Ce film est présenté en Séance Spéciale au Festival de Cannes 2025 ainsi qu'en compétition officielle lors du dernier Festival du film d'animation d'Annecy.
Amélie et la métaphysique des tubes est le premier long-métrage en tant que réalisateurs et scénaristes de Liane-Cho Han et Maïlys Vallade.
Si Amélie Nothomb n’a jamais pris part à l’écriture d’aucun scénario, nombreux sont ses romans qui ont été adaptés sur grand écran. On compte ainsi Hygiène de l’Assassin de François Ruggieri (1998), Stupeur et Tremblements d’Alain Corneau (2003), Tokyo Fiancée (2014) tiré de Ni d’Eve ni d’Adam et A perfect Enemy (2020) inspiré de Cosmétique de l’Ennemi. Amélie ou la Métaphysique des Tubes, basé sur son roman Métaphysique des Tubes, est toutefois le premier film d’animation adapté de ses livres.
Les réalisateurs Liane-Cho Han et Maïlys Vallade sont des exceptions dans la profession puisqu’ils sont tous les deux à la fois scénaristes, storyboardeurs et désormais, réalisateurs.
Liane-Cho Han et Maïlys Vallade se sont rencontrés sur le tournage du film Le Petit Prince de Mark Osborne et ont par la suite créé un trio avec Remi Chayé à partir de son premier long-métrage, Tout en haut du monde. Ils sont ainsi devenus co-auteurs graphiques sur l’ensemble de leurs films.
Liane-Cho Han a lu Métaphysique des Tubes d’Amélie Nothomb alors qu’il n’avait que 19 ans et a rêvé de le transposer sur grand écran. Sur le tournage de Calamity, en 2018, il a alors offert le roman à Maïlys Vallade qui l’a beaucoup aimée. Liane-Cho a écrit ensuite à Amélie Nothomb aux éditions Albin Michel en lui parlant de ce projet accompagné de quelques visuels et elle a donné son accord.
Le parti-pris des réalisateurs était de rester à la fois focalisés sur la relation entre la petite Amélie et sa nourrice Nishio-San, et à la fois d’être toujours à hauteur d’enfant. Pour conserver le point de vue de l’héroïne, Liane-Cho Han et Maïlys Vallade ont dû ainsi, parfois à contre-cœur, supprimer certains aspects du roman comme la relation entre Amélie et son père pour se concentrer davantage sur d’autres rapports.
La question de la voix-off a été très importante dans l’élaboration du film, puisqu’il fallait que ce soit une voix qui viennent du futur pour raconter d’une autre manière les scènes que l’on voit à l’écran. Par ailleurs, reconstituer la voix d’une enfant de 2 ans et demis n’a pas été une mince affaire et il a fallu faire appel à plusieurs comédiennes pour obtenir ce résultat.
Pour ce film, Liane-Cho Han et Maïlys Vallade avec le concours de Remi Chayé se sont inspiré de la méthode japonaise de l’animation. Ils ont souhaité des formes plus rondes, des couleurs plus texturées et pastels. Si le film a été réalisé en format numérique, Marietta Ren et Marion Roussel ont préalablement cherché le physique des personnages sur aquarelle et ont décidé de garder cette esthétique. Enfin, si les décors sont normalement choisis à la fin du processus créatif, Justine Thibault, cheffe décoratrice couleur, ainsi que Simon Dumonceau ont proposé leurs idées bien en amont du tournage.
Eddine Noël a pris soin de reconstituer le Japon de la manière la plus réaliste possible, notamment le Kobe des années 60-70 dans lequel Amélie a vécu. La maison dans laquelle l’écrivaine a vécu ayant été détruite, il a fallu que l'équipe se base sur les souvenirs présents dans le livre pour en faire une exacte reconstitution, à partir d’un modèle 3D créé par Eddine Noël. Néanmoins, il ne faut pas oublier que le Japon d’Amélie et la métaphysique des tubes est vu à travers les yeux d’un enfant et donc, cela comporte de l’onirisme.
Même si Amélie et la Métaphysique des Tubes est un film animé, les réalisateurs ont accordé une importance fondamentale au jeu des personnages. Ainsi, le langage corporel de la famille Belge est beaucoup plus expressif que celui des Japonais. Et même entre les personnages de Nishio-San et la propriétaire Kashima-San, il devait y avoir une différence de jeu, comme Maïlys Vallade l’explique : " À l’inverse de cette dernière [Kashima-San] qui représente, dans sa rigidité corporelle même, le côté très traditionnel de la société japonaise, Nishio-san appartient à la jeune génération, plus ouverte. Elle est à la fois plus souple dans sa manière de penser et de se mouvoir, d’interagir avec les autres personnages".
Liane-Cho Han et Maïlys Vallade ont fait le choix esthétique d’associer une couleur pour chaque personnage : le jaune du soleil pour Nishio-San, le violet de la mélancolie pour Kashima-San, le rouge pour André — le frère d’Amélie — le bleu clair pour Juliette — la soeur aînée d’Amélie — et le vert d’eau pour Amélie, dont le nom signifie pluie en japonais.
Les réalisateurs ont été influencés par le cinéma japonais et en particulier les œuvres d’Isao Takahata et de Hayao Miyazaki comme Le Tombeau des lucioles et Princesse Mononoké, dont ils font même des références dans Amélie et la Métaphysique des tubes. Par ailleurs, ils se disent inspirés par Dans un recoin de ce monde de Sunao Katabuchi pour son travail sur la reconstitution du Japon d’avant-guerre, qu’évoque Nishio-San dans ses souvenirs. Enfin, pour reconstituer la lumière intérieure, Eddine Noël s’est inspiré du traité de Junichiro Tanizaki Éloge de l’ombre.
La scène très émouvante du retour de plage, dans laquelle Amélie offre un bocal vide à sa nounou Nishio-San et dans lequel se trouve les souvenirs de sa propre enfance sur la plage n’existe pas dans le roman et a été incorporée spécialement pour le film. En outre, la scène des festivités bouddhistes d’Obon, la fête des morts, ne figure pas dans le livre mais permet de comprendre les traumas de Kashima-San. La séquence du départ pour deux mois du père d’Amélie en Belgique est aussi une liberté des cinéastes et permet de tisser encore plus les liens entre la nounou et la petite fille.
Liane-Cho Han et Maïlys Vallade ont fait appel à une vraie compositrice japonaise pour la bande-originale du film, Mari Fukuhara. Toutefois, au cours de l’élaboration, ils ont utilisé des "musiques témoins" très éclectiques, allant de comptines japonaises à du Maurice Ravel en passant par du Dan Romer ou Yoko Kanno.
Si le roman d'Amélie Nothomb est paru en 2000, le livre illustré du film est disponible en librairie depuis le 28 mai 2025 aux éditions Albin Michel Jeunesse.