Produit par Ari Aster (d'où le logo A24 au début du film... il a vraiment bien chuté, ce studio), ce Death of a Unicorn est une fausse bonne idée, un concept amusant le temps d'un petit court-métrage (ce qu'il aurait dû être) mais infernal de médiocrité délayé sur 1h45. On rigole cinq minutes de cette histoire de licorne renversée par une voiture qui veut se venger à coups de sabots et de corne (forcément) d'une famille de riches qui veut l'exploiter. Au-delà, on voit surtout le scénario prévisible à mort enfoncer des portes ouvertes (jusqu'au final à la niaiserie dégoulinante digne d'un mauvais Disney), des acteurs mal jouer (on aime bien Jenna Ortega, Paul Rudd et Will Poulter, mais respectivement elle s'ennuie comme un rat mort, il essaie de donner l'impression que quelqu'un croit à ce projet mais est tout seul dans cette vaste entreprise, et le dernier en fait des caisses au point de verser dans la parodie risible malgré elle), des effets numériques qui crament les rétines (les licornes sont plus que brouillonnes, on n'y croit jamais) ce qui donne lieu à plusieurs scènes où l'on n'arrive pas à oublier que les acteurs jouent en face de vide (la scène où
Ortega regarde une licorne descendre des escaliers, elle n'a pas le regard très en face de la bestiole ultra-mal numérisée et animée
, ce qui nous sort complètement du film). Rien ne va, dans ce film, si ce n'est qu'il intéressera par curiosité le spectateur (arnaqué) amateur de petites bizarreries du cinéma, ici qui aurait dû se contenter d'un format court (la bande-annonce est très bien, malheureusement elle condense toutes les scènes WTF du film, le reste n'est que mauvais remplissage mal joué et mal numérisé). La légende de la licorne est un peu (beaucoup) simplifiée, expliquée à moitié : oui, la licorne ne se laisse approcher que par les jeunes filles vierges... Mais pour aller au bout de l'explication, c'est parce que la licorne est un symbole phallique au Moyen-Âge, et qu'à l'époque seules les jouvencelles "pures" sont désirables en mariage, on apprend donc aux gamines que seule la chasteté "pour la licorne/le premier phallus qu'elles croiseront" est honorable, sinon elles clamsent. Pas super féministe, donc (et souvent, dans les tapisseries et tableaux, on voit un chien à collier à côté de la dame et de la licorne, symbole de fidélité, servitude, docilité... Pour les deux du fond qui n'auraient pas compris le message...). On s'attendait donc à un renversement des valeurs, à ce que le personnage de Will Poulter soit utilisé pour faire un peu de forcing amoureux sur la jeune héroïne, pour pouvoir détourner le rôle de la licorne à la fin, qu'elle soit non plus un symbole viriliste mais bien féministe qui protège la fille des mecs lourds. C'aurait été tellement plus intelligent que la fin niaiseuse, où
l'héroïne reste les bras ballants (elle est spectatrice de sa propre histoire, c'en est désolant)
, qui au final n'a rien à dire sur le lien "fille/licorne". Dommage, on restera avec ce goût d'inachevé, d'acte manqué d'un scénario qui ne demandait qu'à être bien exploité, d'un chouia de finesse (sans demander une analyse en dix-sept chapitres de l'Histoire de l'Art) de la part du studio A24... Trop d'attentes, pour un film d'une fadeur absolue. Galopez loin de ce Death of a Unicorn, et faites attention aux voitures.