Made loin de Taïwan
Sean Wang, malgré son nom, est bel et bien américain. Mais on sent bien que cette comédie dramatique a un aspect autobiographique indéniable. Californie, été 2008. A 13 ans, Chris, alias Didi, grandit entre deux mondes. À la maison, on parle chinois, et on respecte les coutumes, sous la surveillance de Chungsing, la mère de famille ; dehors, c'est le royaume de la liberté, entre le skate, les potes et les premiers émois. Pour Chris, cet été sera celui de toutes les expériences, comme pour dire adieu à son enfance. 93 minutes qui, si elles ne brillent pas par leur originalité, nous décrit la crise d’identité d’un adolescent plutôt introverti face à un monde qui s’ouvre devant lui mais qu’il ne comprend pas encore.
Prix du public et Prix du jury au Festival de Sundance en 2024, cette comédie dramatique a entre autres mérites de nous montrer une autre Californie, une Californie rarement filmée, celle de Milpitas – ville natale du cinéaste – ou de Fremont. Ce qui frappe d'abord dans ce film semi-autobiographique, c’est sa modestie et son désir d'authenticité dans la reconstitution du début des années 2000, avec ses réseaux sociaux qui commencent à définir une partie du relationnel des ados de l’époque. Ce long métrage se garde bien d’idéaliser cette période de la pré-adol escence, qui est souvent celle de la difficulté à communiquer et à trouver sa place dans la société, avec l’inévitable tentation de rejeter les valeurs traditionnelles de la famille, jugées dépassées. L’ensemble se révèle touchant, sincère et parsemé de pointes d’humour, ce qui en fait un film attachant mais sans surprise tant il reste dans les standards du ciné indépendant américain.
Didi, - « petit frère » en mandarin -, c’est Izaac Wang. Il a 22 ans et pourtant, à aucun moment son physique n’est perturbant. Il ne quitte pas l’écran et, au passage, le crève par son jeu très juste et intériorisé. Autour de lui, citons Joan Chen, - star dans les années 1980 et 1990 du film Le Dernier empereur et de la série de David Lynch Twin Peaks -, Shirley Chen et Chang LI Hua, - la propre grand-mère du réalisateur -, pour la famille et les copains incarnés par Mahaela Park, - encore une découverte -, Raul Diaz ou Aaron Chang. Un récit initiatique plein de nostalgie, de finesse et de tendresse. A découvrir.