Sous un lac gelé du Nord Est des Etats Unis d'Amérique, Ani, jeune garde forestier, se trouve embarquée dans une sombre affaire. Elle vient en effet d'interpeller Harlan, un braconnier qui a découvert un petit avion accidenté contenant plusieurs mallettes remplies d'argent. Mais notre jeune garde et son prisonnier vont vite se retrouver menacé par un groupe de criminels venu récupérer son bien.
Charlotte Chapeau Rond et Rouge aime le cinéma qui dérange, celui qui fouille les plaies du monde, dévoile les vérités cachées, ouvre les yeux sur les oubliés. Et c’est justement là que le film la laisse sur sa faim. Car derrière cette histoire de traque et d’argent enfoui sous la glace, il y a un territoire, une mémoire, des peuples qu’Icefall effleure sans jamais vraiment les regarder.
Voici son papier pour « Je fais mon Cinéma »
Le film évoque les populations autochtones, notamment les Blackfoot, mais sans jamais entrer dans leur réalité. Je trouve cela profondément dommage. Le scénario préfère courir après ses fusillades et ses rebondissements plutôt que de s’arrêter sur cette Amérique du Nord oubliée, rude, magnifique, abandonnée aux grands froids et au silence. Pourtant, tout est là : les immenses forêts, les lacs gelés, les étendues blanches qui semblent avaler les hommes, cette sensation d’être au bout du monde.
J' aurais voulu que le film ose davantage contempler cette région, ses habitants, leur solitude, leur disparition progressive dans une modernité qui les ignore. Pourquoi ne pas avoir insisté sur ces terres glacées ? Sur cette nature gigantesque qui écrase les personnages ? Sur ces communautés trop souvent réduites au décor dans le cinéma américain ?
L’histoire, elle, manque d’originalité. On pense à une multitude de thrillers de survie déjà vus : des hommes avides, de l’argent caché, des flics pourris, une fuite dans un environnement hostile. Le récit avance efficacement mais sans surprise. On sent le mécanisme hollywoodien tourner derrière chaque scène.
Mais impossible de nier la beauté du film. La glace devient presque un personnage. Les paysages fascinent. Le nord américain filmé par Ruzowitzky possède une vraie puissance visuelle. Je reste marquée par ces forêts immenses, ces ciels blancs, ces lacs figés où les personnages semblent minuscules face à la nature. Au fond, Icefall devient plus intéressant quand il oublie son intrigue criminelle et laisse parler le froid, le silence et les grands espaces. J'aurais aimé un film plus sauvage, plus politique, plus humain. Un film qui regarde enfin les oubliés de ces territoires glacés au lieu de simplement utiliser leur monde comme terrain de jeu pour un thriller efficace mais trop sage.