : "Plusieurs de nos interlocuteurs ont éclaté de rire avant de me raccrocher au nez. Mais une forme de curiosité, mêlée à l’envie de tenter l’aventure, a fini par l’emporter. Et l’effet de la présence de ces pièces sur le plateau était tout simplement saisissant."