Un film avec un dindon comme fil conducteur. Un dindon spectateur de la communauté joyeuse et soudée des gitans. Il y a du Paradjanov chez Kusturica. C'est ce côté qui m'a beaucoup plu. Les images oniriques, les pensées muettes, le spectacle visuel. Mais il y a aussi le côté prosaïque, la vie de tous les jours, les espoirs et la misère. C'est une fresque passionnante et à certains moments presque envoûtante.
Pour parler d'un sujet grave, la prostitution enfantine et l'usage des enfants pour le commerce, Kusturica use de lyrisme et de poésie dans un film flamboyant . 30 ans après , il n’y a rien à changer, à redire, à refaire . Pour parler du peuple gitan, de son histoire et de ses composants, pour dire leurs joies, leurs peines et leur contradiction marquée par la colère et la joie immédiate, Emir Kusturica a repris un fait divers tragique : l’organisation d’une mafia yougoslave en direction de l’Italie où des enfants se prostituent. De la légèreté à la gravité des situations, du réalisme social à l’imaginaire fantastique, Kusturica élabore un monde qui loin du cinéma nous échappe toujours. AVIS BONUS Beaucoup de chapitres intéressants sur l’histoire de la Yougoslavie à travers ce film, lui-même historique. Ce sont souvent les mêmes séquences qui illustrent les propos des nombreux intervenants. En prime des interviews du réalisateur dont celle réalisée dans son village qui a le droit également à un petit documentaire. Pour en savoir plus : lheuredelasortie.com
Plutôt long, l'univers des gitans m'a un peu moins séduit que celui des souterrains de Underground. A l'évidence, Kustorica aime ces gitans dont il ne cache pourtant aucun coté sordide dans cette histoire de trafics d'enfants entre la Bosnie et la bourgeoise Milan. La fatalité de leur destinée entraîne chez les protagonistes leurs coups de folie, leur esprit libre, leur échelle de valeurs si éloignées des nôtres. Cette réalité tzigane s'enjolive d'ésotérisme, de pouvoirs surnaturels, de religiosité au rabais. La musique omniprésente accompagne le jeune Perhan dans sa quête impossible de sauver tous ses proches. On ne risque pas d'oublier ces univers glauques, pluvieux, nocturnes, matrimoniaux issus s'une imagination décidément très fertile. Quel cinéaste inclassable! TV vo - aout 2019
En guise d’introduction, Emir Kusturica nous entraîne dans un bidonville peuplé de Gitans. A l’aide d’un habile plan séquence, on passe d’un personnage à un autre, la caméra flirte avec le quotidien ou le passe temps de chacun des habitants présents dans le plan, un peu comme Robert Altman avec The Player (1992) (lui aussi en introduction). On fait la rencontre d’une grand mère dévouée et adorable dont le fils est obnubilé par les jeux d’argent et dont la malchance lui colle à la peau au point d’être fauché en permanence. Il y a aussi le petit fils, Perhan (personnage central) au côté de sa sœur. Kusturica dresse un portrait réaliste et crédible, à la fois gentillet ou peut agréable des gens du voyage. Il nous montre l’ascension social et tragique du jeune Perhan, qui rêve d’épouser sa tendre Azra tout en espérant devenir riche. Le Temps des Gitans (1989) regorge de musique Tzigane, l’un des éléments essentiel et majeur de cette œuvre, que l’on doit au compositeur Goran Bregovic. Une B.O envoutante et magique pour un film qui l’est tout autant !
Une oeuvre forte et sublime, parcours initiatique baroque traversé de visions oniriques d'une beauté incomparable, d'une puissance émotionelle et visuelle intense, le tout hanté par la musique envoûtante de Goran Bregovic.
Excellent ! Le scénario est super bien ficelé et les acteurs sont super bons. Ce film nous procure plein de sentiments différents, du rire au larme. Un moment magique de cinéma.
Il n'est pas certain, à revoir "le Temps des Gitans", film-choc qui marqua son époque, que le temps soit clément avec l'oeuvre de Kusturica. D'abord, ce dernier à eu depuis à maintes reprises l'occasion de banaliser, de dévaloriser son propre univers à force de le visiter, de l'accommoder à toutes les sauces, et ce qui était "frais" en 1989 ne l'est plus guère 20 ans plus tard. Sans doute aussi faut-il compter avec le recul, la perspective "historique" qui inscrit aujourd'hui ce monde dans le passé "d'avant l'éclatement de la Yougoslavie", d'avant la guerre, et relativise la singularité de la souffrance des Gitans. Enfin, on ne peut guère s'empêcher d'y trouver cette fois l'influence dévorante de Fellini, auquel de nombreuses scènes oniriques, enchantées souvent, font explicitement référence... Jusqu'au parallèle que l'on peut faire facilement entre le travail de Nino Rota chez Fellini et l'indispensable musique de Goran Bregovic ici !
Kusturica est certainement un des cinéastes les plus original et les plus doué de sa génération ! Le temps de gitans un film hors norme, poétique et cruel, sur la quête d'une jeune gitan qui rêve de sa promise. Dans la lignée d'un certain cinéma italien qui a le don de traiter de choses graves sur un ton léger et humoristique ! Un chef d'oeuvre !
Deuxième film de Kusturica après "papa est en voyage d'affaire". Que dire de plus...simplement que tout fan de cinéma qui se respecte doit voir et revoir l'ensemble de l'œuvre de ce réalisateur atypique qui nous propose, à travers chaque film, un univers singulier, magique et onirique.
6 192 abonnés
18 103 critiques
Suivre son activité
5,0
Publiée le 22 avril 2021
Le Temps des Gitans n'est pas un film qu'un spectateur moyen peut comprendre à fond mais cela ne change rien au fait que ce soit un chef-d'œuvre. La narration d'Emir Kusturica requiert du talent de l'intelligence et une attention sans faille pour la suivre et la comprendre correctement mais elle est absolument unique et fantastique. Je n'aurais jamais pensé que j'apprécierais de voir le monde à travers les yeux des gitans yougoslaves mais cela s'est avéré possible tant que c'est Kusturica qui ouvre la fenêtre. Les adorables mélodies de Goran Bregovic conviennent aussi parfaitement a l'histoire. Ce film est l'un de ceux qui ont renforcé mon opinion selon laquelle les films européens sont un milliard de fois meilleurs que les films américains. Merci à Kusturica et Goran Bregović pour sa musique pour avoir créé un film d'une telle beauté...
Peut-être le film le plus représentatif du l’univers de Kusturica. Le spectateur est immédiatement immergé dans l’univers fétiche du cinéaste et envouté par la magie de sa réalisation. La richesse créative est constante et les moments de grâce se succèdent, poétiques, oniriques ou humoristiques. Puis le film passe de la magie au sordide, triste réalité de la vie, pour revenir à la première, pérennisant ainsi l’âme et les traditions du peuple montré. La merveilleuse musique (de Goran Bregovic) faisant partie intégrante de la vie des protagonistes et de l’ambiance du film. Merci Monsieur Kusturica pour ces personnages (la grand-mère, symbole de la communauté et du film), cette histoire et ce voyage débordants de chaleur humaine, fascinants, émouvants et inoubliables.
Les acteurs Davor Duvmovic, Bora Todorovic et Ljubica adzovic jouent plutôt bien malgré la piètre réalisation de Emir Kusturica sur le bon scénario de Latij azuka. Mais bon, je n'en attendais pas moins d'une production Mirza Pasic.
S’il est avant tout un film sur une communauté, sur son mode de vie et sur l’espace yougoslave dans lequel ils s’inscrivent – puisque les déplacements des personnages cartographient le pays –, Dom za vešanje trouve dans son hybridité générique et dans les multiples hommages rendus à un cinéma international une puissante universalité. Fable sociale, il applique à une histoire inspirée d’un fait divers le registre merveilleux, figuré à l’écran par des séquences oniriques de toute beauté, refuse le misérabilisme qu’il convertit en support nécessaire à l’alchimie et à la spiritualité : l’épouvante et la violence quotidiennes deviennent des tours de magie dont on ne tient pas rigueur au responsable, à l’instar de la maison soulevée de terre (car dépourvue de fondations) par un fils ayant perdu la raison. La force de la mise en scène d’Emir Kusturica tient à sa capacité à sans cesse se réinventer : le séjour italien se transforme en variation autour du cinéma de Federico Fellini, la clausule dans un cadre industriel cite Elia Kazan et ses marginaux poursuivis par le fatum. Cette hybridité retranscrit par l’art spoiler: la nature bâtarde du protagoniste, spoiler: rejeté en raison de son père slovène et de sa mère romanichelle, ainsi que la refonte d’une famille et d’une communauté en dépit des différences et des épreuves. Un chef-d’œuvre.
Sur les hauteurs de Sarajevo vit une communauté de gitans sédentarisés. Comme les siens, le jeune Perhan vit ici, dans ce bidonville crasseux et boueux dont il rêve sans doute -mais comment?- de s'échapper. Ce décor sordide est le reflet du quotidien misérable qu'y mènent les gitans. Mais, décrivant leur existence, Kusturica impose une vision bien à lui, inventive et délirante, et un univers où cohabitent la truculence et la poésie. Cette cocasserie, cette créativité qui nous éloignent de la réalité sociale et humaine sans l'occulter et qui découvrent les particularismes tsiganes, c'est un peu la rencontre des fantasmagories de Fellini et du quart-monde vu par Scola dans "Affreux, sales et méchants". Toute la première partie du film est dédiée à cette description singulière et détonante de la communauté gitane.
Puis, insensiblement, le drame de Perhan reprend son cours, au moment où l'adolescent partspoiler: pour l'Italie aux côtés de compatriotes mafieux. Et Kusturica de montrer comment Perhan, compromis et perdant son innocence dans l'aventure, construit sa perte. Film pessimiste, par son fatalisme, film noir, en dépit de ses drôles de figures surréalistes ou de ses scènes oniriques, "Le temps des Gitans" consacre un cinéaste sensible autant que fécond. Indissociable du récit, la musique -des airs tsiganes bien évidemment- est à l'image du film: belle et désenchantée.