Première semi-déception dans le cinéma de Stéphane Demoustier qui livre ici un film plus convenu que d'habitude et qui semble vraiment taillé pour le grand public, comme vidé de toute forme de radicalité esthétique... Alors que la radicalité esthétique est pourtant l'une des thématiques de son film, comme s'il prenait le parti pris des financiers, du maître d’œuvre et non pas de l'artiste.
Disons que pendant quasiment une heure trente on a un film assez sympathique, qui se tient, qui montre un artiste qui doit faire des compromis, qui doit adapter sa vision même s'il n'en a pas envie, qui est confronté à des avis divergents et à des problèmes de financement. Bref, une structure finalement assez classique. Là où le film l'est un peu moins, c'est dans les réponses apportées, parce qu'on nous parle de plein de défis techniques, de choses qui ne peuvent pas se faire parce qu'elles sont interdites, impossibles, etc, mais on n'a pas réellement le fin mot de l'histoire... On voit juste les obstacles, pas nécessairement comment ils sont surmontés. Ce qui est un peu frustrant, mais qui invite le spectateur à se renseigner par lui-même sur le processus de construction.
Le problème c'est que le processus de construction est finalement plus intéressant que son personnage principal, architecte borné, refusant le compromis, qui est un peu quelque chose de déjà-vu au cinéma.
Le personnage est tellement pas intéressant que je me demande pourquoi ils se sont amusés à lui inventer des scènes de couple, des disputes etc, qui sont quand même le degré zéro du fun et que des choses qu'on a déjà vue ailleurs.
Néanmoins, là où l'adoption de ce point de vue unique, c'est que lorsque l'architecte n'est pas sur le chantier, on ne sait pas ce qui se passe, on est comme lui dans le flou, sans maîtrise réelle de ce qui se passe avec son œuvre. Mais c'est tellement dommage de ne pas avoir réussi à en faire un personnage qui soit un tantinet plus intéressant, si déjà on se focalise sur lui.
Autre point négatif, tout va trop vite, on n'a pas réellement de reperds temporels, on voit le projet qui avance un peu, mais sans qu'on sache combien de temps s'est écoulé. On passe réellement juste d'un problème à un autre, jamais le film ne se laisse vraiment le temps de respirer et semble quand même très écrit, sans vie, étouffant... J'aurais tué pour voir une réunion de 30min sur l'avancée du chantier, voir comment ça se passe et pas juste deux minutes de réunion, l'architecte qui gueule parce qu'il n'a pas les financements ou parce que Arlaud lui dit que c'est possible.
Et puis il y a la fin, alors que le film nageait un peu quand même dans un certain académisme (sans pour autant être déplaisant), la réalité historique rattrape le film et l'architecte se retire du projet. On attend donc le moment où il va revenir triomphant pour imposer ses idées suite à une épiphanie miraculeuse... Et ce moment ne vient pas. Dans la vraie vie les artistes n'arrivent pas toujours à imposer leur vision et si ça ne pardonne pas forcément tout ce qu'on a vu avant qui était assez convenu, disons que ça apporte un autre regard qui n'est pas déplaisant.
Parfois l'artiste, le visionnaire, le génie, ne gagne pas.
Et le film ne prend même pas la peine de s'intéresser à la fin de la construction... De dire comment ils ont fait pour trouver l'argent, quels arrangements ils ont fait pour obtenir l'argent pour finir les travaux... Voilà, c'est fini, avec très beau plan final, très sobre et beaucoup trop sylvestre pour ce qu'on attend d'un film sur l'architecture. Sur la fin j'ai senti une certaine radicalité, une envie de ne pas juste réciter une formule bien établie... Mais c'est un peu tard.
Après le film n'est pas déplaisant... Même si j'avoue que lorsqu'il s'engueule avec sa femme, je regarde ma montre de façon bien impolie, tant c'est nul et tant j'ai déjà vu ça mille fois...