Faire un film sur une différence invisible, comme l’autisme, est un défi de taille. Comment rendre perceptible à l’écran quelque chose qui ne se voit pas toujours ? Différente s’y attelle avec de bonnes intentions, mais peine parfois à trouver la juste mesure.
Dès le début, le ton est donné : Katia est différente, et le film s’applique un peu trop à nous le faire comprendre. Les clichés sont appuyés, comme si chaque caractéristique devait être soulignée pour être visible. J’aurais préféré une approche plus subtile, où le spectateur découvre peu à peu les indices de sa différence, comme cela se passe souvent dans la vraie vie, quand on apprend à connaître quelqu’un sans pouvoir tout de suite mettre d’étiquette.
Le jeu de Jehnny Beth, bien que sincère, m’a semblé un peu figé. J’aurais aimé une actrice plus nuancée, plus attachante, capable d’exprimer le masking (cette capacité à camoufler ses particularités pour s’adapter) de manière plus naturelle, tout en laissant affleurer les « bizarreries » qui font le charme et la singularité d’un personnage.
Le film a aussi tendance à vouloir « cocher toutes les cases » de la représentation de l’autisme. On sent la volonté pédagogique, presque à la manière d’un bon élève, d’inclure toutes les caractéristiques possibles. Cela a parfois pour effet de donner au film un ton un peu documentaire. Cela dit, il faut reconnaître une nette progression dans la manière d’aborder le sujet par rapport à d’autres productions : on est loin du Rain Man des années 80 ou du sur-jeu robotique d’Astrid et Raphaëlle que je trouve personnellement exaspérant.
J’ai apprécié que le film s’intéresse à une femme autiste, ce qui reste encore rare, et que son fonctionnement soit montré avec plus de subtilité que celui des représentations masculines habituelles.
Autre point positif : les personnages neurotypiques ne sont pas diabolisés. Le film évite le manichéisme et montre avec justesse que les proches (le compagnon, la mère, la collègue...) vivent aussi leurs propres incompréhensions et maladresses. La réaction de la mère m’a personnellement rappelé ma propre expérience d’annonce du diagnostic.
Certaines étapes, comme le soulagement du diagnostic, l’acceptation ou la réappropriation de soi etc sont évidemment condensées pour les besoins du récit, mais on aurait aimé sentir davantage ce temps d’adaptation et de reconstruction, essentiel dans le parcours d’une personne autiste.
Enfin, j’ai trouvé intéressant que Katia ne soit pas cantonnée au cliché du « génie à intérêt spécifique ». Ici, pas d’obsession enfermante, mais une personne à part entière, complexe, avec ses forces, ses fragilités, et surtout son humanité.
En résumé, Différente est un film un peu « facile », parfois trop démonstratif, mais profondément bienveillant. Il constitue une belle porte d’entrée pour les spectateurs qui découvrent le sujet. Même si, paradoxalement, ce sont probablement surtout les personnes concernées qui s’y reconnaîtront.