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Rien ne brûle vraiment dans À contre-sens 3, et pourtant tout semble prêt à se consumer. Domingo González filme les émotions comme on observe un feu derrière une vitre : avec distance, avec calcul, avec ce vertige qui précède la flamme mais ne la laisse jamais vraiment éclater. Noah et Nick se retrouvent, s’évitent, se frôlent — deux silhouettes prisonnières d’un passé qui s’obstine à vouloir survivre dans la lumière des projecteurs. Leur amour, désormais institutionnalisé par les mariages qui les entourent, ressemble à un souvenir en apnée : beau, mais étouffé. Il y a dans ce troisième volet quelque chose de figé, de presque cérémoniel. Les regards sont parfaits, les silences sont posés, les gestes mesurés. Le film a la beauté glacée d’un magazine de mode — chaque plan semble calibré pour la nostalgie, chaque dialogue pour les cœurs qui scrollent plus qu’ils ne ressentent. González reprend la recette : musique douce, contre-jour permanent, pluie sur pare-brise et draps défaits au ralenti. Tout est là, et pourtant rien ne déborde. La passion se mue en posture, le drame en écho. Nicole Wallace continue d’irradier de cette fragilité tendue qui la rend crédible dans la douleur, mais le scénario ne lui offre guère d’espace pour respirer. Gabriel Guevara, lui, a le regard d’un homme qui voudrait hurler, mais qu’on empêche sans cesse d’ouvrir la bouche. On sent qu’entre eux, quelque chose d’authentique subsiste — un reste de vérité, de chaleur, de peur aussi —, mais le film préfère la perfection du cadre à la faille du cœur. Il gomme ce qui dérange, il polit ce qui blesse. Et c’est là que réside sa limite : À contre-sens 3 ne veut plus déranger, il veut plaire. Il veut rassurer, offrir le luxe de la souffrance douce, l’esthétique du manque propre. On sort du film comme d’un rêve tiède, un peu étourdi, un peu frustré. On aurait aimé que la rancune fasse mal, que la réconciliation tremble. Mais ici, même la douleur a des reflets dorés. Reste cette image : deux silhouettes sur un balcon, la nuit, le vent, la promesse d’un recommencement. Un instant suspendu, presque sincère, avant que la lumière des néons ne vienne tout recouvrir. À contre-sens 3, c’est la romance de trop belle — l’amour mis en scène jusqu’à l’épuisement de son mystère. Une belle surface, sans vertige. Note : 6 / 20.
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